"Nous sommes en train de perdre la bataille contre Ebola"

"Certains pays ne se préoccupent que de leurs propres frontières", ce qui est "très inquiétant" selon M. Kim, le président de la Banque mondiale, pour qui "nous n'avons toujours pas pris conscience de la solidarité nécessaire" au niveau international.

"Nous sommes en train de perdre la bataille contre Ebola"
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AFP et Belga

Le président de la Banque mondiale Jim Yong Kim a estimé vendredi que "nous (étions) en train de perdre la bataille" face au virus Ebola, faute de solidarité internationale suffisante.

"Nous sommes en train de perdre la bataille", a-t-il dit lors d'une conférence de presse au siège de l'OCDE à Paris.

"Certains pays ne se préoccupent que de leurs propres frontières", ce qui est "très inquiétant" selon M. Kim, pour qui "nous n'avons toujours pas pris conscience de la solidarité nécessaire" au niveau international.

Il a toutefois salué les efforts des Etats-Unis, de la France et du Royaume-Uni.

La Banque mondiale a récemment jugé que l'épidémie pourrait coûter 32 milliards de dollars à l'Afrique.

L'ONU a reçu jusqu'ici 38% de son appel de fonds de près d'un milliard de dollars destiné à faire face aux besoins humanitaires liés à l'épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest, a indiqué vendredi un porte-parole de l'OCHA (Bureau des Affaires humanitaires de l'ONU).

"Il faut y ajouter 217 millions de dollars promis, mais qui ne sont pas encore arrivés sur les comptes bancaires", a-t-il précisé.

Avec ces promesses de dons, l'ONU a atteint 60% des fonds requis.

Selon le dernier bilan de l'OMS, la fièvre hémorragique a fait 4.493 morts sur 8.997 cas enregistrés dans sept pays (Liberia, Sierra Leone, Guinée, Nigeria, Sénégal, Espagne et Etats-Unis).


Un vaccin seulement en 2016 ?

Le vaccin expérimental contre Ebola développé par la firme britannique GSK ne sera pas prêt à la commercialisation avant 2016 et ne doit "pas être considéré comme une riposte première à l'épidémie en cours", a déclaré le responsable du programme vendredi.

Il s'agit d'un des deux vaccins "prometteurs" identifiés par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) contre la fièvre hémorragique ayant fait quelque 4.500 morts, essentiellement dans trois pays d'Afrique de l'Ouest.

Les premiers tests sur l'humain, pour étudier l'innocuité de ce vaccin cAd3-ZEBOV, qui utilise comme vecteur un adénovirus de chimpanzé dans lequel a été inséré un gène du virus Ebola, ont débuté aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et en Afrique.

GSK (GlaxoSmithKline) devrait avoir 10.000 doses disponibles pour des tests début 2015.

"Mais avant de pouvoir utiliser le vaccin (sur la population) nous avons besoin de données sur son efficacité et sa sécurité et ces données ne seront pas disponibles avant la fin 2015. Produire ensuite des doses en grand nombre nous amènera jusqu'en 2016", a déclaré à la BBC le Dr Ripley Ballou, chef du programme de recherche sur ce vaccin.

"Je ne pense pas que ceci puisse être considéré comme une riposte première à l'épidémie actuelle", a-t-il souligné, rappelant qu'il fallait d'habitude "entre sept et dix ans pour développer un vaccin".

"Nous allons compresser ce laps de temps en une période d'un an à peine, ce qui correspond à une procédure accélérée à l'extrême. Mais malheureusement ça ne va pas aussi vite qu'on le souhaiterait", a ajouté le Dr Ballou, qui pense surtout aux épidémies futures où le vaccin pourrait être utilisé s'il prouve son efficacité.

GSK a évoqué un développement accéléré d'un vaccin dès le mois de mars avec les responsables de l'OMS, selon le Dr Ballou. Mais les deux parties ont décidé de concert que la meilleure approche était alors de "surveiller de près" l'évolution de l'épidémie.

"Personne n'a anticipé qu'on allait avoir besoin d'un vaccin, a dit le Dr Ballou. "Avec le recul, on aurait dû appuyer sur la détente plus tôt. Mais il ne s'agit pas de pointer quelqu'un du doigt."

L'ONG Médecins sans frontières (MSF), en première ligne dans la lutte contre l'épidémie, a fait part de sa "déception".

"Personne ne sait combien de temps va durer cette épidémie. Nos patients, les travailleurs en première ligne et les populations en Afrique de l'Ouest ne peuvent pas se permettre d'entendre: +Il est trop tard+", a réagi le Dr Manica Balasegaram, responsable de la campagne d'accès aux médicaments de MSF.

"La situation sur le terrain est catastrophique (...) Cette épidémie n'autorise aucun délai, l'impact sur le nombre de personnes qui souffrent et meurent d'Ebola pourrait être significatif", a ajouté Dr Balasegaram.

MSF "reconnaît et apprécie" ce que fait GSK pour accélérer le développement d'un vaccin contre Ebola, "les efforts doivent aller plus loin", selon l'ONG, estimant qu'un vaccin "pourrait être le tournant" dans la lutte contre l'épidémie.

L'ONG invite GSK "et tous les autres développeurs de vaccins" à lever tous les obstacles et à être "ambitieux" pour rendre disponible "un vaccin sûr et efficace pour l'Afrique de l'Ouest le plus vite possible".

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