"Non écossais": les Catalans pas découragés

Les Catalans sont divisés sur la suite à donner à leur projet indépendantiste. "La Catalogne est-elle moins que l’Ecosse ? Est-elle moins une nation ? A-t-elle moins de droits ?" s’est interrogé le président catalan, Artur Mas.

Paco Audije
Wearing a T-shirt decorated with an "estelada" flag, that symbolizes Catalonia's independence, a supporter for the Yes campaign for the Scottish Independence Referendum holds a Saltire flag with a Yes sign during a demonstration in Barcelona , Spain, Friday, Sept. 17, 2014. Will the ayes have it, or will Scotland say naw thanks? No one is certain. Excitement and anxiety mounted across the country Wednesday, the final day of campaigning before Thursday's referendum on independence. With opinion polls suggesting the result is too close to call and turnout expected to reach record levels, supporters of separation feel they are within touching distance of victory - but wonder whether their surge in the polls will be enough. (AP Photo/Emilio Morenatti)
Wearing a T-shirt decorated with an "estelada" flag, that symbolizes Catalonia's independence, a supporter for the Yes campaign for the Scottish Independence Referendum holds a Saltire flag with a Yes sign during a demonstration in Barcelona , Spain, Friday, Sept. 17, 2014. Will the ayes have it, or will Scotland say naw thanks? No one is certain. Excitement and anxiety mounted across the country Wednesday, the final day of campaigning before Thursday's referendum on independence. With opinion polls suggesting the result is too close to call and turnout expected to reach record levels, supporters of separation feel they are within touching distance of victory - but wonder whether their surge in the polls will be enough. (AP Photo/Emilio Morenatti) ©AP

"La Catalogne est-elle moins que l’Ecosse ? Est-elle moins une nation ? A-t-elle moins de droits ?" s’est interrogé le président catalan, Artur Mas, au lendemain du référendum écossais. "D’une façon ou d’une autre, les Catalans voteront", avait anticipé un autre dirigeant de Convergencia i Unió, le parti de Mas.

On n’attend maintenant plus, de ce dernier, que la signature de la convocation du référendum annoncé pour le 9 novembre.

Cet appel aux urnes est possible, selon Mas, dans le cadre de la loi "des consultations" approuvée ce vendredi au Parlement de Barcelone. Sa promulgation par Mas entraîne sa publication dans le "Diari oficial de la Generalitat" (Moniteur catalan), qui déclenchera l’appel immédiat du gouvernement espagnol à la Cour constitutionnelle, en vue de sa très probable annulation, peut-être dès mardi prochain. Pour les nationalistes, c’est un obstacle majeur, auquel il faut ajouter le "non" écossais, plus clair que prévu.

Les médias de Barcelone ont déployé un énorme dispositif en Ecosse et des milliers de Catalans s’y sont rendus pour expliquer leur propre projet indépendantiste et suivre le référendum écossais. Ce tourisme politique, qui incluait des délégations des institutions de Catalogne, a été tellement massif que le journaliste Javier Pascual ironisait sur son compte Twitter : "Je viens de sortir d’un pub du centre d’Edimbourg. J’ai plus entendu parler catalan qu’anglais et, dans les rues, c’était 50/50."

Artur Mas a souligné "la normalité du vote" en Ecosse, le "non" étant pour lui, secondaire.

Si le référendum du 9 novembre était déclaré illégal, l’ERC (républicains indépendantistes), qui soutient la majorité parlementaire catalane, prône " la désobéissance civile" . Oriol Junqueras (ERC) insiste pour que les urnes soient déployées le 9 novembre coûte que coûte, avec ou sans l’approbation de la Cour constitutionnelle.

Conséquences imprévisibles

Mais les chrétiens-démocrates nationalistes, alliés historiques du parti Convergence démocratique de Catalogne (le parti de Mas, libéraux nationalistes) sont opposés à cette voie aux conséquences imprévisibles. "La désobéissance civile ne nous mènerait nulle part", a déclaré jeudi Artur Mas.

Son plan à lui passe par une mobilisation des communes catalanes, dont les conseils municipaux approuveraient "la consultation", c’est-à-dire le référendum du 9 novembre. Quelque 95 % des 946 communes de Catalogne appartiennent à l’Association catalane descommunes, qui demande des motions municipales en faveur du référendum.

Dans la rue, les groupes les plus indépendantistes veulent mobiliser cent mille activistes pour s’assurer du vote.

De son côté, le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy (conservateur) a souligné que le vote en Ecosse a eu lieu "dans le respect le plus scrupuleux de la légalité du pays ". Utilisant des termes qui semblaient adressés aux Catalans, M. Rajoy a remarqué que "de graves conséquences ont été évitées". Il a félicité les Ecossais pour avoir choisi, "de manière claire et sans équivoque, de rester dans le Royaume-Uni et dans l’Union européenne".

Le suspense se prolonge sur certains détails des plans respectifs de MM. Rajoy et Mas. Celui-ci a aimé le référendum, mais pas le résultat et les nationalistes catalans manœuvrent maintenant pour atténuer l’impact populaire de ce "non" venu du Nord.