Feu nourri sur le "système Orban"

La question de la liberté des médias et, plus largement, du respect des droits fondamentaux en Hongrie s’est une nouvelle fois invitée au Parlement européen, ce jeudi. Les membres de la commission des libertés civiles avaient en effet convié une série de représentants de la société civile ainsi que le porte-parole du gouvernement hongrois à venir exposer leurs points de vue sur ces questions.

Gilles Toussaint
LIBE Committee Meeting " Situation of Human Rights in Hungary "
LIBE Committee Meeting " Situation of Human Rights in Hungary "

Auditions accablantes et échanges tendus au sein du Parlement européen.

La question de la liberté des médias et, plus largement, du respect des droits fondamentaux en Hongrie s’est une nouvelle fois invitée au Parlement européen, ce jeudi. Les membres de la commission des libertés civiles avaient en effet convié une série de représentants de la société civile ainsi que le porte-parole du gouvernement hongrois à venir exposer leurs points de vue sur ces questions.

Une séance d’auditions qui a d’emblée débuté par un accrochage, les représentants du groupe PPE - auquel est affilié le parti Fidesz du Premier ministre Viktor Orban - menaçant de quitter la salle en invoquant un "déséquilibre flagrant" dans le panel des invités. Une liste pourtant préalablement avalisée par les responsables des conservateurs.

Les personnes auditionnées ont, de fait, dressé un bilan bien sombre de la situation hongroise. Directrice de la Fondation Okotars Alapitvany, Veronika Mora, a ainsi souligné les nombreuses difficultés auxquelles font face les ONG magyares ces dernières années, en raison des modifications apportées par le gouvernement au cadre juridique et aux règles de financement régissant ce secteur. Au passage, celle-ci dénonce les perquisitions dont a été victime son association, chargée de gérer les moyens financiers apportés par un fonds norvégien qui soutient le développement de la démocratie et les progrès sociaux dans plusieurs pays. Une démarche que goûte peu le camp Orban, qui y voit une manœuvre de soutien à l’opposition opérée par des "agents étrangers" . De nombreuses accusations ont été portées par un organe de contrôle gouvernemental et une enquête criminelle contre X a été ouverte, sans qu’aucune irrégularité n’ait été démontrée, soulignera encore Mme Mora. L’objectif du gouvernement, juge-t-elle, est d’intimider ces associations et de corseter les ONG.

Intimidation des ONG et des médias

Membre d’une association qui promeut le journalisme d’investigation, Attila Mong enfoncera encore un peu le clou. Le gouvernement Orban "utilise des méthodes pour limiter l’indépendance et la diversité des médias que l’on ne constate que dans les pays autoritaires" , martèlera-t-il. Une grande partie des médias sont la propriété d’hommes d’affaires proches du Fidesz, soulignera encore M. Mong, affirmant que la TV publique est également au service du pouvoir en place. "Les informations sur la chaîne publique ressemblent parfois à la Corée du Nord" , raillera-t-il, mettant en avant un sondage qui montre que de nombreux journalistes locaux estiment que la liberté de la presse se dégrade sous la pression politique.

Un constat partagé par Anne Weber, la conseillère du commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, auteur d’un rapport critique sur la Hongrie publié le mois dernier. Tout en soulignant les améliorations apportées à la législation du pays relative aux médias, depuis les mesures restrictives décidées en 2010, celui-ci relève que les journalistes restent soumis à un cadre juridique inadapté et à des pressions les poussant à l’autocensure. Une "situation de vulnérabilité problématique et préoccupante". Tout comme la représentante hongroise d’Amnesty International, Mme Weber rappellera par ailleurs que d’autres inquiétudes existent sur la montée du racisme et de l’intolérance vis-à-vis des minorités - SDF, Roms, Juifs, homosexuel(le)s… - dans ce pays.

"Soap opera"

Répondant à cette salve de critiques, le représentant de M. Orban ne s’est guère montré diplomate. Ces assertions relèvent du "mensonge" et de "faux arguments" , rétorquera Zoltan Kovacs, qualifiant le travail des eurodéputés de "soap opera" et leur conseillant de se consacrer "à des questions bien plus graves comme la situation économique ou la menace terroriste" . Quoi que le gouvernement hongrois fasse, ni ses arguments ni les résultats de ses politiques ne sont pris en considération, déplorera-t-il. Et de préciser que le conflit en cours ne concerne qu’une douzaine d’ONG sur les dizaines de milliers actives en Hongrie.

La riposte virulente de nombreux eurodéputés ne s’est pas fait attendre. Ceux-ci souligneront la multiplicité des acteurs (Commission européenne, Conseil de l’Europe, Onu, Etats-Unis, Angela Merkel…) qui s’interrogent sur la dérive de Budapest. Ce qui fait beaucoup de monde pour un complot.

Reste un constat largement partagé dans la salle : l’UE doit en faire plus pour garantir le respect des droits fondamentaux au sein des Etats membres. Et pas seulement en Hongrie.