Premier cas avéré d'Ebola à New York, la peur s'installe

C'est la psychose dans le quartier de West Harlem où habite Craig Spencer, un médecin revenu récemment d'Afrique et qui a contracté le virus Ebola. Reportage.

Premier cas avéré d'Ebola à New York, la peur s'installe
©AP
Stéphanie Fontenoy (avec AFP)

Un médecin récemment revenu d'Afrique et hospitalisé en urgence jeudi à New York a contracté le virus Ebola, a annoncé dans la soirée le New York Times.

Craig Spencer avait été hospitalisé en urgence plus tôt dans la journée, avec une forte fièvre et des douleurs abdominales. Il avait alors subi des examens pour déterminer s'il souffrait du virus Ebola.

Il était apparemment rentré depuis peu de Guinée, un des trois pays d'Afrique les plus touchés par le virus. Lorsqu'il a été hospitalisé, il avait 39,4°C de fièvre, selon le New York Post. Il travaillait pour Médecins sans Frontières en Guinée, et y avait traité des malades souffrant du virus, selon le quotidien.


Les résultats des examens sont préliminaires, et devront encore être confirmés par les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC), a précisé le New York Times.

Le malade est hospitalisé à Manhattan à l'hôpital Bellevue, spécialement désigné et préparé pour gérer les éventuels cas d'Ebola à New York.


West Harlem vit dans la peur

La peur s'est déjà installée dans le quartier de West Harlem où vit Craig Spencer. "C'est très inquiétant" , affirme ainsi l'épicier du coin de la 147e rue, à 20 mètres de l'endroit où les services de santé sont venus chercher, jeudi en milieu de journée, le docteur de 33 ans.

"J’espère que je n'ai pas Ebola" indique pour sa part, un voisin, la mine grave. A-t-il des symptômes? "Pas encore," répond-t-il, néanmoins préoccupé par la nouvelle. Il dit avoir reconnu Craig Spencer sur les images diffusées dans les médias. "Je l'ai vu dans le quartier" affirme-t-il, "mais pas depuis son retour d'Afrique".


Pour Adama Shapiro qui habite deux rues plus loin, Ebola quasiment devant chez lui, c'est un cauchemar qui devient réalité. "Je craignais déjà Ebola quand le virus était en Afrique. Puis il est arrivé au Texas. Et soudain, il est à ma porte. Comment est-ce possible?" 


Ce vendredi matin, le jeune New-yorkais se rendra comme d'habitude au travail en métro. "Je n'ai pas les moyens de prendre un taxi. Je prendrai les transports en commun, mais je ne serai pas à l'aise," confie-t-il. "Je ne fais pas confiance aux autorités sanitaires du pays et à notre gouvernement. Ils auraient dû réagir plus tôt."

"Ebola, c'est tout simplement le nouveau Sida"

La surprise est de mise, et les conversations alarmistes vont bon train dans ce quartier du nord de Manhattan, majoritairement hispanique et afro-américain. Enrique Esobar, un habitant du quartier s'insurge: "Pourquoi ce docteur, qui revient d'une zone infectée par le virus, n'a pas été mis en quarantaine? Et comment a-t-il contracté le virus, malgré tous les équipements de protection, les combinaisons, les gants, les lunettes, sensés le protéger? Les médias disent que la transmission ne se fait pas par les voies respiratoires, mais qui croit encore les médias aujourd'hui? La réalité, c'est que personne ne sait exactement comment le virus se propage". Pour son ami, Tito Amsterdam, "Ebola, c'est tout simplement le nouveau Sida" .

Certaines institutions ont pris les devants, comme l'Université "City College" située non loin du foyer de Craig Spencer. Dans la soirée de jeudi, tous les étudiants ont reçu un mail de la direction de l'établissement, les informant sur Ebola, sa transmission et ses symptômes. Une façon sans doute de ne pas propager davantage le climat d'inquietude.

Premier cas confirmé au Mali

Le Mali a enregistré son premier cas confirmé d'Ebola, une fillette venue de la Guinée voisine et qui a été placée en quarantaine à Kayes (ouest), a annoncé jeudi soir le ministère malien de la Santé dans un communiqué.

"Un cas suspect - une fillette de 2 ans venue de Kissidougou, en République de Guinée - s'est présenté" dans un hôpital de Kayes mercredi et le test du virus Ebola effectué sur des échantillons sanguins prélevés sur elle "s'est avéré positif ce jeudi", explique le ministère dans un communiqué. "Par ce résultat d'analyse en laboratoire, le Mali connaît à ce jour son premier cas importé de maladie à virus Ebola", précise-t-il.

"L'enfant malade et les personnes qui ont eu un contact avec elle à Kayes ont été immédiatement identifiées et prises en charge selon les normes requises en la matière", donc placées en quarantaine, assure le communiqué. Le porte-parole du ministère de la Santé Markatchè Daou n'a pas souhaité donner de précisions sur l'identité ou la nationalité de la fillette.

Selon le communiqué, "le ministère de la Santé et de l'Hygiène publique a pris toutes les dispositions nécessaires pour éviter la propagation du virus. Il rassure les populations sur les mesures prises et en appelle au calme et à la sérénité".