Népal : "Parfois, sous la plaque de béton, la victime est morte…"

Ambiance au départ de la mission d’aide urgente envoyée au Népal par la Belgique. Reportage.

Sophie Devillers

Casque de chantier accroché à leur lourd sac à dos, plusieurs dizaines d’hommes et de femmes se pressent dans la petite salle des départs de l’aéroport militaire de Melsbroek, à quelques kilomètres de Zaventem. Dans leur combinaison rouge au dos marqué des lettres B-Fast, ils patientent, serrés sur leur siège, avant un décollage imminent, en ce dimanche après-midi. Demain, ils seront dans les gravats, à Katmandou, au Népal, pour une mission USAR (Urban Search&Rescue).

Situation imprécise

"C’est une équipe assez polyvalente, surtout des pompiers et membres de la protection civile", explique entre deux appels de GSM Gilles du Bois d’Aische, le chef de cette mission B-Fast (structure d’intervention rapide créée par le gouvernement belge). Le but est de rechercher les personnes vivantes dans les bâtiments écroulés. Il y a aussi une partie médicale à la mission, pour soigner les gens qu’on extrait des décombres." L’équipe ignore encore où elle travaillera exactement : ce sera décidé par un état-major de l’ONU dont le but est d’harmoniser les besoins de l’Etat et l’aide internationale. La situation là-bas est encore imprécise - c’est "très classique dans de telles circonstances" - mais le chef de mission pense que B-Fast restera en zone urbaine, vu l’équipement chargé dans l’avion, adapté aux bâtiments de grande taille. "On a par exemple la capacité de percer des dalles de béton : foreuses, vérins, treuils pour soulever les dalles…"

Quatre chiens renifleurs

Mais avant de vouloir soulever une dalle effondrée, il faut pouvoir repérer la victime. Là, l’instrument ne sera pas en soute, mais en cabine. Et pour l’instant, ils sont toujours dans la salle d’attente, à aboyer de temps en temps. L’équipe emmène en effet aussi quatre chiens, dont le racé Ipso. Ce superbe berger malinois est tranquillement assis au pied de Chantal Borremans, son "maître-chien" qui lui gratte la tête. "A ce stade, c’est difficile de savoir comment ça va se passer, estime cette membre de la protection civile. J étais de la mission en Algérie, en 2003. C’est toujours différent, selon l’endroit. De façon générale, nos chiens sont chargés de rechercher les odeurs humaines sous les décombres. Quand le chien a trouvé, il marque un arrêt. On appelle alors le sauveteur-déblayeur. Mais le chien ne s’arrête pas forcément juste au-dessus de la victime, car les effluves voyagent…" Après 4 ou 5 jours de travail, une première évaluation du travail de B-Fast sera menée. L’équipe ne devrait pas rester plus de dix jours sur place. "Ce qui est le plus dur, c’est de tenir sur la longueur, sur le temps, confie Olivier, assis en face de Chantal, et en train de finir de se revêtir de sa combinaison B-Fast. Continuer la recherche de la façon la plus assidue possible, malgré le manque de sommeil, les condtions climatiques, le "bruit" de l’urgence... L’aspect technique n’est pas le plus dur : on a du matériel de levage, de perforation, d’étayement… On est tous habitués à cela. Même si passer tout un shift à buriner une plaque de béton derrière laquelle il y a une victime supposée, ce n’est pas forcément évident…"

Délai dépassé

Et puis il y a les situations humaines. "Parfois, c’est vrai, derrière la plaque, il n’y a personne… Ou bien la victime est morte…" En outre, les règles de l’organisation des secours implique que chaque équipe a son propre périmètre d’intervention. "Sinon, ce serait la désorganisation totale. Mais il arrive que des personnes nous demandent d’intervenir juste à côté parce qu’elles ont entendu des cris. Mais on ne peut pas y aller comme ça… Ou parfois, on pense qu’il y a quelqu’un encore un peu plus bas. On veut encore chercher. Et il faut s’arrêter. Parce que le bâtiment peut s’effondrer, parce qu’il y a le temps qui passe…" En effet, après cent heures, les chances de retrouver quelqu’un vivant chutent drastiquement. A travers la salle des départs de Melsbroek, un appel résonne. Il est temps de partir. L’équipe B-Fast est déjà débout.

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