"Daech ne va pas l'emporter"

Gérard Chaliand vient de passer quelques semaines non loin de la ligne de front à observer les mouvements des jihadistes de l'Etat islamique. "Ils ont multiplié leurs ennemis, les yézidis, les Kurdes, les chiites, et cela se paie." Entretien avec ce spécialiste des conflits armés.

Entretien Sabine Verhest
"Daech ne va pas l'emporter"
©Photo News

"Daech ne va pas l'emporter." Gérard Chaliand vient de passer quelques semaines non loin de la ligne de front à observer les mouvements des jihadistes de l'Etat islamique. "Ils ont multiplié leurs ennemis, les yézidis, les Kurdes, les chiites, et cela se paie", nous explique ce spécialiste des conflits armés. Qui plus est, « à Mossoul, ils se comportent comme des salauds » avec des sunnites qui auraient pu constituer leur cœur de cible. La capture et l'exécution du pilote jordanien ont constitué un tournant à cet égard, puisque Amman a intensifié ses raids aériens dans la foulée.

Pour Gérard Chaliand, les bombardements de la coalition ont des "effets importants". "Si les Etats-Unis n'étaient pas intervenus, Erbil serait tombé", illustre-t-il. Les frappes permettent de « contenir » les jihadistes, "elles les empêchent de se déplacer librement en force et de mener une offensive massive". "Ils ont aussi perdu des zones pétrolières qui leur permettaient de tirer des revenus", rappelle-t-il, ajoutant que "l'argent vient de donateurs privés du Golfe, avec l'assentiment d'Etats comme l'Arabie saoudite".

Mais l'envoi de troupes au sol n'est toujours pas envisagé. "Les Kurdes ne veulent pas combattre en zone arabe, les chiites seraient mal vus aux yeux des sunnites et les sunnites ne veulent pas y aller", explique Gérard Chaliand. Les Occidentaux se refusent à s'y engager aussi :"cela donnerait une raison à Daech de dire que ce conflit est une guerre entre non-musulmans et musulmans". Quant aux Turcs, "ils ont une position ambiguë : ils trouvent plutôt bien que Daech affaiblisse les Kurdes en Syrie".

Cela étant, "on ne va pas tuer l'idéologie avec des bombes", pense-t-il. Et "cela va durer". L'organisation Etat islamique " trouvera toujours des jeunes de 18 à 35 ans pour faire le jihad. Ils sont libres de piller et de violer. Ils portent un flingue, ils sont entre potes, tout ce qui leur était interdit leur est permis. Pour certains, ce sont les plus belles années de leur vie... ".