La Réunion: "Un truc bizarre sur la rive" relance les spéculations sur le vol MH370

"Je ne savais pas qu'en allant chercher un pilon pour piler mon piment, j'allais devenir célèbre", plaisante Johnny Bègue. C'est lui qui le premier a repéré le morceau d'aile d'avion échoué à La Réunion, qui a relancé l'enquête sur le mystère du vol MH370 de Malaysia Airlines.

AFP

"Je ne savais pas qu'en allant chercher un pilon pour piler mon piment, j'allais devenir célèbre", plaisante Johnny Bègue. C'est lui qui le premier a repéré le morceau d'aile d'avion échoué à La Réunion, qui a relancé l'enquête sur le mystère du vol MH370 de Malaysia Airlines.

A la tête d'une équipe de sept hommes et une femme, Johnny assurait le nettoyage du littoral de Saint-André, sur la côte est de l'île française située dans l'Océan indien, lorsqu'il a fait la découverte. "Nous avons commencé à travailler à 7 heures. Vers 9 heures, nous avons pris une pause. J'en ai profité pour aller chercher un galet rond en bord de mer pour en faire un pilon. C'est à ce moment que j'ai vu un truc bizarre sur la rive", raconte-t-il.

Il appelle alors ses collègues. "J'ai vu tout de suite que c'était un morceau d'avion", affirme l'un d'eux, Cédric Gobalsoumy. Le débris, en partie recouvert de sable, est hissé plus en avant sur la terre ferme "pour éviter que la mer ne reparte avec lui", explique Cédric. De prime abord, l'équipe songe tout simplement à laisser le débris pour que "les gens qui viennent marcher sur le parcours santé et les touristes puissent le voir".

Mais très vite, poursuit Cédric Gobalsoumu, "j'ai pensé qu'on ne pouvait pas faire ça. Un morceau d'avion dans la mer ce n'est pas normal. On s'est dit que des gens étaient peut-être morts dans cet appareil et que leur familles voudraient savoir". Il prévient alors les forces de l'ordre. "Et puis un collègue s'est connecté sur internet avec son téléphone portable. Il a cherché des informations sur les accidents d'avions et il a trouvé l'affaire de l'avion de la Malaisie", explique Johnny Bègue. "En fin de compte, moin la fait un bonne pêche" ("finalement j'ai fait une bonne pêche"), commente-t-il en créole réunionnais.

La Réunion: "Un truc bizarre sur la rive" relance les spéculations sur le vol MH370
©IPM


"Ça évitera aux Métropolitains de situer La Réunion aux Antilles"

Très vite, l'hypothèse que ce morceau d'aile retrouvé dans le petit département français situé au sud-est de Madagascar puisse être lié au Boeing 777 du vol MH370 de la Malaysia Airlines, dont la disparition reste l'un des plus grands mystères de l'histoire de l'aviation civile, a suscité l'intérêt des médias du monde entier. Ce qui amuse beaucoup de Réunionnais. "Pour une fois qu'on ne parle pas de nous à cause des attaques de requins, c'est bien", sourit Anna Grondin, une étudiante de 23 ans, en faisant allusion aux 18 attaques de squales, dont 7 mortelles, qui ont frappé La Réunion depuis 2011. "C'est fou ça, même CNN en Amérique parle de nous en situant l'île sur une carte. Ça évitera aux Métropolitains de situer La Réunion aux Antilles", ironise Jean-Marc Alagama, un père de famille de 43 ans.

Les autorités françaises n'ont pas exclu jeudi que le débris retrouvé par Johnny soit un fragment du vol MH370. "Aucune hypothèse n'est exclue, y compris la provenance d'un Boeing 777", a déclaré la préfecture de La Réunion. L'Australie, qui coordonne les recherches internationales dans l'océan Indien pour retrouver des traces du MH370 et s'est greffée à l'enquête française, a évoqué "un développement très important". "La Réunion est très loin de la région où se sont déroulées les recherches (au large de l'Australie, NDLR) mais est cohérente avec ce que nous savons sur les courants et les informations


Le débris vient "très probablement" d'un Boeing 777

Le Premier ministre malaisien, Najib Razak, a déclaré jeudi que le débris d'avion découvert à La Réunion venait "très probablement d'un Boeing 777", alors que les spéculations montent sur le fait qu'il pourrait s'agir du vol MH370 de Malaysia Airlines. "Des informations préliminaires suggèrent que le débris vient très probablement d'un Boeing 777, mais nous avons besoin de vérifier s'il vient du vol MH370" qui a disparu le 8 mars 2014 sans laisser de trace, a déclaré Najib dans un communiqué sur son compte Facebook.

Le Premier ministre n'a pas précisé à quelles informations il faisait référence, mais d'autres responsables malaisiens ont déclaré plus tôt dans la journée que l'analyse de photos de l'objet indiquait qu'il s'agissait du composant d'une aile d'un Boeing appelé un flaperon.

Découvert sur cette île de l'océan Indien qui est un département français, le débris sera acheminé par les autorités françaises à Toulouse (sud-ouest de la France) pour être examiné par le Bureau d'enquêtes et d'analyse (BEA), chargé des investigations des incidents aériens, a ajouté Najib.

Des responsables de l'agence malaisienne des transports et de la compagnie Malaysia Airlines vont aussi se rendre à Toulouse, a-t-il dit.

"Dès que nous aurons plus d'informations ou de vérifications, nous les rendrons publiques", a promis Najib, en mettant toutefois en garde contre des spéculations prématurées.

"Nous avons eu beaucoup de fausses alertes auparavant, mais pour l'intérêt des familles qui ont perdu des proches et souffert d'incertitudes déchirantes, je prie pour que nous établissions la vérité, de manière à ce qu'elles puissent tourner la page", a-t-il dit.

La découverte du débris sur une rive de La Réunion, a environ 4.000 km d'une zone de l'océan Indien où les autorités pensent que l'avion s'est abîmé, est plausible, selon Najib.

"L'endroit est cohérent avec le calcul de dérive fourni par l'équipe malaisienne chargé de l'enquête, qui montre une route du sud de l'océan Indien vers l'Afrique", a-t-il ajouté.

Par ailleurs, une valise aurait également été retrouvée, indiquent plusieurs médias.

Sur le même sujet