Denis Meyers, la détermination ancrée dans les yeux

La Libre confie ses colonnes au “street artist” et typographe Denis Meyers. Le résultat est à découvrir dans l’édition de ce samedi 28 mai. Mais qui est Denis Meyers ? Portrait.

Gilles Milecan

La Libre confie ses colonnes au “street artist” et typographe Denis Meyers. Le résultat est à découvrir dans l’édition de ce samedi 28 mai. Mais qui est Denis Meyers ? Portrait.

Il y a une bonne trentaine d’années, Denis Meyers sillonne la campagne du Tournaisis. Il est à l’arrière de la voiture de son grand-père, Lucien. Il est armé d’un carnet et d’un crayon. C’est Lucien qui les lui a fournis, comme à ses frère d’ailleurs, avec qui il partage les banquettes du véhicule. Leur mission est de croquer ce qui capte leur attention. Pas de gomme. Pas d’effaceur. Lucien, le papa de sa maman, est graphiste. M. De Roeck aime le trait net et est connu pour avoir dessiné l’étoile de l’Expo 58. Les carnets et les crayons n’ont plus quitté Denis Meyers. Où qu’il aille, il en garde sous la main. Il croque les artistes qu’il croise, les musiciens et DJ qu’il va écouter. Beaucoup d’inconnus aussi, de face, de dos, leurs coiffures estivales ou les centimètres carrés laissés à l’hiver par les écharpes et bonnets. Il écrit aussi. Sa vie. Ses réflexions. Ses réflexions sur la vie.


Au moment d’entamer #RememberSouvenir, le diplômé de La Cambre en a 150, de ces carnets noircis de son parcours, de ses expériences, de ses amours. Son projet est pharaonique. Investir la moindre pièce du bâtiment Solvay, à Ixelles. La firme a vidé les lieux. L’acheteur n’a pas encore commencé à démolir. Ses collaborations de typographe avec de grandes marques, comme Dandoy ou Bellerose, son professionnalisme, son sens du détail qui tue convainquent, après trois ans de négociations tout de même, Allfin et BPI, les propriétaires, de lui laisser les murs, tant qu’ils existent encore.

Denis Meyers bombe ses premiers mots le 29 septembre 2015. Huit mois durant, il plaque ses souvenirs aux murs, aux fenêtres, aux plafonds, aux cloisons. Qu’importe qu’elles disparaissent au fur et à mesure, de toute manière la mise à plat est inéluctable. Il donnera lui-même les premiers coups de pelle mécanique. "Un truc de garçon", sourit-il en se félicitant du deal conclu avec les démolisseurs. #RememberSouvenir est aussi une page que tourne Denis Meyers. Sortant d’une rupture compliquée avec la mère de ses enfants, il s’est lancé dans ce projet qui le "pousse à s’oublier dans l’effort".

Denis Meyers, la détermination ancrée dans les yeux
©Johanna de Tessières


1500 bombes aérosol, 500 litres de peinture noire et 25 000 m2 de bâtiment qu’il s’est appropriés plus tard, Denis Meyers a la détermination ancrée dans les yeux. Il envisage de poursuivre son travail jusqu’au dernier jour (fixé pour l’instant au 31 juillet) mais concède ne plus pouvoir y consacrer que deux heures quotidiennes. Comme s’il passait tout doucement à la suite…




Denis Meyers transforme "La Libre" en fresque géante. A découvrir en librairie ce samedi!

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