La propagande russe vole haut sur la Syrie

Musique techno et images de la guerre par drones en Syrie. La guerre vue par RussiaWorks. Une guerre sans victimes.

Christophe Lamfalussy et Boris Toumanov, à Moscou
La propagande russe vole haut sur la Syrie

Musique techno et images de la guerre par drones en Syrie. La guerre vuepar RussiaWorks. Une guerre sans victimes.

On connaissait déjà l’usine à trolls de Saint-Pétersbourg, active depuis début 2013, notamment dans le cadre du conflit ukrainien. Il y maintenant les images haute définition prises dans le conflit syrien par les drones de RussiaWorks. Les guerres se déroulent aussi sur le front de l’information, ce n’est pas nouveau, mais la Russie paraît en pointe dans ce domaine.

Le site vidéo RussiaWorks a été créé il y a trois mois sous le patronage du groupe média VGTRK, dont l’actionnaire est le gouvernement russe. Il se spécialise ces derniers jours dans la diffusion de vidéos illustrant "la précision et l’efficacité des frappes aériennes russes en Syrie".

Chaque armée fait ce genre de propagande, mais ce qui est nouveau, c’est que le caméraman et patron de RussiaWorks, Alexandre Pouchine, utilise des drones pour illustrer l’offensive russe. Une vidéo, mêlant musique électronique et images aériennes de tanks T-72 et d’avions de combat Sukhoï tirant sur le quartier rebelle de Jobar à Damas, fait un tabac sur le Net, donnant l’impression d’un immense jeu vidéo. Les autorités russes tentent ainsi de convaincre l’opinion publique, russe et étrangère, de l’efficacité de l’intervention en Syrie.



La cible ? Les sites Web, russes et occidentaux

En mars dernier, on avait déjà appris l’existence d’un Centre de recherches d’Internet à Olguino, un des faubourgs de Saint-Pétersbourg, dont les employés sont chargés, sous de fausses identités, de rédiger des commentaires sur les sites Internet des médias, surtout anglo-saxons. Le but des trolls, en argot Internet, est de susciter des polémiques, de discréditer des personnes, des pays ou des idées.

Les employés de ce Centre, dont le nombre varie de 250 à 400 personnes, sont tenus de produire, pendant leur journée de travail qui dure douze heures, quelque 150 commentaires qui vantent les vertus de la Russie et de son président ou fustigent la politique "perfide et inhumaine" de l’Occident suivant les thèses qui leur sont dictées. Ils touchent un salaire mensuel relativement confortable pour le Russe moyen, qui oscille entre 40 000 et 60 000 roubles (environ 600 et 800 euros).

Séduite par ces sommes, une certaine Lioudmila Savtchouk, mère célibataire de deux enfants, a proposé ses services à cette usine à trolls mais a dû la quitter deux mois après sans même attendre d’être payée, car elle "ne pouvait plus supporter cette atmosphère du monde d’Orwell qui y règne" . Ivan Pavlov, l’avocat qui a aidé Mme Savtchouk à récupérer son salaire qui lui était dû, nous a expliqué que ce "cas de conscience" est très rare dans les pratiques de ce genre d’établissement, étant donné que la majorité partage avec enthousiasme les opinions qu’ils sont censées diffuser.

"N’oublions pas , nous a-t-il dit, qu’entre-temps, ce genre d’activité est devenu mainstream en Russie. Surtout avec la crise ukrainienne qui a donné à la propagande russe une dimension internationale. Aujourd’hui, les usines à trolls produisent non seulement en russe mais également en anglais et en français sur les sites des médias anglophones et francophones."

Des experts occidentaux très sélectionnés

Pour créer l’impression objectivité, la propagande russe fait de plus en plus souvent appel à des "experts occidentaux", qui apparaissent à la télévision russe dans le seul but de cautionner toutes les thèses de la propagande.

Un exemple est William Engdahl, économiste et journaliste américain, dont les convictions ne sont guère différentes de celles de ses hôtes. Il dénonce, entre autres, la mainmise absolue sur la planète que chercheraient à obtenir le Pentagone et des industries militaires et pétrolières, en créant un réseau planétaire de bases militaires et en suscitant des conflits. Selon M. Engdahl, pour changer les régimes, cette clique fait appel à la propagande, aux révolutions de couleur et à tout un arsenal de techniques de guerre psychologique et économique.

Peut-on trouver alibi plus confortable pour Moscou ?