Vatican: l’aile dure de la Curie n’a pas dit son dernier mot

Le secrétariat d’Etat s’oppose à celui de l’Economie.

Christian Laporte
Vatican, Press Conference 'New economic framework for the Holy See'. July 09, 2014: Jean-Baptiste de Franssu, Member of the Council for the Economy (L), Card. George Pell (C) and Ernst von Freyberg, President of the Supervisory Council of the Institute for the Works of Religion (IOR) (R) and ), attend the press conference will be held on the theme: 'New economic framework for the Holy See' at the Vatican. URN:20359071 + PHOTO NEWS / PICTURES NOT INCLUDED IN THE CONTRACTS
Vatican, Press Conference 'New economic framework for the Holy See'. July 09, 2014: Jean-Baptiste de Franssu, Member of the Council for the Economy (L), Card. George Pell (C) and Ernst von Freyberg, President of the Supervisory Council of the Institute for the Works of Religion (IOR) (R) and ), attend the press conference will be held on the theme: 'New economic framework for the Holy See' at the Vatican. URN:20359071 + PHOTO NEWS / PICTURES NOT INCLUDED IN THE CONTRACTS ©Photo News

Rififi au Vatican : alors qu’ils ont été clairement invités par le pape François à œuvrer ensemble pour une réelle transparence financière de l’institution ecclésiale, on a appris jeudi que la secrétairie d’Etat avait décidé d’interrompre l’audit commandé juste avant la fin de l’année dernière à PwC (PricewaterhouseCoopers) sur l’argent du Vatican. Une gifle en fait au "ministère des Finances" du Saint-Siège, et en particulier au secrétaire de l’Economie, le cardinal australien Georges Pell…

La première société mondiale en matière d’audits avait été appelée par le pape à passer au peigne fin les finances du Vatican afin de faire une fois pour toutes la lumière sur une gestion depuis longtemps très controversée. Une gestion opaque qui empêche tout vrai changement, comme l’ont montré deux livres récents dont les auteurs sont poursuivis par la justice vaticane, mais davantage pour la manière dont ils obtenu leurs informations que pour le fond proprement dit…

Début décembre, PricewaterhouseCooper était donc appelé comme réviseur externe à faire l’examen du bilan financier consolidé du Vatican. Et cela "en étroite collaboration" avec le secrétariat pour l’Economie, dirigé par le cardinal Pell, présenté comme "manager du Saint-Siège". La décision de suspension de l’audit a été communiquée aux personnes concernées par des courriers du secrétaire d’Etat du St-Siège, le cardinal Pietro Parolin et de son substitut, Mgr Giovanni Angelo Becciu.

Peur d’ouvrir la boîte de Pandore

A Rome, les vaticanistes divergent sur ce qui a précipité la suspension du contrat signé dans le cadre de la réforme de la Curie et qui était donc un élément majeur dans la remise en ordre. Certains évoquaient des anomalies dans la procédure menant à la signature du contrat mais d’autres observateurs y voient plutôt un nouveau geste de résistance des éléments les plus conservateurs de la Curie qui continuent à refuser que l’on ouvre la boîte de Pandore des avoirs, notamment immobiliers, du Vatican, à Rome et aussi en bien d’autres coins de la planète.

Le torchon brûle en tout cas car le cardinal Pell a été "quelque peu surpris" - un euphémisme - par la lettre du cardinal Parolin. Reste qu’il pense que "les travaux reprendront prochainement, après clarification de certains points". Le secrétariat pour l’Economie a aussi précisé qu’il avait toujours l’appui du pape François qui a par ailleurs reçu en audience le cardinal Pell jeudi.

Mais cela n’a pas calmé le jeu des rumeurs. En juin prochain, le cardinal Pell fêtera ses 75 ans et il pourrait ne pas être prolongé à la tête des finances vaticanes.

En même temps, le journal "Italia oggi" a écrit que le directeur de l’Institut pour les œuvres de religion (IOR), la "banque du Vatican", le Français Jean-Baptiste de Franssu, pourrait aussi passer à la trappe. Une manière pour les conservateurs italiens de reprendre le pouvoir et de remettre le couvercle sur certaines réalités financières pas très catholiques. L’Allemand Ernst von Freyberg avait déjà tenté de faire la "glasnost", Jean-Baptiste de Franssu entend la mener à son terme…