"Où est le Royaume-Uni? Où est Cameron?"

Grèce, Ukraine, Daech, Boko Haram : Londres est largement absente. Pour le général Richard Shirreff, ce comportement prouve que le dirigeant britannique "est clairement un petit joueur. Personne ne lui porte la moindre attention. Il n’est désormais plus pertinent en matière de politique étrangère."

Tristan de Bourbon>Correspondant à Londres

Où est le Royaume-Uni ? Où est Cameron ?" a demandé le général Richard Shirreff à des journalistes du quotidien "The Times" qui l’interrogeaient. Celui qui fut jusqu’en mars dernier le commandant en second des forces de l’Otan en Europe se veut perplexe. Pendant que la Chancelière allemande et le Président français négociaient avec le Président russe sur la question ukrainienne, leur homologue britannique David Cameron visitait une circonscription du centre de l’Angleterre et s’écharpait à la Chambre des communes avec le leader de l’opposition travailliste. Pour le militaire, ce comportement prouve que le dirigeant britannique "est clairement un petit joueur. Personne ne lui porte la moindre attention. Il n’est désormais plus pertinent en matière de politique étrangère."

Sentiment d’humiliation

Depuis le rejet par la Chambre des communes du principe d’une intervention militaire en Syrie le 29 août 2013, le Premier ministre se fait tout petit sur la scène internationale. Il a visiblement vécu ce vote comme une humiliation et a depuis décidé d’écarter ce rôle de ses priorités. Adieu celui qui n’hésitait pas en septembre 2011 à voler à Tripoli avec le président français Nicolas Sarkozy. S’il était réapparu un temps pour contester la nomination de Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission européenne, son isolement l’avait là encore obligé à s’avouer vaincu.

Ce retrait a sans doute été favorisé par la décision de William Hague de quitter son poste de ministre des Affaires étrangères l’été dernier. Considéré comme un diplomate fin, brillant et doté d’une vision claire, il a été remplacé par un Philip Hammond tombé là par hasard.

A l’approche de l’élection générale, David Cameron a sans doute également décidé de prendre plus en compte la perception de l’opinion publique. Depuis les interventions en Irak et en Afghanistan menées par l’ancien Premier ministre Tony Blair, celle-ci voit d’un très mauvais œil l’implication de ses soldats sur des sols étrangers. "La politique internationale du pays n’ayant jamais été une priorité pour les électeurs, David Cameron veut éviter tout fiasco militaire ou diplomatique qui viendrait noircir son image", nous explique Andrew Mumford, professeur de politiques et de relations internationales à l’université de Nottingham. "Par ailleurs, il ne fait aucun doute qu’en raison de l’imminence de l’élection, il se concentre désormais totalement sur la politique locale."

Bien que la Chambre des communes ait voté en septembre 2014 pour rejoindre la coalition formée contre Daech, le rôle des Britanniques s’y est donc limité au strict minimum : au mieux une frappe aérienne par jour, quelques armes pour les forces kurdes du nord de l’Iraq et l’envoi de 48 soldats pour les former, et de trois autres militaires dans le reste du pays. Et si la France n’hésite pas à jouer un rôle militaire dans ses anciennes colonies africaines, le Royaume-Uni n’intervient pas au côté des opposants au groupe Boko Haram.

Londres est également totalement absente de l’autre sujet majeur du moment, la crise grecque. Officiellement, le gouvernement estime que la question repose sur les épaules des membres de la zone euro. Officieusement, David Cameron sait qu’à force de louvoyer sur la question européenne au gré des sondages d’opinion et de la montée du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (Ukip) de Nigel Farage, il a sans doute perdu beaucoup de crédibilité auprès de ses partenaires. Une intervention de sa part n’aurait donc aucun effet.

Sa stratégie électorale implique également de la discrétion sur cette question. "Son discours actuel repose beaucoup sur le succès économique du Royaume-Uni malgré la crise de la zone euro", assure Andrew Mumford. "Il ne veut donc pas apparaître dans cette affaire, qui montrerait l’implication réelle du pays en Europe, ce qui donnerait des munitions aux eurosceptiques." Il ne fait désormais plus guère de doute : avant l’élection du 7 mai, la diplomatie britannique ne fera pas de vagues.