Daech perd le contrôle de son axe vers la Turquie

Le groupe djihadiste est attaqué sur plusieurs fronts, notamment à Minbej.

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Christophe Lamfalussy

Une importante bataille a été gagnée ce week-end par les Forces démocratiques syriennes (FDS), une coalition kurdo-arabe, qui a ravi au groupe djihadiste de l’Etat islamique (EI, Daech) le contrôle de la dernière route principale qui relie son fief de Raqqa à la ville de Jarabolous, à la frontière turque.

Les FDS sont soutenues dans cette opération par des forces spéciales américaines, au niveau du commandement seulement selon Washington.

La coalition dominée militairement par les Kurdes de Syrie, venue de l’est, a ainsi largement dépassé l’Euphrate, qu’il y a quelques mois encore Ankara considérait comme une "ligne rouge" à ne pas franchir. Elle s’est emparée de 36 villages et fermes en s’avançant vers la ville de Minbej. Dans l’un de ces villages, celui de Khirbet Rouss, ses combattants ont libéré six femmes et 16 enfants yézidis qui avaient été capturés en 2014 par l’EI en Irak.

Selon l’agence de presse syrienne kurde ARA, l’offensive est menée par un "Conseil militaire de Minbej", ce que confirme sur Twitter le colonel américain Chris Garver, qui affirme que "2 000 syriens arabes" sont à la pointe de l’assaut.

Les Kurdes et les Etats-Unis veulent éviter toute confrontation avec le gouvernement Erdogan qui considère que l’offensive vise à créer un Kurdistan au nord de la Syrie qui s’alliera, au bout du compte, avec le PKK turc.

Le dernier poste-frontière

La prise de contrôle de la route vers Jarabalous signifie que Daech n’a plus accès par une voie goudronnée à la Turquie, ce qui l’empêche de faire transiter par là des hommes, des armes et des marchandises.

Jarabolous est le dernier poste-frontière contrôlé par l’Etat islamique. Il est fermé par l’armée turque qui a été la cible de plusieurs obus de l’EI, mais le marché noir continue, comme sur une bonne partie de la frontière syrio-turque et cela, depuis la nuit des temps.

Vers Raqqa, tout un symbole

De son côté, l’armée syrienne s’avance à l’ouest, soutenue par des frappes de l’aviation russe. Dans un mouvement de tenaille, elle affirme vouloir joindre la ville de Tabqa, avant de joindre Raqqa.

Damas voit d’un mauvais œil l’offensive kurde sur son territoire, de plus avec le soutien des Américains. Mais ils sont devenus des alliés objectifs dans la lutte contre l’Etat islamique, où s’épaulent Washington et Moscou.

Sans avertissement, Daech est attaqué sur plusieurs fronts. Au nord de Raqqa, les mêmes Forces démocratiques syriennes (FDS) descendent lentement vers son fief. En Irak, l’armée irakienne et des milices chiites ont pris d’assaut la ville de Falloudja.

La chute de Raqqa aurait une grande portée symbolique car c’est là que l’EI a établi sa capitale officieuse en juin 2013, là aussi, dans sa banlieue, qu’ont été décidés les attentats de Paris et de Bruxelles, selon la justice belge.

La police religieuse de l’EI, la al-Hisba, était sur le qui-vive ce weekend à Raqqa, menaçant d’exécution immédiate toute personne répandant des "rumeurs" sur les offensives en cours, affirmait dimanche l’OSDH citant ses activistes sur place.


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