Abdallah II de Jordanie, le roi qui a promis d'écraser l'Etat islamique

Militaire de carrière, Abdallah II sait se montrer "très réaliste face aux crises", estime l'analyste Mohamed Abou Remmane, du Centre d'études stratégiques à l'Université de Jordanie.

AFP
Abdallah II de Jordanie, le roi qui a promis d'écraser l'Etat islamique
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Le roi Abdallah II de Jordanie, en optant pour une implication accrue dans la guerre contre les jihadistes qui ont exécuté un de ses pilotes, est confronté au défi le plus difficile depuis son couronnement, il y a près de 16 ans.

Le souverain, qui vient de fêter son 53e anniversaire, a promis une riposte "sévère" et a d'ores et déjà fait preuve d'une fermeté inédite, après la diffusion d'une vidéo par le groupe Etat islamique (EI) montrant le pilote jordanien Maaz al-Kassasbeh brûlé vif dans une cage.

Cette exécution effroyable, qui a révulsé le royaume, met le roi aux yeux bleus et au visage rond face aux choix les plus difficiles de son règne, rythmé par les nombreuses crises secouant la région.

Militaire de carrière, Abdallah II sait se montrer "très réaliste face aux crises", estime l'analyste Mohamed Abou Remmane, du Centre d'études stratégiques à l'Université de Jordanie.

Les premières représailles à la mort du pilote sont intervenues mercredi avec la pendaison de la jihadiste irakienne Sajida al-Rishawi, condamnée à mort pour des attentats meurtriers en 2005 à Amman, et de Ziad Karbouli, un responsable irakien d'Al-Qaïda.

Le lendemain, des dizaines d'avions de chasse jordaniens frappaient des positions de l'EI en Syrie et -pour la première fois- en Irak dans le cadre d'une opération baptisée "Martyr Maaz", du nom du pilote capturé en décembre après le crash de son avion en Syrie.

"Le roi a décidé et agi rapidement, cette riposte était très importante car elle démontre clairement que la menace de l'EI est bien réelle et inacceptable", selon Robert Daneen, expert du Moyen-Orient, au Conseil des relations internationales de Washington.

"Le roi a une vision claire de la menace que l'EI représente pour son royaume et pour la sécurité régionale", a-t-il ajouté.

C'est à la mort de son père le roi Hussein en 1999, qu'Abdallah II accède au trône de Jordanie, pays stratégiquement situé au coeur du Moyen-Orient.

Au fil de son règne, il tisse des relations régionales et internationales et fait du royaume un des plus proches alliés des Etats-Unis dans la région.

Cet homme de taille moyenne aux manières affables parviendra à contenir la colère de la rue qui surgit en 2011 dans la foulée des Printemps arabes.

"Le régime jordanien n'a pas une histoire sanguinaire ou de violences confessionnelles et n'a pas fait face à de graves crises internes. Ceci a servi au roi Abdallah qui a su traiter avec la rue et les changements dans la région", explique M. Abou Remmane.

Formé à l'académie militaire britannique de Sandhurst, Abdallah a effectué toute sa carrière dans l'armée où il a commandé les forces spéciales, une unité d'élite antiterroriste, avec le rang de général de division, de 1993 à sa désignation comme prince héritier le 25 janvier 1999.

Mais la guerre contre l'EI est ardue, prévient Nadim Chahada directeur du centre Fares pour les études du Moyen-Orient, basé aux Etats-Unis.

"Le danger que représente l'EI pour la Jordanie et l'Arabie saoudite ne doit pas être pris à la légère", estime-t-il.

Les deux pays font partie de la coalition internationale antijihadistes dirigée par les Etats-Unis, qui mène des frappes aériennes en Irak et en Syrie.

La confrontation avec l'EI, dans laquelle Abdallah II pourra compter sur ses alliés, "nécessite un équilibre délicat et pourrait avoir de graves conséquences", avertit M. Chahada.

"L'EI défie (la Jordanie et l'Arabie saoudite) sur leur propre territoire", où les idées de ces jihadistes ont un écho important, poursuit-il.

Abdallah, qui est de bon contact avec ses subordonnés selon des proches, s'est marié en 1993 avec Rania al-Yassine, une Jordanienne d'origine palestinienne. Le couple a quatre enfants, les princes Hussein et Hachem et les princesses Imane et Salma.

Fils aîné du défunt roi Hussein, Abdallah est né le 30 janvier 1962 du deuxième mariage du souverain avec la Britannique Toni Gardiner, devenue la princesse Mona.