Brexit: "Le Danemark, lui, ne s’en sortirait pas seul"

Copenhague n’a aucune intention d’organiser un référendum d’appartenance.

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Slim Allagui, Correspondant à Copenhague

Le Danemark, l’un des pays les plus eurosceptiques de l’Union, s’interroge sur son avenir, partagé entre sentiment de tristesse d’une part et encouragement à suivre la voie britannique d’autre part.

"Les Danois se sentent orphelins aujourd’hui, après la perte d’un allié essentiel, avec lequel ils sont entrés dans la famille européenne en 1973 et partagent le même humour et l’attachement à la souveraineté nationale", estime l’analyste Uffe Oestergaard. Mais, "s’il est incertain que la Grande-Bretagne s’en sortira seule, sans l’UE, le Danemark, lui, ne le peut pas".

Pour le Premier ministre Lars Loekke Rasmussen, le Royaume-Uni, l’Europe et le Danemark vivent "un jour bien triste". Aussi n’est-il "pas question"pour ce pro-européen d’organiser un référendum à la britannique, réclamé par le Parti du peuple danois (extrême droite), son allié incontournable au Parlement, et l’extrême gauche. "Nous appartenons à l’UE et nous ne remettrons pas en cause notre adhésion tant que je serai au pouvoir", affirme-t-il, rappelant que "les relations du Danemark avec l’Union européenne sont déjà affectées (depuis 1993) par quatre exemptions (dont la monnaie unique, la défense commune et la coopération judiciaire), qui ne seront pas levées dans un avenir prévisible".

Le pays "doit rester" dans cette Union qui a "fait sa prospérité" depuis 43 ans. "Nos échanges commerciaux sont directement liés au marché unique, près de 500 000 emplois en dépendent. Nous ne pouvons jouer à la roulette russe avec ça." Il est indispensable "de tenir ensemble et ne pas laisser la coopération européenne s’effriter", insiste-t-il, tout en plaidant pour "une UE amincie", "une UE qui se concentre sur la croissance, l’emploi, la sécurité et le contrôle de ses frontières extérieures", une UE qui "se mêle moins des systèmes de protection sociale des Etats membres". "L’UE est pour les citoyens et non le contraire", martèle-t-il.

"Stopper l’hystérie"

Si les Danois se montrent divisés sur l’opportunité d’organiser un référendum sur un "Danex", l’idée d’une telle consultation est défendue bec et ongles par le président du Parti du peuple danois, Kristian Thulesen Dahl. Ardent avocat de la ligne britannique, il entend clairement savoir si les Danois veulent une solution à la Brexit ou pas.

Dédramatisant les prévisions pessimistes des économistes sur l’impact négatif du Brexit sur l’économie danoise, il appelle à "stopper cette hystérie. La Grande-Bretagne se trouve toujours à la même place et les Anglais continueront comme avant à manger du bacon danois à leur petit-déjeuner". Selon lui, "la conclusion du Brexit est claire. L’UE a sous-estimé complètement le scepticisme du peuple en s’arrogeant trop de pouvoir des Etats nationaux et elle en paie maintenant le prix", dit-il, oubliant de rappeler que l’UE, ce sont ses Etats membres et donc aussi le Danemark.