La solidarité se poursuit en Belgique pour les chrétiens d'Orient

De retour d’Irak, le député belge Georges Dallemagne va lancer une opération de soutien aux chrétiens d’Orient. Et ce alors que de plus en plus de réfugiés irakiens sont accueillis en Belgique.

Christophe Lamfalussy et Antoine Clevers

De retour d’Irak, le député belge Georges Dallemagne va lancer une opération de soutien aux chrétiens d’Orient et faire témoigner en Belgique la militante yézidie Nareen Shammo qui tente de mobiliser l’opinion publique internationale sur le sort de milliers de membres de sa communauté pris en otage par l’Etat islamique (Daech, l’acronyme en arabe).

Il s’est dit " choqué " par le peu d’aide internationale qui arrive au Kurdistan irakien, où près de 850 000 réfugiés ont fui l’offensive de Daech durant l’été. "Le Kurdistan irakien se retrouve avec un afflux massif de personnes déplacées et ces gens ne reçoivent plus rien de l’Etat central irakien et rien du système des Nations unies" , a-t-il dit lors d’une conférence de presse tenue au siège du CDH à Bruxelles. L’Arabie saoudite a offert un chèque de 500 millions de dollars aux seules agences de l’Onu.

Les deux millions d’euros accordés par le gouvernement belge à l’Unocha, le Bureau de coordination des affaires humanitaires, sont "largement insuffisants" , a aussi estimé le député,

Du coup, avec le Comité de soutien aux chrétiens d’Orient, Georges Dallemagne met actuellement sur pied l’opération "Un toit pour une famille déplacée". L’objectif est de payer le loyer de 1 200 familles réfugiées à Erbil pendant l’hiver, lorsque les températures chutent brutalement. Ce projet est une proposition des quatre évêques d’Erbil (chaldéen, syriaque orthodoxe, syriaque catholique et assyrien). Etant donné que le gouvernement régional kurde a réquisitionné près de 12 000 écoles pour accueillir les réfugiés, l’année scolaire n’a pu être entamée. Par ailleurs, grâce au boom pétrolier, il y a de nombreux logements vides ou à peine achevés à Erbil. Le loyer pour une famille peut être estimé à 150 euros par mois. Georges Dallemagne communiquera dans les jours qui viennent les détails de cette opération.

Le CDH pour la déchéance de nationalité

Benoît Lutgen, le président du CDH, et Vanessa Matz, députée fédérale, participaient aussi à la conférence de presse.

Ils proposent, sur le plan politique, qu’une police européenne soit déployée à la frontière entre la Turquie et la Syrie pour empêcher, avec la collaboration d’Ankara, le départ des jihadistes vers le sanctuaire de l’Etat islamique (EI). Benoît Lutgen se prononce aussi, au nom du parti, pour la déchéance de nationalité belge à ceux qui partent (et qui ont la double nationalité) et pour un alourdissement des peines à l’égard de ceux qui sont partis rejoindre Daech.

Par ailleurs, les Etats-Unis ont annoncé mardi que leur campagne de frappes aériennes serait ciblée, longue et n’aurait rien d’un bombardement massif. La mise sur pied d’une coalition internationale a tout de suite provoqué un communiqué commun des branches maghrébine (Aqmi) et yéménite (Aqpa) d’Al-Qaïda. Ces dernières appellent les jihadistes en Irak et en Syrie à s’unir contre la coalition.




La Belgique facilite l’accueil des réfugiés irakiens

De plus en plus de réfugiés irakiens sont accueillis en Belgique. Le taux de protection accordée à ces personnes par le Commissariat général aux réfugiés et apatrides (CGRA) est de 76,9 % sur les huit premiers mois de l’année 2014, entre le 1er janvier et le 31 août. La protection peut prendre la forme, soit du statut de réfugié, soit de la protection subsidiaire. En 2013, le taux était de 27,4 % (sur un total de 663 décisions prises par le CGRA) et de 22,8 % en 2012 (sur 1 142 décisions).

Selon les statistiques du CGRA, 84 demandes d’asile ont été introduites en juillet et 102 en août. C’est sensiblement plus que durant les six premiers mois de l’année, où l’on tournait globalement autour des 60 ou 70 demandes par mois. "Mais il faut relativiser la hausse constatée durant l’été parce qu’elle concerne surtout les demandes multiples" , commente Dirk Van den Bulck, le commissaire général. C’est-à-dire des demandes réintroduites par des réfugiés, déjà présents en Belgique, qui ont été déboutés une premier fois. "Vu l’évolution de la situation dans le pays" , avec l’offensive de l’Etat islamique, ils tentent à nouveau leur chance.

"Le CGRA a adapté sa politique concernant l’Irak dès octobre-novembre de l’année dernière" , précise M. Van den Bulck. "Et il y a encore eu de nouvelles adaptations depuis lors, notamment au vu de la situation précaire des yézidis."

Concrètement, précise le commissaire général, tout demandeur d’asile issu du centre du pays (une zone en état de guerre généralisée), notamment autour de la capitale Bagdad, reçoit d’office - à quelques exceptions près - une protection. Ce qui n’est pas le cas des personnes originaires du Nord (le Kurdistan) ou du Sud, à majorité chiite.

Pas d’afflux massif

La hausse globale du nombre de demandeurs d’asile en Belgique depuis le début de l’année est "surtout due à une augmentation des Syriens" - dont le taux moyen de protection est lui de 96,9 % - des Erythréens et des Palestiniens. Le directeur du CGRA ne croit pas, en revanche, à un afflux massif d’Irakiens dans les semaines à venir, tant au niveau européen que belge. "Quand une situation à un certain endroit dans le monde s’envenime, il n’y a pas immédiatement une arrivée massive de demandeurs d’asile chez nous." Pour plusieurs raisons, indique Dirk Van den Bulck. D’abord parce que, en règle générale, les gens ne quittent pas leur domicile et leur région de gaieté de cœur. Ensuite, pour des raisons pratiques, parce que ce sont des gens en situation de grande précarité qui n’ont pas les moyens d’arriver facilement en Europe. Pas de crise de l’accueil, donc, en perspective.

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