L'incroyable histoire de Meriam Rhaiem qui a sauvé sa fille des mains de son mari djihadiste

Son mari, quand il était encore à la maison, avait interdit beaucoup de choses. Pas de poupées, pas de nounours, pas de musique, pas de balancelle avec de la musique. " Pour eux, tout ce qui a des yeux, un nez, une bouche est interdit. Il trouvait que j’étais une femme trop occidentalisée, pas assez soumise et voulait que je porte le jilbab, l’habit noir qui provient d’Arabie saoudite". Interview.

Christophe Lamfalussy
L'incroyable histoire de Meriam Rhaiem qui a sauvé sa fille des mains de son mari djihadiste
©belgaimage

Un film va raconter l’extraordinaire odyssée de Meriam Rhaiem, cette femme française qui a sauvé sa fille Assia des mains d’un mari enrôlé dans le Front Al-Nosra en Syrie. TF1 vient de racheter les droits de son récit ("Assia, Mama est là", éditions Michel Lafon, avril 2015). Le casting est en préparation. "J’aimerais que cela soit Leila Bekhti qui joue mon rôle. J’attends sa réponse", confie la Française de 26 ans. Celle-ci vit aujourd’hui avec Assia "sous protection" en France et était de passage à Bruxelles, cette semaine, pour remercier le Belge Bahar Kimyongür qui a joué un rôle actif dans la libération de sa petite fille.

Meriam Rhaiem, comment va Assia (celle-ci dessine à côté d’elle, NdlR) ?

Elle vient d’avoir trois ans et va très bien. Elle est suivie psychologiquement. La seule chose qu’elle a verbalisée à son arrivée en France, ce sont les avions qui tiraient dans le ciel. Elle en avait peur. On lui a expliqué que les avions, ici, se promenaient dans le ciel et ne tiraient pas.

Avez-vous eu des contacts avec votre mari depuis qu’il a été arrêté en Turquie avec Assia ?

Non. Je sais qu’il est en prison en France.

Comment expliquez-vous qu’il ait été radicalisé si vite - en deux mois - avant de partir en Syrie ?

En Belgique, c’était Sharia4Belgium. Chez nous, c’était Forsane Alizza, dissous en 2012 par Claude Guéant. Mon mari avait une certaine fragilité. Il était trop généreux. Il se sentait coupable de vivre bien. Cette petite ouverture a permis à Forsane Alizza de l’endoctriner. Ils lui ont demandé de visionner sur Internet des vidéos sur la Palestine ou la Birmanie. Il passait 90 % de son temps sur Internet et le reste, en discutait avec les radicaux. Nous avons d’abord connu une rupture sociale. Lui qui travaillait beaucoup a arrêté de travailler. Ensuite, nous avons vécu une rupture familiale car je refusais d’être endoctrinée. Le groupe est devenu sa nouvelle famille.

Avez-vous eu l’impression qu’il entrait dans une secte ?

Oui, un phénomène sectaire fulgurant, qui n’est pas associé à la religion.

Que voulez-vous dire par là ?

Ce que revendiquent ces groupes n’a rien à voir avec l’islam. En France, le Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam estime que 70 % des candidats sont issus d’un milieu athée. Ce ne sont pas des fils d’immigrés, ce n’est pas un problème de cités ou d’intégration. Ce sont des gens qui ont un penchant social et à qui on fait croire que pour aider, il faut s’enrôler dans la guerre en Syrie et en Irak. Ils sont persuadés que c’est la fin du monde et qu’un califat va être instauré. Les médias occidentaux n’ont aucun impact sur eux. Leur connaissance du Coran est minimale. La plupart ne connaissent même pas l’alphabet arabe.

Quand votre mari était encore à la maison, il avait interdit des tas de choses…

Pas de poupées, pas de nounours, pas de musique, pas de balancelle avec de la musique. Pour eux, tout ce qui a des yeux, un nez, une bouche est interdit. Il trouvait que j’étais une femme trop occidentalisée, pas assez soumise et voulait que je porte le jilbab, l’habit noir qui provient d’Arabie saoudite.

Quand en octobre 2013, votre mari ne rend pas Assia après une visite, comment avez-vous réagi ?

J’étais très en colère. Le divorce était en cours. Je suis allée directement à la gendarmerie car il était fiché (pour sa proximité avec le groupe islamiste, NdlR). Les autorités françaises n’ont pas pris l’affaire au sérieux. On a dû attendre cinq jours avant de pouvoir porter plainte. Il a pu traverser les frontières. Il est resté deux mois et demi en Turquie. Les autorités françaises n’ont pas été capables d’émettre un mandat international même pour un enlèvement d’enfant. Mon enfant était danger. Deux mois plus tard, je médiatise car mon mari m’explique qu’il veut rejoindre Al Qaïda. Je tombais des nues. Je n’avais jamais entendu parler du Front Al-Nosra. En Turquie, on se parlait sur Skype. Quasiment tous les soirs, j’avais le droit de parler à ma fille. Tous les jours, j’appelais la police française, les tribunaux qui s’occupaient de l’affaire. J’ai médiatisé le 22 décembre. Douze heures après, le mandat international était déclenché. Malheureusement, il était déjà en Syrie.

Quelques mois plus tard, vous fixez un rendez-vous avec votre mari dans la province turque de Hatay…

Je suis partie avec mon frère, en prévenant le gouvernement français. Mon ex-mari s’était battu à Kasseb (un petit village arménien au nord de la Syrie, NdlR), mais son groupe avait été repoussé par les forces de Bachar al Assad. Le groupe s’était fractionné. Certains étaient revenus en France, d’autres avaient rejoint l’Etat islamique (EI). Mon mari était plus fragile, à l’écoute. Son meilleur ami Abou Jaffar avait rejoint l’EI (il s’est fait exploser le 25 avril à un poste-frontière jordanien en même temps qu’un kamikaze belge surnommé Abou Abdullah al-Belgiki, NdlR). J’ai fait croire à mon ex-mari que nous allions vivre en Turquie.

Il est venu dans l’hôtel avec Assia ?

Oui, il a fui le Front Al-Nosra. L’hôtel était à trois minutes d’une caserne de la gendarmerie turque… Malgré le mandat d’arrêt international, le chef de la gendarmerie m’a demandé de retourner en France sans Assia ! C’est là que le gouvernement français est intervenu, à la dernière minute. Le ministère français des Affaires étrangères savait que des gens de l’armée gouvernementale syrienne suivaient le cas d’Assia. Laurent Fabius n’a jamais voulu me recevoir. Mais Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur, n’a jamais fermé sa porte. Il est venu nous accueillir à l’aéroport de Villacoublay, à notre retour en France, le 3 septembre 2014.