"Un des frères Kouachi a bu à l'évier au-dessus de l'armoire où j'étais caché": le témoignage bouleversant de Lilian Lepère

Lilian Lepère, l'homme caché dans l'imprimerie où se sont retranchés les Kouachi, était l'invité du 20h de France 2. Il a raconté le long calvaire dont il a été victime. Un récit incroyable marqué de quelques coups du sort à redécouvrir en vidéo.

S. Le.

Lilian Lepère, l'homme caché dans l'imprimerie où se sont retranchés les frères Kouachi, était l'invité du 20h de France 2. Il a raconté le long calvaire dont il a été victime. Un récit incroyable marqué de quelques coups du sort.

Il a tout d'abord remercié son patron, le directeur de l'imprimerie où les frères terroristes se sont retranchés. C'est lui qui a, au tout début, fait gagner du temps pour qu'il puisse se cacher. "Mon directeur a vu qu'ils avaient des Kalachnikov à leur arrivée. Ils leur a proposé un café afin que je puisse aller me mettre à l'abri."

Emu, Lilian raconte ensuite: "Je me suis donc précipité dans une pièce voisine, dans une armoire à deux portes, sous un évier. Il n'y avait pas de produits ménagers, heureusement. C'était fort étroit: 90 cm de large sur 50 cm de profondeur."

"Si un des Kouachi se séchait les mains, j'étais cuit"

Les minutes sont alors très longues pour le jeune employé. "La plupart du temps, je les entendais dans le bureau du directeur, mitoyen au mur où se trouvait le meuble dans lequel je m'étais réfugié. Ils étaient là la majorité du temps.  Mais ils ont fait un tour, très vite, puis un deuxième plus long, après le premier échange de tir avec la police, au matin. Un des deux frères a alors ouvert le meuble à côté puis a été au frigo en face. S'il venait jeter un oeil dans l'armoire où j'étais, à 50 cm de la première qu'il a vérifiée, j'étais cuit. Un des Kouachi s'est donc dirigé ensuite vers le frigo puis est revenu et a pris de l'eau juste au-dessus de moi. Je vois encore son ombre par l'interstice des portes... Là, mon souffle s'est coupé. Car je me disais que s'il se séchait les mains à l'aide de la serviette qui pendait sur la porte, l'armoire allait forcément s'ouvrir."

Le jeune homme explique alors pourquoi il n'a pu utiliser son GSM plus rapidement. "Dans cette petite armoire, je me trouvais en position fœtale et n'avais donc pas accès directement à mon GSM dans la poche. Mais à un moment, j'ai pris le risque et je l'ai vite mis en silencieux. Jusqu'alors, il se trouvait en mode vibratoire et j'avais dû veiller à ce que ma poche ne colle pas à l'armoire. Car les vibrations auraient résonné sur la paroi et ils m'auraient peut-être repéré."

C'est alors que Lilian est enfin entré en contact avec la police. "J'ai d'abord envoyé des messages à des membres de ma famille, et un de ceux-ci m'a répondu qu'il se trouvait à côté des policiers. J'ai été tout de suite rassuré de me savoir en contact avec l'extérieur. C'est alors que j'ai pu leur apporter certaines informations, avec mes connaissances de l'entreprise."

Il pense à sa survie et ne suit pas les recommandations du GIGN

Vient ensuite le moment de la délivrance... "Après 8 heures d'attente et alors que cela faisait bien 4 heures que j'attendais l'assaut, celui-ci est enfin arrivé. C'était parti, j'ai entendu les grosses détonations et je me suis recroquevillé en protégeant bien ma tête. Le GIGN m'avait prévenu par message qu'une équipe viendrait me chercher et que je ne devais absolument pas bouger. Mais lorsque j'ai compris que les policiers allaient entrer, je n'ai pas respecté la consigne. J'avais en effet trop peur que les deux frères aient piégé le bâtiment et que des bombes ne soient placées dans le couloir. Au lieu de rester dans mon armoire qui collait à ce couloir, j'ai donc vite été me réfugier à l'autre bout. 

Une initiative osée de la part du jeune homme mais qui, heureusement, n'aura pas servi. "J'ai alors entendu des voix, puis la porte s'est entrouverte et j'ai vu la lumière. Je me suis alors laissé guider et ils m'ont sorti par la fenêtre. Un médecin m'a ensuite pris en charge"

Au final, Lilian Lepère s'estime "chanceux" et pense ne pas être "trop traumatisé". Mais à la fin de son intervention sur France 2, la larme toujours à l'oeil, il a tenu à présenter ses condoléances aux autres familles, car elles n'auront pas eu sa chance à lui. 





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