USA: Donald Trump, énorme, et toujours en tête

Les dérapages en série ne l’empêchent pas de rester le favori.

USA: Donald Trump, énorme, et toujours en tête
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Philippe Paquet

Celui que les sondages continuent obstinément de présenter comme le futur candidat du Parti républicain à l’élection présidentielle américaine de novembre 2016, Donald Trump, a provoqué un nouveau tollé en recommandant lundi d’interdire l’accès des Etats-Unis aux musulmans, qu’ils soient touristes, étudiants, hommes d’affaires ou immigrants. Le candidat justifie cette mesure extrême par la "haine" que les musulmans nourriraient, selon lui, à l’égard des Américains.

"Nous devons déterminer d’où vient cette haine et pourquoi elle existe", a expliqué Trump. "Jusqu’à ce que nous soyons en mesure de comprendre ce problème et la dangereuse menace qu’il représente, notre pays ne peut être victime d’horribles attaques par des gens qui ne croient qu’au djihad, et n’ont aucun respect pour la vie humaine", a-t-il indiqué en se référant au massacre perpétré à San Bernardino, en Californie, par un couple d’origine pakistanaise qui aurait fait allégeance au groupe "Etat islamique".

Ce n’est, certes, pas la première fois que le milliardaire brode sur ce thème. Au gré de sa campagne pour obtenir l’investiture du Parti républicain, il a successivement suggéré de ficher les musulmans établis aux Etats-Unis, proposé de punir non seulement les djihadistes, mais aussi leurs familles, et préconisé de réutiliser les méthodes de torture (notamment la simulation de noyade) validées, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme après les attentats du 11 septembre 2011, par le trio Bush-Cheney-Rumsfeld.

Irréaliste et illégale

Non seulement irréaliste sur le plan pratique, mais aussi et surtout contraire aux lois et aux valeurs fondamentales des Etats-Unis, l’idée d’interdire l’accès au territoire américain en se fondant sur l’appartenance religieuse est tellement énorme qu’on se demande comment elle peut être prise au sérieux. Elle illustre les préjugés antimusulmans caricaturaux qui agitent une certaine droite américaine, en particulier depuis l’élection de Barack Obama, lui-même accusé d’être un musulman par filiation.

Dans le cas de Donald Trump, la démarche en rappelle d’autres puisque le candidat s’est plu à mépriser publiquement les immigrants mexicains, les Chinois, les femmes, ses adversaires politiques et jusqu’à un journaliste handicapé du "New York Times" dont il a raillé sans vergogne le physique.

La course loin devant

Chacun de ces dérapages aurait dû logiquement suffire à disqualifier Trump aux yeux de l’électorat. Or, sa popularité semble, au contraire, profiter de pareilles outrances. Les sondages peuvent varier sensiblement : l’un d’eux, publié fin novembre, faisait perdre douze points au candidat en le ramenant de 43 % à 31 % des intentions de vote chez les Républicains. Donald Trump n’en continue pas moins à faire la course seul en tête, en devançant de très loin ses rivaux, y compris des politiciens chevronnés tels que Jeb Bush, qui traînent un retard de plus de vingt points.

Depuis que Donald Trump s’est porté candidat, en juin dernier, les analystes prédisent son inéluctable naufrage. A moins de deux mois des primaires désormais (elles débuteront le 1er février dans l’Iowa), non seulement l’homme est toujours là, mais il fait figure de grand favori. Cette résistance inquiète d’autant plus ses adversaires républicains que, dans un système politique où l’argent est un facteur décisif, Trump pèse personnellement plusieurs milliards de dollars et n’est pas près de manquer de ressources pour financer sa campagne.

L’état-major du Parti républicain en est arrivé à spéculer sur l’issue d’une élection qui mettrait aux prises Hillary Clinton et Donald Trump. Le résultat ne fait guère de doutes pour les esprits rationnels. La raison n’a, toutefois, pas été le caractère dominant de la campagne présidentielle jusqu’ici.

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