Sidération et effarement (encore) dans le quartier du Bataclan à Paris

Dans le quartier du Bataclan, déjà si dramatiquement endeuillé par les tueries de janvier à Charlie hebdo, les grandes artères sont interdites à la circulation . Reportage au coeur du onzième arrondissement de Paris.

Bernard Delattre, Correspondant permanent à Paris
Sidération et effarement (encore) dans le quartier du Bataclan à Paris
©AFP

Reportage de Bernard Delattre, notre Correspondant permanent à Paris

De grandes bâches opaques tendues sur toute la longueur de la façade du « Bataclan ». La salle de spectacles du boulevard Voltaire, dans le onzième arrondissement de Paris, où, vendredi soir, a été perpétré le plus grave attentat terroriste jamais commis en France.

Pendant toute la nuit, les agents de la police scientifique, vêtus de combinaisons blanches, y ont été à pied d'oeuvre. Depuis le début de la matinée, des camions mortuaires par dizaines s'y succèdent, chargés d'enlever les dépouilles des victimes. Des premières gerbes de fleurs commencent à s'amonceler. « Plus jamais cela », proclame l'une d'elle. Les forces de l'ordre, déployées en nombre dans tout le quartier, invitent sans ménagement les badauds à « circuler ». Une grande part des artères voisines ont été totalement interdites à la circulation. Ainsi, rues de Charonne et de la Fontaine au Roi, théâtre de deux fusillades meurtrières, on ne passe pas.

Une horreur jamais vue

Il y a peut-être un peu moins de monde que d'habitude dans les rues, en ce samedi matin, mais, pour l'essentiel, les Parisiens n'ont pas respecté la consigne de sécurité donnée dès vendredi soir par la mairie et la préfecture de police de la capitale. Qui les invitait à rester chez eux, à moins de déplacements d'une absolue nécessité à effectuer. Des déplacements qui, du reste, sont compliqués. La circulation de cinq lignes de métro a été interrompue, et toutes les stations des environs ont été fermées.

Rideaux métalliques baissés, également, pour tous les commerces proches des lieux des tueries. L'activité de la capitale dans son ensemble, plus globalement, est métamorphosée. Les musées, les centres sportifs, les marchés, les bibliothèques, les écoles et toutes les infrastructures accueillant le public ont reçu ordre des autorités de rester fermés pendant toute la journée.

Dans les arrondissements endeuillés de l'Est parisien, ce sont au total plusieurs centaines d'agents des forces de l'ordre, de militaires, de pompiers et de secouristes qui ont été mobilisés. A même le trottoir ou dans les bars voisins, devant des clients médusés, les enquêteurs de la police judiciaire ont improvisé les premiers interrogatoires et prises d'identité des rescapés. « Jamais, de toute ma carrière, je n'avais assisté à de telles scènes d'horreur ! », confiait, tremblant, un volontaire de la Croix Rouge, dans le milieu de nuit.

Le « Plan blanc », réservé aux situations d'urgence exceptionnelle, a été activé dans tous les hôpitaux de la capitale. Les services d'urgences ont rapatrié du personnel. Les blocs opératoires ont tourné à plein régime. Vers 1 heure du matin, une quinzaine de cars, réquisitionnés à la RATP, ont été acheminés vers le « Bataclan ». Ils ont convoyé les victimes non blessées mais traumatisées – enveloppées, hagardes ou en larmes, dans leurs couvertures de survie dorées – vers la mairie du onzième, où une cellule de crise et d'assistance psychologique a été aménagée.

Une solidarité immédiate

Devant l'édifice, sur un petit bureau d'écoliers, a été posé un registre de condoléances. Les riverains viennent y témoigner de leur émotion, de leur effroi et de leur compassion. Cette empathie a été immédiate et très visible, pendant toute la nuit. Grâce à la mobilisation des réseaux sociaux, des dizaines de Parisiens empêchés de rentrer chez eux – le quartier étant entièrement bouclé – ont pu trouver un hébergement, une collation et du réconfort chez des riverains. Et des cafetiers proches des lieux des tueries ont spontanément envoyé leur personnel offrir gratuitement des boissons chaudes aux agents et secouristes qui, dans la rue, s'affairaient.

Jusque tard dans la nuit, dans cette partie du onzième arrondissement, on a pu voir des attroupements de gens en train de se réconforter. Des personnes atterrées, fondant silencieusement en larmes. Des riverains accourus sur les lieux du drame et incapables de rentrer chez elles, comme pétrifiés sur le trottoir. « Ca recommence, le cauchemar... », gémissait un jeune homme. « Ce quartier commençait à peine à se relever ! », hurle-t-il, la rage au ventre.

Se relever de la tragédie du 7 janvier. La tuerie à « Charlie Hebdo », rue Nicolas Appert : située à dix mètres à peine du Bataclan.