Sarkozy hâte le tempo, les juges aussi

Nicolas Sarkozy s’active. Il avait promis de dire à la rentrée s’il briguerait, ou non, la direction de l’UMP, cet automne - rampe de lancement pour sa candidature à la présidentielle de 2017. Le moment approche...

A supporter of the French rightist UMP party hangs a portrait of former French President Nicolas Sarkozy on August 30, 2014 in the northwestern French town of Le Touquet before the start of a two-day UMP youth campus. AFP PHOTO / PHILIPPE HUGUEN
A supporter of the French rightist UMP party hangs a portrait of former French President Nicolas Sarkozy on August 30, 2014 in the northwestern French town of Le Touquet before the start of a two-day UMP youth campus. AFP PHOTO / PHILIPPE HUGUEN ©AFP
Bernard Delattre, Correspondant permanent à Paris

Nicolas Sarkozy s’active. Il avait promis de dire à la rentrée s’il briguerait, ou non, la direction de l’UMP, cet automne - rampe de lancement pour sa candidature à la présidentielle de 2017. Le moment approche. Il parlera "dans les prochains jours", a confirmé son bras droit, l’ex-ministre Brice Hortefeux, mardi. Jour où l’ex-Président a revu Alain Juppé. L’homme qui, à la mi-août, fit sensation en déclarant sa candidature à la primaire de la droite pour la présidentielle de 2017, "quoi qu’il arrive" - donc y compris face à un Nicolas Sarkozy qui serait revenu. Un Nicolas Sarkozy qui, entre-temps, va renouer avec Jean-François Copé : l’ex-n°1 de l’UMP, avec qui il s’était brouillé à cause des malversations perpétrées à l’UMP (l’"affaire Bygmalion").

Besoin d’une fenêtre médiatique

Ce week-end, des échos distillés dans la presse ont décrit une Carla Bruni mortifiée à l’idée du retour de son mari en politique active. Pour les bons connaisseurs du mode de fonctionnement de la machine politico-médiatique sarkozyste, cela ne prépare en rien l’annonce d’un renoncement de l’intéressé. Au contraire, ces prétendues indiscrétions visent en fait à préparer l’opinion à ce qui sera le cœur de l’argumentaire de l’intéressé, pour justifier son retour : la dimension sacrificielle de son dévouement pour le pays. Étant entendu que lui seul serait à même d’offrir à la France "une voie entre le naufrage socialiste et le mirage extrémiste" (dixit Brice Hortefeux).

Deux autres indices attestent que les choses s’accélèrent. Les ultra-sarkozystes de "La Droite forte" (l’aile la plus à droite de l’UMP) collectent déjà, au bénéfice de leur héraut, les parrainages d’adhérents dont il aura besoin d’ici à la fin septembre, s’il brigue effectivement la tête du parti. Et, sur internet et les réseaux sociaux, les fans clubs ("NS 2017", "Nicolas revient !", etc.) se multiplient.

Reste, pour Nicolas Sarkozy, à trouver une fenêtre médiatique. A cet égard, il n’a pas été servi, dernièrement. Le coming out d’Alain Juppé, la crise gouvernementale, l’"affaire Tapie-Lagarde", l’université d’été du PS, et, à présent, le tumulte dû à Valérie Trierweiler l’ont contraint à ronger son frein : à attendre que l’actualité se calme, pour pouvoir lui-même la créer. L’homme, du coup, à présent, piafferait d’impatience.

"Air Cocaïne", un nouvel écueil?

Mais il y a une chose sur laquelle il n’a pas de prise : la donne judiciaire - les juges, eux aussi, sont rentrés de vacances...

L’enquête sur l’"affaire Tapie", on l’a vu, avance. Celle sur l’"affaire Bygmalion" va rentrer dans le vif du sujet. Mercredi, il a été confirmé qu’une information judiciaire, pour favoritisme et détournement de fonds, avait été ouverte sur les dépenses de communication de celui qui fut son Premier ministre, François Fillon. Jeudi, les enquêteurs ont entendu le juge Azibert : cet ex-haut magistrat qui, début juillet, lui avait valu d’être gardé à vue puis mis en examen, pour trafic d’influence et corruption active.

Le même jour, le nom de l’ex-Président est même apparu en marge d’une enquête sur une affaire rocambolesque.

"Air Cocaïne", du surnom donné à un jet privé français qui, l’an dernier, en République dominicaine, a été saisi avec, à son bord, 700 kg de drogue. Les juges veulent comprendre pourquoi Nicolas Sarkozy utilisa ce même avion en 2012 et 2013 puis factura ces vols à un de ses amis : le richissime homme d’affaires Stéphane Courbit.

Un personnage qui, depuis longtemps, fait jaser. Notamment car il a été renvoyé en correctionnelle pour escroquerie et recel d’abus de faiblesse, suspecté d’avoir soutiré de l’argent, contre son gré, à la milliardaire Liliane Bettencourt.