Une France trop laïque, l'islam, les racines chrétiennes de l'Europe: le pape François se livre

Le souverain pontife s'est exprimé dans un long entretien accordé à La Croix. Entre ses envies de voyage en France et les scandales de pédophilie, le pape François glisse un petit reproche à la France.

Rédaction en ligne avec AFP
Une France trop laïque, l'islam, les racines chrétiennes de l'Europe: le pape François se livre
©Photo News

Après Paris Match, c'est au plus catholique La Croix que le pape François a parlé. Entre autres sujets, le souverain pontife est revenu sur une France qu'il taxe de trop laïque. Pour lui, la France est la "fille aînée de l'Eglise... mais pas la plus fidèle!", dit-il, tout en saluant "une terre de grands saints, de grands penseurs. (...) La petite critique que j'adresserais à la France (...) est d'exagérer la laïcité". "Si une femme musulmane veut porter le voile, elle doit pouvoir le faire", dit-il. "De même, si un catholique veut porter une croix. (...) Je crois qu’une laïcité accompagnée d’une solide loi garantissant la liberté religieuse offre un cadre pour aller de l’avant."

Dans une conception issue de l'"héritage des Lumières" selon lui, les religions sont considérées "comme une sous-culture et non comme une culture à part entière" dans l'Hexagone, a-t-il estimé. "La France devrait faire un pas en avant à ce sujet pour accepter que l'ouverture à la transcendance soit un droit pour tous", selon François, qui concède toutefois qu'un "État doit être laïc" et que "les États confessionnels finissent mal."

La peur de l'islam

Au cours de cette interview, le pape argentin revient également sur la montée des tensions entre communautés, notamment suite aux attentats de Paris et Bruxelles. "Je ne crois pas qu'il y ait aujourd'hui une peur de l'islam, en tant que tel, mais de Daech et de sa guerre de conquête, tirée en partie de l'islam", explique-t-il, avant d'établir un parallèle entre le Coran et les Saintes Ecritures. "L'idée de conquête est inhérente à l'âme de l'islam, il est vrai. Mais on pourrait interpréter, avec la même idée de conquête, la fin de l'évangile de Matthieu, où Jésus envoie ses disciples dans toutes les nations."

"Sur le fond, la coexistence entre chrétiens et musulmans est possible", ajoute-t-il. "Je viens d'un pays où ils cohabitent en bonne familiarité."

Des racines chrétiennes... mais plurielles pour l'Europe

Dans cet entretien, le Pape évoque également l'Europe, qui doit faire face à l'arrivée de migrants fuyant la guerre. Selon lui, le continent ne peut ouvrir ses portes de "façon irrationnelle", mais qu'il faut être "juste et responsable". Le pire, ajoute le pape, serait de "ghettoïser" et non pas "intégrer" ces nouveaux arrivants.

Enfin, le souverain pontife est invité à évoquer les "racines chrétiennes de l'Europe." Sur ce point, il dit redouter une vision "triomphaliste ou vengeresse", voire "colonialiste", même s'il les reconnait, mais "au pluriel."

Le pape François évoque également une possible visite en France, tout en reconnaissant ne pas savoir "quand aura lieu ce voyage".