Portugal: la gauche fait bloc face au futur gouvernement de droite

La gauche portugaise, majoritaire dans le Parlement qui se réunit pour la première fois vendredi, se met en ordre de bataille avec la ferme intention de faire tomber le futur gouvernement de droite du Premier ministre désigné Pedro Passos Coelho.

Portugal: la gauche fait bloc face au futur gouvernement de droite
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La gauche portugaise, majoritaire dans le Parlement qui se réunit pour la première fois vendredi, se met en ordre de bataille avec la ferme intention de faire tomber le futur gouvernement de droite du Premier ministre désigné Pedro Passos Coelho.

Le Parti socialiste, arrivé deuxième lors des élections législatives, avec 32,3% des voix contre 38,6% à la droite, est en train de peaufiner les détails d'une alliance avec les partis de la gauche antilibérale, inédite en 40 ans de démocratie portugaise.

Jeudi soir, en annonçant sa décision de reconduire M. Passos Coelho à la tête du gouvernement, le président conservateur Anibal Cavaco Silva a tiré à boulets rouges sur une éventuelle union de la gauche.

Selon lui, cette "alternative incohérente" risque d'avoir des "conséquences financières, économiques et sociales bien plus graves" qu'un gouvernement de droite dont la stabilité n'est pas assurée.

Le Parti socialiste a répliqué en affirmant "ne pas avoir de leçon à recevoir du président ni de la droite", appelant son groupe parlementaire à faire tomber le futur gouvernement de M. Passos Coelho, comme l'avaient déjà fait le Bloc de gauche, le "Syriza" portugais, le Parti communiste et les Verts.

L'épreuve de force aura lieu lors du vote du programme de gouvernement, que la coalition de droite devra présenter au Parlement au plus tard dix jours après son entrée en fonctions.

La gauche se préparait à afficher son unité dès vendredi, en élisant un socialiste à la présidence du Parlement à l'occasion de sa première séance plénière.

Dans la nouvelle Assemblée, l'ensemble de la gauche totalise 122 sièges sur 230, contre 107 pour la coalition de droite qui a remporté le scrutin du 4 octobre malgré quatre ans de rigueur budgétaire.

Si la gauche provoquait effectivement la chute de M. Passos Coelho, le patron du PS Antonio Costa n'est pourtant pas assuré d'arriver au pouvoir.

"Le discours du président a été si violent qu'il est peu probable qu'il accepte de nommer un gouvernement socialiste soutenu par les partis à sa gauche", estime le politologue Antonio Costa Pinto.

Le président pourrait en effet maintenir M. Passos Coelho à la tête d'un gouvernement de gestion des affaires courantes, en attendant une éventuelle dissolution du Parlement, qui ne pourra intervenir que dans six mois.

Pour éviter une telle impasse politique, M. Cavaco Silva a invité l'aile droite du parti socialiste à briser la discipline de parti, appelant les députés à "se prononcer, en conscience, en prenant en compte les intérêts supérieurs du Portugal".

Mais, relève la politologue Marina Costa Lobo, l'intervention virulente de M. Cavaco Silva "aura l'effet d'un ciment, unifiant les partis de gauche, qui se sentiront plus forts pour rejeter le programme du gouvernement".

"Il est incompréhensible de nommer un Premier ministre dont le président sait par avance qu'il n'aura pas d'appui majoritaire au parlement", a ainsi tempêté Antonio Costa.

Après un plan d'aide internationale de 78 milliards d'euros, assorti de quatre ans de rigueur budgétaire et dont le Portugal s'est affranchi en mai 2014, le chef des socialistes a réussi à fédérer les partis de gauche autour d'une idée: tourner la page de l'austérité.

Pour calmer les inquiétudes des investisseurs et des partenaires européens du Portugal, M. Costa a répété à maintes reprises que les engagements internationaux du Portugal ne seraient pas remis en cause et que le PS n'était "pas Syriza", le parti de la gauche radicale au pouvoir en Grèce.

Il a ainsi assuré que ses alliés potentiels étaient prêts à mettre une partie de leurs revendications entre parenthèses, notamment des positions très critiques défendues jusqu'ici vis-à-vis de l'Europe.

Réputé pour ses qualités de négociateur, M. Costa doit à présent graver dans le marbre un accord de grande coalition à gauche, un scénario encore impensable il y a trois semaines.