Alejandro, rescapé du Bataclan: "Il ne faut pas baisser les bras, on est libre!"

Alejandro a vu la mort en face le 13 novembre au Bataclan. Plus d'une semaine après les attentats, il se souvient. Et livre un témoignage bouleversant, ainsi qu'un message d'espoir.

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Le 13 novembre dernier, Alejandro était au Bataclan. Après son travail, son objectif était d'assister au concert des Egles of Death Metal avec un ami. Mais le concert vire au drame lorsque plusieurs terroristes font irruption dans la salle de spectacle. Des moments terribles dont le jeune homme à la barbe grisonnante se rappelle au micro de "L'Obs". "Ils sont rentrés dans la salle et je les ai entendus tirer deux trois fois, je crois", dit-il. "Je ne sais pas si c'est parce l'attentat de "Charlie Hebdo" est assez récent, mais tout le monde a vite compris que c'était un attentat terroriste. Tout le monde a commencé à courir dans tous les sens, à se mettre par terre, à se protéger de quelque façon que çe soit."

Pour Alejandro, le salut viendra d'un bref moment où les assaillants ne tirent pas dans la foule. "Un des terroristes rechargeait et les autres montaient les escaliers", poursuit-il. "Une personne a crié: 'Allez, on y va, on sort, c'est le moment !'. Je ne connaissais pas les sorties d'urgence. Elle était juste à côté, mais j'ai pris la décision de courir. Je suis monté sur une barrière, je suis tombé de l'autre côté. Je me suis caché. C'était dans une boite de bois, peut-être pour transporter des câbles, des fils, je ne sais pas. Ce n'était pas assez grand, je ne rentrais pas entièrement dedans. J'ai pris une couverture, je l'ai mise sur moi, je me suis caché jusqu'à voir la police. Ca a duré une éternité, ça ne s'arrêtait pas, ça continuait..."

Malgré le choc psychologique subi, Alejandro s'est rendu sur les lieux de l'attaque. Comme un pansement à l'âme, lui qui a vu la mort en face en cette soirée de novembre. "C'était un moment de cauchemar", dit-il. "Je n'arrive pas à croire que je suis là. Mais venir ici, combattre ma peur, ça m'aide aussi (...) Je suis venu ici le dimanche. J'ai une pochette avec la place de concert", explique-t-il en montrant une chemise plastique dans laquelle on peut voir glisser son ticket avec l'inscription "Je suis là, je suis vivant".

"C'est quelque chose avec laquelle je dois vivre, maintenant", enchaîne Alejandro, à l'évidence toujours marqué par l'épreuve. "Je suis en thérapie, mais pas pour éliminer cette expérience, pas pour mettre du tipp-ex sur ces souvenirs que j'ai en tête. C'est juste afin de savoir vivre avec ça. Si on commet un attentat pour nous faire peur, je ne veux pas baisser les bras. Je vais continuer, il le faut. La vie, c'est fait pour ça. On est là pour affronter cette situation, dire qu'on est là, qu'on est libre, pour profiter de la vie. C'est ca l'objectif. Personne ne va m'empêcher de profiter de la vie comme il faut."