Donald Tusk, "un homme politique très efficace"

« C'est un homme politique très efficace, un homme de compromis avec beaucoup de charisme, alors que l'UE en manque », souligne Mistewicz. Portrait.

Donald Tusk, "un homme politique très efficace"
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Valérie WOYNO, Correspondante à Varsovie

Il y a sept ans, la Pologne des très eurosceptiques jumeaux Kaczynski apparaissait comme le vilain petit canard de l'Union européenne. Aujourd'hui, elle délègue l'un des siens au sommet de l'Union européenne. Comme pressenti, le Premier ministre polonais Donald Tusk a été désigné par les chefs d'Etat et de gouvernement des Vingt-huit pour prendre la succession d'Herman Van Rompuy, à la fin de l'année.

Ses pairs ont été convaincus par la façon dont ce quinquagénaire à l'allure sportive, né le 22 avril 1957 à Gdansk, dirige le gouvernement polonais depuis sept ans. "Tusk a une bonne côte dans l'UE et la Pologne est pointée de doigt comme le pays ayant traversé la crise économique en parvenant à maintenir une croissance économique alors que tous les Etats membres ont plongé dans la récession. Si, avec son équipe Tusk arrive à maintenir une croissance stable en Pologne depuis plusieurs années, il parviendra à transposer cette énergie sur le plan européen, espère-t-on, dans l'Union", explique à La Libre Belgique l'analyste en marketing politique Eryk Mistewicz.

Donald Tuska est né à Gdansk, ville symbole pour la Pologne et l'Europe. Dimanche, elle commémore le 75e anniversaire du déclenchement de la Seconde guerre mondiale, et l'attaque le 1er septembre 1939 de l'Allemagne nazie contre la Pologne. C'est aussi le berceau de Solidarité, premier syndicat libre dans le bloc communiste qui a conduit à la chute du Mur de Berlin dans l'Est de l'Europe. Et la ville de Lech Walesa, pour lequel reste un modèle politique.

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Le jeune Tusk en fut imprégné dès sa jeunesse. Historien de formation, militant anti-communiste proche de Solidarité, il a travaillé pendant six ans comme ouvrier pour gagner sa vie et faire vivre sa jeune famille. Avec plusieurs amis, ils avaient créé la coopérative "Swietlik" une entreprise privée, une rareté dans une économie étatisée? Swietlik réalisait des travaux en hauteur en peignant des cheminées des usines, des ponts et des sites industriels. "C'est une page très importante dans ma vie. Une grande aventure, bien que dure et laborieuse. Six ans de travail intensif, bien différente de ma formation, parfois dans des conditions extrêmes", s'est récemment rappelé le Premier ministre. A cette époque, le jeune entrepreneur n'imaginait pas qu'il atteindrait d'autres sommets. "Cette coopérative c'étaient des gens fantastiques. Nous avions une vraie chance de travailler ensemble et former une telle communauté".

Amis pour la vie

A la chute du communisme en Pologne, ces jeunes, des alpinistes industriels, notamment dits les « libéraux de Gdansk » ont formé leur premier parti politique: le Congrès libéral-démocrate qui prône « un libéralisme pragmatique » une économie de marché libre passant par la privatisation de l'économie dirigée à 99% par l'Etat et l'intégration de la Pologne à l'Union européenne. Dans les premiers gouvernements de Solidarité des années 90, ils sont chargés des grandes réformes économiques, la privatisation de l'économie est confiée à Janusz Lewandowski, futur Commissaire européen. Accusées ensuite d'affaires de corruption, les libéraux sont balayés de la scène politique en 1993. Donald Tusk en 2001, tente une deuxième chance. Il crée un nouveau parti la Plateforme civique (PO) qu'il dirige sans partage depuis plus de 10 ans.

Il a des des origines kachoubes, une minorité slave de la région de Gdansk qui passait de l'Allemagne à la Pologne au cours des siècles. L'allemand est une des langues qu'il maîtrise naturellement, rendant ses contacts avec la chancelière allemande Angela Merkel amicaux. L'anglais est un de ses points faibles, mais dans les dernières années, dans son entourage, on souligne un énorme progrès sur ce plan.

Marié à Malgorzata, historienne comme lui, père et grand père.

Passionnée de football, sportif, on le voit souvent dans un parc varsovien faire son jogging matinal.

« C'est un homme politique très efficace, un homme de compromis avec beaucoup de charisme, alors que l'UE en manque », souligne Mistewicz.

« Par sa vitalité et son énergie, certains le comparent à Nicolas Sarkozy », pense Mistewicz.« Il fait preuve d'une grande intuition politique qui a su sortir des nombreux scandales et graves crises politiques impliquant ses ministres ou son entourage les tournant à son avantage. Très bon orateur, aussi bien du haut de la tribune parlementaire mais aussi avec les gens ordinaires dans la rue ».

Un honneur pour la Pologne, mais un tremblement de terre pour la scène politique polonaise

Le départ de Tusk pour Bruxelles, signifie un vrai tremblement de terre pour la scène politique polonaise et risque de la déstabiliser. Le parti d'opposition Droit et Justice (PiS) de Jaroslaw Kaczynski aimerait en profiter pour que des élections législatives anticipées soient organisées en Pologne. Mais la PO et le président Bronislaw Komorowski, un proche de Tusk, ne veulent aucun tremblement de terre, en particulier dans la situation internationale actuelle et la guerre en Ukraine pays voisin de la Pologne.

A Varsovie, plusieurs noms sont cités pour assurer la succession de Donald Tusk. Madame Ewa Kopacz, la présidente de la Chambre basse et vice-président de la PO pourrait assurer la direction de ce parti, maintenat son unité, alors que l'actuel ministre de la Défense Tomasz Siemoniak est cité comme futur chef de gouvernement après le départ de Tusk pour Bruxelles prévu en novembre. Et ceci tout pour pas plus d'un an. En temps normal, les prochaines législatives étant prévues en automne 2015.


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