Didier Reynders à propos du génocide de Srebrenica: "Il faut un équilibre entre impunité et réconciliation"

"C'était important d'être là, pour les victimes, les familles, et parce que la communauté internationale porte une responsabilité", a expliqué le ministre des Affaires étrangères à l'issue de la cérémonie marquant le 20e anniversaire du génocide de Srebrenica.

Didier Reynders à propos du génocide de Srebrenica: "Il faut un équilibre entre impunité et réconciliation"
©Photo News
Belga

"C'était important d'être là, pour les victimes, les familles, et parce que la communauté internationale porte une responsabilité", a expliqué samedi le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders à l'issue de la cérémonie marquant le 20e anniversaire du génocide de Srebrenica. "Il est temps d'oeuvrer pour la réconciliation", a-t-il dit aussi, alors que les commémorations et leurs préparatifs ont révélé l'ampleur des tensions entre les communautés bosniaque (musulmane) et serbe de Bosnie-Herzégovine. Le ministre représentait la Belgique au Mémorial de Potocari, près de Srebrenica, aux côtés de nombreuses personnalités politiques dont l'ex-président américain Bill Clinton, le Premier ministre serbe, Aleksandar Vucic et la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini. Il a été reçu par le maire de Srebrenica et a rencontré les représentants des associations de victimes.

Alors que la Serbie et les Serbes de Bosnie refusent de qualifier la tragédie de génocide, Didier Reynders estime qu'il faut "pouvoir dire les choses", sans quoi les victimes ne peuvent envisager de pardonner. "Il faut continuer à chercher les corps, à mener des enquêtes judiciaires. Mais il faut aussi un équilibre entre impunité et réconciliation. La Bosnie-Herzégovine doit en parallèle démarrer un processus de réconciliation", ajoute-t-il.

Vendredi soir, le libéral a dîné avec Mladen Ivanic, le membre serbe de la présidence tripartite (bosniaque, serbe et croate) du pays. Ce samedi, ce dernier ne s'est pas rendu à Srebrenica. Les tensions sont trop fortes, a-t-il relaté au ministre belge. Le Premier ministre serbe, lui, a fait le déplacement mais s'est fait copieusemement hué par une partie de la foule et a été la cible de jets de pierre. "C'est dommage, il faut quand même saluer le geste de la Serbie", commente M. Reynders.

Le responsable se dit prêt à aider la Bosnie-Herzégovine à réformer ses institutions. Comme tous les pays des Balkans, elle a vocation à entrer dans l'Union européenne, soutient-il.

Si les massacres sont d'abord de la responsabilité de leurs auteurs, ils représentent un échec pour la communauté internationale, souligne par ailleurs M. Reynders. "On doit en tirer les leçons. Depuis, on a instauré la responsabilité de protéger. Mais tout dépend de la manière dont on l'applique sur le terrain. Nous devons être beaucoup plus attentifs aux discours de haine, aux discours qui dérapent. On voit au Burundi comment tout peut basculer."

Pour le ministre des Affaires étrangères, quand la violence éclate, il faut une présence militaire. Même sans autorisation du Conseil de sécurité de l'Onu, comme en Syrie par exemple? "Je n'ai pas de position univoque. Nous sommes régulièrement confrontés à cette question, nous en débattons", répond-il. Avant de mettre l'accent sur le "travail interne" qui doit primer dans les pays concernés. "La réconciliation, c'est d'abord de l'éducation, l'acceptation des différences."

Samedi midi, 136 dépouilles identifiées au cours de l'année ont été enterrées au cimetière de Potocari. Au total, plus de 8.000 Musulmans ont été tués en juillet 1995 par les forces serbes de Bosnie dans l'entité de Srebrenica, et ce malgré la présence de Casques bleus.

Venus commémorer les morts, des milliers de Bosniaques et de citoyens de toutes nationalités ont convergé vers cette bourgade encaissée au fond d'une vallée. Située aujourd'hui en République serbe de Bosnie, les Serbes y sont majoritaires depuis le génocide. Sur la route, on a pu voir des portraits du président russe Vladimir Poutine, dont le pays a opposé mercredi son veto à une résolution des Nations Unies qualifiant le massacre de génocide. Ils étaient déchirés à l'heure du retour.


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