"Je ne peux plus respirer": les derniers mots d'Eric Garner, écho du malaise des Noirs aux USA

Depuis l'annonce de la décision du grand jury de New York de ne pas inculper le policier blanc qui avait plaqué au sol et étranglé Eric Garner, un homme noir décédé, les Etats-Unis sont en colère. Des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes du pays et pour montrer leur rage, des milliers de personnes ont décidé de reprendre les derniers mots d'Eric.

"Je ne peux plus respirer": les derniers mots d'Eric Garner, écho du malaise des Noirs aux USA
©AFP
Jacques Besnard (et AFP)

Depuis l'annonce de la décision ce mercredi du grand jury de Staten Island de ne pas inculper le policier blanc qui avait plaqué au sol et étranglé Eric Garner, un homme noir soupçonné de ventes illégales de cigarettes, les Etats-Unis sont en colère.

Les images montrant ce père de famille asthmatique maîtrisé par cinq hommes ont de quoi interpeller.

Dans cette vidéo, on voit et on entend surtout Eric tenter de prévenir les policiers à plusieurs reprises de leur brutalité: "Je ne peux plus respirer !", alerte-t-il. Les derniers mots d'Eric Garner ne peuvent pas être plus clairs. En vain.

Il décédera à l'hôpital. Une décision d'autant plus litigieuse que le médecin légiste de New York avait conclu à un homicide, dû notamment à la compression de son cou.

La prise par le cou étant, d'ailleurs, il faut le rappeler, une pratique interdite au sein de la police new-yorkaise.

Dès l'annonce du verdict, des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes du pays. Des milliers de personnes ont ainsi décidé de reprendre les derniers mots d'Eric et de scander à multiples reprises "I can't breathe" (Ndlr: "Je ne plus respirer" en anglais).

Ce fut le cas par exemple à New York.

Mais aussi à Los Angeles sur le fameux Walk of Fame.

De même, en juillet passé, des artistes de Broadway avaient créé une chanson intitulée "I can't breathe" pour exprimer leur révolte après la mort d'Eric.


83 arrestations à New York lors des manifestations de la nuit

Quatre-vingt-trois personnes ont été arrêtées à New York lors des manifestations ayant suivi la décision de ne pas inculper un policier blanc impliqué dans la mort d'un Noir, a-t-on appris jeudi de la police.

Certains de ces manifestants ont été accusés de trouble à l'ordre public, a précisé à l'AFP un porte-parole de la police.

De nombreux manifestants, se déplaçant par petits groupes, avaient sillonné New York mercredi soir, jusque tard dans la nuit, tentant de perturber l'illumination annuelle du sapin de Noël au Rockefeller Center, se mêlant aux touristes à Times Square, bloquant la circulation sur la voie express West Side Highway, au Lincoln Tunnel, puis sur le pont de Brooklyn.

La police avait été déployée en force.

Aucun incident majeur n'a toutefois été signalé.


L'ONU demande aux Etats-Unis de mieux encadrer leurs policiers

Le secrétaire général de l'ONU a demandé jeudi aux Etats-Unis de s'assurer que leurs policiers répondent davantage de leurs actes, après une décision favorable à un policier blanc impliqué dans la mort d'un Noir à New York qui a ravivé les tensions raciales.

"Cette affaire pose une nouvelle fois la question de la responsabilité des membres des forces de l'ordre", a souligné le porte-parole de l'ONU Stéphane Dujarric.

Le secrétaire général Ban Ki-moon, a-t-il ajouté, "invite instamment les autorités compétentes aux Etats-Unis à faire le maximum pour répondre aux appels" demandant que les policiers "soient tenus davantage pour responsables de leurs actes".

M. Ban appelle aussi les manifestants à s'exprimer dans le calme et les autorités à respecter la liberté de manifester. Il accueille par ailleurs avec satisfaction la décision du ministère américain de la Justice d'ouvrir une enquête fédérale, a ajouté M. Dujarric.

Un policier impliqué dans le décès d'Eric Garner, 43 ans, mort lors d'une interpellation musclée le 17 juillet à Staten Island, a été mis hors de cause mercredi par un jury populaire qui a refusé de l'inculper.

Mais il va faire l'objet d'une enquête interne par la police de New York et le ministre américain de la Justice, Eric Holder, a annoncé une enquête au niveau fédéral sur une éventuelle violation des droits civiques d'Eric Garner.

La décision du grand jury --assemblée de citoyens américains chargés de décider ou non d'une inculpation sur la base des éléments de l'enquête-- est intervenue dix jours après une décision similaire prise dans le Missouri (centre) qui avait provoqué de nombreuses manifestations de protestation à travers les Etats-Unis.

Le policier blanc qui avait abattu en août à Ferguson Michael Brown, un Noir de 18 ans non armé, n'avait pas non plus été poursuivi.

A la suite de cette affaire, le Comité des Nations unies contre la torture avait dénoncé dans un rapport l'usage excessif de la force par la police américaine et les tirs de policiers contre des Noirs non armés.