Brexit: "On n'est pas sur Facebook. Ici on est ou marié ou pas marié"

Le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel a aussi insisté, tout comme son homologue néerlandais Mark Rutte un peu plus tôt, sur l'importance de préserver les intérêts de son pays.

Brexit: "On n'est pas sur Facebook. Ici on est ou marié ou pas marié"
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Belga & AFP

Les dirigeants européens se montraient déterminés mardi, à l'entame d'un sommet européen à Bruxelles, à défendre les intérêts de leurs pays et de l'UE alors que la victoire du "Leave" au référendum britannique devait être évoquée plus tard dans la journée. Le président du Conseil européen Donald Tusk est arrivé en indiquant que "l'Europe était prête à commencer la procédure de divorce dès aujourd'hui, sans enthousiasme comme vous l'imaginez". "Ce n'est pas le scénario dont nous rêvions", a-t-il reconnu.

"On n'est pas sur Facebook, où le statut est compliqué. Ici on est ou marié ou pas marié", a pour sa part commenté le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel. "Il est important d'avancer et de se donner une feuille de route, à 27." Le Premier ministre a aussi insisté, tout comme son homologue néerlandais Mark Rutte un peu plus tôt, sur l'importance de préserver les intérêts de son pays.

Le Premier ministre belge Charles Michel a plaidé pour que le Royaume-Uni apporte "un message rapide" qui apporte "la clarté" et "la stabilité". "Après ce référendum, qui est une gifle pour le projet européen, on doit garder la tête froide, et en même temps, on ne peut pas accepter un double jeu qui soit joué en permanence", a-t-il commenté. "Les citoyens en ont marre d'un projet européen qui donne le sentiment d'être en permanence paralysé par des crises."

Le Premier ministre britannique David Cameron a dit espérer que "le processus soit aussi constructif que possible", de même que son issue. "Tandis que nous partons, nous ne devons pas tourner le dos à l'UE. Ces pays sont nos voisins, nos amis, nos alliés et j'espère que nous chercherons la relation la plus étroite possible en termes de commerce, de coopération et de sécurité, parce que c'est bon pour nous et c'est bon pour eux."


Le Parlement européen demande l'activation immédiate de la procédure de sortie par Londres

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Un débat particulièrement émotionnel s'est tenu, mardi matin, au Parlement européen réuni en session plénière extraordinaire à la suite de la victoire des partisans d'une sortie du Royaume-Uni de l'UE lors du référendum du 23 juin. Les eurodéputés ont adopté - par 395 voix pour, 200 contre et 71 abstentions - une résolution non contraignante réclamant l'activation "immédiate" par Londres de la procédure de retrait de l'Union. En début de session, le président du Parlement, Martin Schulz, a remercié l'ensemble des commissaires européens d'assister à cette plénière et rendu hommage au commissaire britannique Jonathan Hill, qui a présenté sa démission à la suite de la victoire du camp du "Leave" au référendum.

Avant que les chefs des différents groupes politiques ne s'expriment, le président de la Commission Jean-Claude Juncker a pour sa part une nouvelle fois appelé mardi le gouvernement britannique à clarifier aussi rapidement que possible sa position. "Nous ne pouvons pas nous installer dans un climat d'incertitude prolongée. (...) Expression il y a eu, conséquence il doit y avoir", a-t-il martelé.

M. Juncker a ensuite souligné qu'il respectait la démocratie britannique, même s'il regrettait le choix posé par les électeurs. "Il faut raison garder, mais je suis triste et je ne m'en cache pas. Ce n'est pas du sentimentalisme, c'est ma conviction profonde", a-t-il affirmé.

"Il faut rassurer les Européens et ceux qui nous observent de plus loin", a-t-il ajouté, après avoir indiqué que l'Europe poursuivrait son vol vers l'avenir.

Lors des débats, parfois chahutés, le chef de file des démocrates et libéraux, Guy Verhofstadt (Open Vld/ADLE), a notamment blâmé le conservateur Boris Johnson qui serait, selon lui, "prêt à tout (...) pour devenir Premier ministre du Royaume-Uni, ou plutôt du Royaume d'Angleterre et du Pays de Galles".

Le député eurosceptique, Nigel Farage (UKIP/EFDD), a pour sa part savouré la victoire du Brexit devant l'hémicycle européen. "N'est-il pas amusant que lorsque je suis venu ici il y a 17 ans en disant vouloir mener une campagne pour faire sortir le Royaume-Uni de l'UE, vous avez tous ri de moi. Vous ne riez plus maintenant, n'est-ce pas? ", a-t-il lancé, avant d'accuser ses collègues d'être "dans le déni".

"Je fais une prédiction: le Royaume-Uni ne sera pas le dernier Etat membre à quitter l'UE", a-t-il ajouté.

Cette sortie lui a valu d'être bruyamment vilipendé par l'hémicycle, et rappelé à l'ordre par le président du Parlement Martin Schulz.

"J'ai aimé M. Farage débattre avec vous, nous avons le même sens de l'humour; vous en avez, j'en ai. Je regrette beaucoup que ce soit la dernière fois que nous puissions débattre car vous n'allez pas revenir", lui a répondu, agacé, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker.

En fin de débat, le parlementaire écossais Alyn Smith (SNP/Les Verts) a reçu une standing ovation en rappelant qu'une large majorité des Ecossais avait voté contre la sortie de l'UE et en affirmant son attachement au projet européen. "Nous ne vous avons pas laissé tomber. Je vous en prie: ne laissez pas tomber l'Ecosse", a-t-il déclaré.

La députée d'Irlande du Nord Martina Anderson (Sinn fein/GUE) a également été applaudie après avoir demandé au Parlement de continuer à soutenir le processus de paix irlandais.

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