Primaires américaines: les prétendants à couteaux tirés dans le New Hampshire

Sanders et Trump sont donnés gagnants mardi. La suite est plus incertaine. Eclairage par Philippe Paquet.

Philippe Paquet
DURHAM, NH - FEBRUARY 04: U.S. Sen. Bernie Sanders (I-VT) walks back on stage after a break during his debate with Democratic presidential candidates former Secretary of State Hillary Clinton during their MSNBC Democratic Candidates Debate at the University of New Hampshire on February 4, 2016 in Durham, New Hampshire. This is the final debate for the Democratic candidates before the New Hampshire primaries. Justin Sullivan/Getty Images/AFP == FOR NEWSPAPERS, INTERNET, TELCOS & TELEVISION USE ONLY ==
DURHAM, NH - FEBRUARY 04: U.S. Sen. Bernie Sanders (I-VT) walks back on stage after a break during his debate with Democratic presidential candidates former Secretary of State Hillary Clinton during their MSNBC Democratic Candidates Debate at the University of New Hampshire on February 4, 2016 in Durham, New Hampshire. This is the final debate for the Democratic candidates before the New Hampshire primaries. Justin Sullivan/Getty Images/AFP == FOR NEWSPAPERS, INTERNET, TELCOS & TELEVISION USE ONLY == ©AFP

A quelques jours des primaires du New Hampshire, deuxième étape dans la course à l’investiture pour la présidentielle américaine du 8 novembre, la tension est maximale tant chez les Démocrates que chez les Républicains. L’enjeu a beau n’être que largement symbolique, il n’en est pas moins susceptible d’instiller le doute chez les favoris à l’échelle nationale (Hillary Clinton et Donald Trump respectivement) et de gonfler les ambitions des "outsiders" (Bernie Sanders d’un côté, Ted Cruz et Marco Rubio de l’autre).

Les derniers sondages suggèrent que, dans le New Hampshire à tout le moins, les jeux sont faits - ou presque. En progression de quatre points, Bernie Sanders est crédité de 61 % des intentions de vote, contre 30 % seulement à Hillary Clinton. Dans les rangs républicains, l’écart est moins spectaculaire, mais Donald Trump est confortablement en tête avec 29 % des suffrages, devant Marco Rubio (18 %). Le sénateur du Texas Ted Cruz et le gouverneur de l’Ohio John Kasich se disputent la quatrième place (avec 13 % et 12 %), tandis que Jeb Bush revient dans la compétition avec 10 %. Les autres candidats (Ben Carson, Chris Christie, Carly Fiorina) sont relégués loin derrière.

La hantise d’une déroute

Sénateur du Vermont voisin, Bernie Sanders évolue en terrain quasi conquis au New Hampshire (bien que Mme Clinton y ait gagné la primaire en 2008) et l’équipe de campagne de l’ex-Première Dame s’est préparée depuis longtemps à la perspective d’une défaite. Il n’empêche qu’après le match nul de l’Iowa entre les deux rivaux démocrates, une défaite qui se transformerait en déroute pourrait sérieusement ébranler la candidate "naturelle" du parti et accroître la pression sur elle lors de la prochaine confrontation (si l’on fait abstraction des caucus du Nevada, le 20 février, d’une importance marginale) : la primaire de Caroline du Sud. Si Hillary Clinton devait y être battue, ou même n’y enregistrer qu’un succès étriqué, en dépit du soutien de l’électorat noir qui lui est a priori acquis, elle pourrait sérieusement craindre une répétition du scénario de 2008, quand Barack Obama avait entamé en Caroline du Sud sa marche inexorable vers l’investiture.

Un candidat pas si "progressiste"

Le ton du dernier débat démocrate, jeudi soir, a révélé cette tension croissante. Mme Clinton s’y est montrée beaucoup plus agressive, déniant à son adversaire la prétention d’être le candidat "progressiste" à partir du moment où le sénateur Sanders a plusieurs fois voté contre les lois restreignant l’accès aux armes à feu. Le défenseur des chasseurs du Vermont a non seulement pris ainsi du plomb dans l’aile, mais il a été accusé de diffamer Hillary Clinton en la disant inféodée à Wall Street.

Dans le camp d’en face, Marco Rubio est sans doute dix points derrière Donald Trump, mais sa deuxième place n’en confirme pas moins un statut de candidat crédible gagné lundi dernier dans l’Iowa, où il s’en est fallu de très peu qu’il ne coiffe Trump au poteau et finisse deuxième derrière Ted Cruz. Le sénateur de la Floride pourrait récupérer à présent une partie des voix des trois candidats qui ont abandonné la partie au lendemain de l’Iowa : Mike Huckabee, Rand Paul et Rick Santorum - ce dernier a déjà appelé à voter pour lui.

Le vote féminin fera la différence

Les sondages, qui n’avaient pas vu venir Marco Rubio dans l’Iowa, pourraient cette fois encore ménager des surprises, et d’autant plus que l’issue dépendra largement d’un vote féminin qui ne semble a priori acquis à aucun candidat. Les femmes jouent traditionnellement un rôle central dans la vie politique du New Hampshire (l’Etat était en 2012 le seul à n’avoir élu que des femmes au Congrès à Washington) et c’est là que Donald Trump pourrait regretter certains des propos qui lui ont collé une image de misogyne. Chris Christie a jugé prudent d’y faire campagne avec sa femme, John Kasich avec son adjointe et Jeb Bush avec… sa mère.

Le New Hampshire n’octroiera que 23 délégués aux Républicains et 32 aux Démocrates sur les 1 237 et 2 382 nécessaires de part et d’autre pour emporter l’investiture. L’issue du scrutin n’en rendra pas moins les primaires des deux grands partis plus compétitives qu’elles ne semblaient devoir l’être au début de cette campagne électorale très particulière.