Les évêques belges demandent une intervention internationale pour les Yézidis

Trois évêques belges ont visité vendredi des camps de réfugiés dans le nord de l’Irak, aux alentours de la ville de Dohuk.Ils ont été très touchés par le sentiment d’abandon dans lequel se trouvent les yézidis et les chrétiens. Reportage de nos envoyés spéciaux en Irak.

Christophe Lamfalussy (textes) et Tim Dirven (photos)
Irak, koerdistan, 18 september 2015 Drie bisschoppen (Jozef De Kesel, Leon lemmers en Guy Harpigny) op solidariteitsbezoek aan de christelijke gemeenschap in Iraaks Koerdistan, die op de vlucht voor IS
Irak, koerdistan, 18 september 2015 Drie bisschoppen (Jozef De Kesel, Leon lemmers en Guy Harpigny) op solidariteitsbezoek aan de christelijke gemeenschap in Iraaks Koerdistan, die op de vlucht voor IS

Trois évêques belges en visite dans le nord de l’Irak ont été très émus en rencontrant vendredi des déplacés yézidis, qui s’entassent par dizaines de milliers dans le Kurdistan irakien, logés sommairement depuis un an dans des containers exigus, des immeubles précaires et des camps bondés. Ils estiment que l’Union européenne et les puissances régionales doivent aider les Yézidis à retourner chez eux dans la région de Sinjar, toujours occupée par le groupe djihadiste de l’Etat islamique (EI ou Daech). "Ils n’ont pas d’avenir ici. Ils doivent partir mais pour aller où ?" , interroge Jozef De Kesel, évêque de Bruges. "Ce sont des agriculteurs. Ils n’ont pas de place dans nos grandes villes. Ils seraient perdus ", constate Leon Lemmens, évêque auxiliaire de Malines-Bruxelles. "Il faut défendre ces pauvres et ces faibles, qui n’ont jamais pris les armes. Il faut les aider à retrouver leurs terres. Ce n’est pas leur affaire, c’est aussi notre affaire."

Les évêques belges demandent une intervention internationale pour les Yézidis
©Tom Dirven

Le troisième évêque, celui de Tournai, Guy Harpigny n’a pu retenir ses larmes. Il s’est souvenu des camps palestiniens dans les années 70 et craint que les jeunes parqués dans les camps, sans argent pour fuir à l’étranger, ne tombent dans une forme de violence radicale.

Coincés en Irak

Près de 3,2 millions d’Irakiens sont déplacés à l’intérieur de leur pays, fuyant les violences entre chiites et sunnites et l’occupation par Daech du nord-ouest de l’Irak. Dans le même temps, la minorité chrétienne est tombée à 400 000 personnes seulement, dont deux tiers de catholiques et un tiers d’orthodoxes. "Nous voulons quitter le pays", affirme Evin Logy, 21 ans, avec une fillette dans les bras. "Depuis 2006, les chrétiens sont harcelés par Al Qaïda. Nous n’arrêtons pas de bouger." La jeune mère est originaire de la ville de Mossoul, capturée par Daech en juin 2014 avec des complicités locales sunnites. Elle se retrouve aujourd’hui dans le camp de Dawudiya à une heure de Dohuk, parmi 4 à 5 000 réfugiés de toutes confessions. Mais elle n’a pas assez d’argent pour s’offrir le voyage vers l’Europe, ni pour aller chercher un passeport à Bagdad.

Les évêques belges demandent une intervention internationale pour les Yézidis
©Tom Dirven

Ces réfugiés-là n’avaient jamais pensé à demander un passeport à l’administration irakienne et sont totalement démunis face à la crise qui se prolonge. Dans le camp, les hommes amènent le bois, se préparant à un nouvel hiver rude. Dans les containers, qui ne comprennent que trois pièces (une salle de bains, une kitchenette et un salon dortoir), les couvertures sont empilées, témoignages de l’hiver précédent. Un menuisier de Mossoul construit une annexe à son container pour abriter les affaires de sa famille. Il n’a pu emporter, outre sa femme et leurs deux enfants, que leur jeep et quelques affiches dont un calendrier orné de croix pendantes. Il ne parvient pas à trouver du travail dans cette vallée perdue dans les montagnes. Aller à Dohuk pour offrir ses bras, un aller-retour de 20 dollars, lui coûte presque aussi cher que ce qu’il peut gagner en une journée.

Les évêques belges demandent une intervention internationale pour les Yézidis
©Tom Dirven

La visite des trois évêques est une première dans l’histoire de l’Eglise catholique belge. Ces derniers sont mandatés par la Conférence épiscopale, la plus haute instance. Ils espèrent réveiller l’opinion publique belge sur le sort de ces réfugiés. Ils annonceront dimanche un don à l’Eglise chaldéenne, la plus importante communauté de l’Eglise d’Orient en Irak. Ils le feront à l’occasion d’une rencontre à Erbil avec le patriarche des Chaldéens, Raphaël Louis I Sako.

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©Tom Dirven