Tout le monde aime les Britanniques, mais qu’est-ce qu’ils nous emm…

"Des ennuis", l’UE n’a pas cessé d’en avoir avec ce pays entré dans le club en 1973 et qui, depuis, ne cesse de réclamer des conditions spéciales.

Évocation Christophe Lamfalussy
Tout le monde aime les Britanniques, mais qu’est-ce qu’ils nous emm…
©REPORTERS

Dans les années 90, un éminent professeur de sciences politiques britannique fut interpellé sur ce que l’Union européenne (UE) pouvait attendre du Royaume-Uni. La question était longue et embrouillée. Il respira profondément, planta son regard dans le sol puis lâcha un seul mot : "Trouble" ("Des ennuis")

"Des ennuis", l’UE n’a pas cessé d’en avoir avec ce pays entré dans le club en 1973 et qui, depuis, ne cesse de réclamer des conditions spéciales. La liste des options d’exemptions, ou "opt-out", est longue. Le Royaume-Uni n’a pas adopté l’euro, reste en dehors de l’espace Schengen, refuse la Charte des droits fondamentaux et ne participe qu’à la carte, et selon son bon vouloir, à une politique européenne en matière de visas, d’asile et d’immigration.

Le rêve de Winston Churchill

Tout avait pourtant bien commencé avec ce discours de Winston Churchill à Zurich le 19 septembre 1946 où le Premier ministre britannique appelait de ses vœux, sur les décombres de la Seconde Guerre mondiale, la constitution de "quelque chose comme les Etats-Unis d’Europe". L’homme d’Etat souligna combien le président américain Truman était favorable à cette idée et qu’il n’y avait pas d’autre destin que de se réconcilier avec l’Allemagne.

Dans une lettre publiée le 16 juin par le quotidien "The Times", le duc de Wellington, descendant de l’un des vainqueurs de la bataille de Waterloo, et Sir Nicholas Soames, petit-fils de Winston Churchill, soulignent cet héritage et affirment que les Britanniques "ne peuvent échapper aux leçons de l’histoire, c’est-à-dire que l’Europe succombe à ses divisions quand la Grande-Bretagne tourne le dos à notre continent".

Mais la génération qui a connu la débâcle européenne du siècle passé s’efface progressivement.

Il fallut trois tentatives pour faire entrer le pays dans la Communauté économique européenne (CEE). Les deux premières, sous la houlette du Premier ministre conservateur Harold McMillan en 1963, puis sous l’impulsion du Travailliste Harold Wilson en 1967, subirent un veto catégorique du général de Gaulle. Les négociations avaient été difficiles, la délégation britannique réclamant déjà des dérogations, notamment sur les tarifs douaniers.

La troisième fut la bonne, en 1973, grâce à Edward Heath et après le départ du général français. En 1975, les Britanniques votèrent, une première fois, à 67 % pour le maintien à la CEE.

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"I want my money back"

Le long règne de Margaret Thatcher, de 1979 à 1990, fut certainement la période la plus chaotique de la relation des Européens avec Londres. En même temps, elle fut la plus productive en avancées européennes comme si la Dame de fer avait galvanisé par ses oppositions les autres membres de la CEE.

En 1984, Mme Thatcher obtient le rabais sur sa contribution au budget européen (après avoir martelé "I want my money back" - ‘Je veux mon argent"). En 1988, dans son célèbre discours de Bruges, elle s’oppose à une Europe fédérale. Mais dans le même temps, en 1986, le Premier ministre britannique approuve la construction de l’Eurotunnel, puis laisse les Européens créer leur monnaie unique, une première expérience d’Europe à géométrie variable.

Beaucoup moins tempétueux, son successeur John Major se résolut à renforcer l’influence britannique au sein des institutions européennes, plutôt que de jouer l’opposition. Il accepta même dans le Traité de Maastricht, en 1992, le principe renouvelé d’une "Union sans cesse plus étroite" entre les peuples européens, que David Cameron refuse aujourd’hui. Tony Blair (1997-2007) poursuivit dans la même voie, persuadé que le Royaume-Uni avait plus à gagner à être au cœur de l’Union qu’à l’extérieur.

Tony Blair s’oppose toutefois en 2004 à la désignation du Premier ministre belge Guy Verhofstadt à la tête de la Commission européenne, malgré les appuis de la France et de l’Allemagne, tout comme John Major avait mis son veto à la nomination au même poste de Jean-Luc Dehaene dix ans plus tôt.

La percée de l’Ukip

Le leader travailliste propose de soumettre à référendum le traité constitutionnel adopté la même année, puis renonce.

Car dans le débat politique britannique, l’appartenance à l’Europe reste un sujet controversé. Le tabloïde "The Sun", propriété du magnat australo-américain Rupert Murdoch, est farouchement anti-européen tandis que des partis eurosceptiques comme l’Ukip (Parti de l’indépendance du Royaume-Uni) commencent à émerger. En 2013, ce parti qui milite pour le retrait du Royaume-Uni de l’Union devient le troisième parti aux élections locales, derrière les tories et les travaillistes. David Cameron avait pourtant annoncé quelques mois plus tôt un référendum sur le Brexit, pour éviter le glissement des voix du parti conservateur vers l’Ukip.

Fameux coup de poker qui aura lieu ce jeudi 23 juin.