Les chrétiens d'Orient, menacés par la montée de l'islamisme radical

Les chrétiens d'Orient, dont le sort sera évoqué lors de la visite du pape François en Turquie, sont enracinés au Moyen-Orient depuis les débuts du christianisme mais sont aujourd'hui souvent poussés à l'exode face aux menaces islamistes.

Les chrétiens d'Orient, menacés par la montée de l'islamisme radical
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Les chrétiens d'Orient, dont le sort sera évoqué lors de la visite du pape François en Turquie, sont enracinés au Moyen-Orient depuis les débuts du christianisme mais sont aujourd'hui souvent poussés à l'exode face aux menaces islamistes. La région, exposée à une flambée de violences, se singularise par l'extrême diversité des rites qui y ont vu le jour et qui s'y pratiquent encore.

  • IRAK

Très menacés, nombre de chrétiens d'Irak ont déjà quitté le pays ces dernières années.

Avant l'invasion américaine de 2003, l'Irak comptait plus d'un million de chrétiens, dont plus de 600.000 à Bagdad. Mais le pays est devenu un champ de bataille entre insurgés et troupes étrangères avant de sombrer dans une guerre confessionnelle. La communauté, associée aux "croisés" occidentaux, a été visée.

A partir de juillet, les chrétiens de Mossoul, deuxième ville du pays, ont fui en masse l'offensive du groupe Etat islamique (EI) qui a pris le contrôle de pans entiers du pays. En août, des dizaines de milliers d'autres, la plupart fidèles de l'Eglise catholique chaldéenne, les ont suivis sur les routes de l'exode. Qaraqosh et des dizaines de villages se sont vidés de leurs habitants.

"Environ 70% des chrétiens d'Irak ont quitté leur pays ces vingt dernières années en raison des guerres. Ceux qui sont restés (...) ont reçu le coup de grâce après la prise par les extrémistes de leurs régions", selon le responsable de Caritas pour la Jordanie.

Selon des témoignages de réfugiés, les jihadistes obligent les chrétiens à choisir entre la conversion à l'islam ou le paiement d'une forte taxe, en les menaçant de mort.

  • SYRIE

En Syrie, dévastée par près de quatre ans de guerre civile, les chrétiens représentent entre 5 et 9% de la population (plus de 22 millions d'habitants).

Le conflit, qui a tué plus de 195.000 personnes depuis le début de la révolte contre Bachar al-Assad, est devenu plus complexe avec la montée en puissance des jihadistes.

Les chrétiens s'en sont largement tenus à l'écart mais nombre d'entre eux ont pris le parti d'Assad, notamment par crainte de l'islamisme de certains groupes rebelles. Plusieurs églises ont été endommagées ou détruites.

Un prêtre italien, Paolo Dall'Oglio, militant du dialogue interreligieux détesté par le régime comme par les jihadistes, est porté disparu depuis 2013, tout comme deux évêques orthodoxes et de nombreux prêtres. En avril, un jésuite néerlandais présent en Syrie depuis des décennies a été assassiné.

  • EGYPTE

Les coptes orthodoxes (10% des 86 millions d'Egyptiens) constituent la grande majorité de la communauté chrétienne la plus nombreuse du Moyen-Orient et l'une des plus anciennes. Ils se disent marginalisés depuis longtemps.

Ils sont de longue date la cible de violences, qui ont atteint un niveau sans précédent en 2013 lorsque des dizaines d'églises ont été attaquées en représailles à la destitution du président islamiste Mohamed Morsi et à la répression lancée contre ses partisans.

  • LIBAN

Le Liban est le seul pays de la région à être traditionnellement dirigé par un président chrétien, alors que tous les autres chefs d'Etat du monde arabe sont musulmans.

S'ils sont deuxième en nombre après les coptes d'Egypte, les chrétiens libanais bénéficient d'un pouvoir beaucoup plus large. Mais la communauté chrétienne a perdu de son pouvoir et est devenue minoritaire au fil des décennies.

  • TERRITOIRES PALESTINIENS

En Cisjordanie occupée et à Jérusalem, on dénombre près de 50.000 chrétiens, principalement implantés à Bethléem et Ramallah. Mais on ne compte plus que 8.000 chrétiens à Jérusalem (ils étaient 30.000 avant la création de l'Etat d'Israël en 1948).

Dans la bande de Gaza, leur nombre est en baisse régulière, notamment après la prise du pouvoir par le mouvement islamiste Hamas en 2007. Ils sont aujourd'hui moins de 1.500 sur les 1,8 million d'habitants de l'enclave.

  • IRAN

La Constitution iranienne reconnaît les droits de certaines minorités religieuses, dont les chrétiens, mais l'apostasie y est punie de la peine capitale en vertu de la loi islamique.

  • ARABIE SAOUDITE

Le royaume, qui applique rigoureusement le wahabisme, n'autorise pas la construction d'églises et l'exercice du culte chrétien, malgré la présence de plusieurs millions d'immigrés asiatiques de cette confession.

Enfin, la TURQUIE, pays musulman à 99% et dirigé par des islamo-conservateurs, ne compte que 80.000 chrétiens.