Brexit: Des états d’âme à Vingt-huit moins un

Tout en mettant la pression sur Londres, les vingt-sept autres Etats membres vont devoir se livrer à une catharsis collective.

Gilles Toussaint
- BREXIT: Séance extraordinaire du Parlement européen - BREXIT: Buitengewone zitting van het Europees parlement * Jean-Claude Juncker, President of the EC Commission 28/6/2016 pict. by Didier Lebrun © Photo News
- BREXIT: Séance extraordinaire du Parlement européen - BREXIT: Buitengewone zitting van het Europees parlement * Jean-Claude Juncker, President of the EC Commission 28/6/2016 pict. by Didier Lebrun © Photo News ©Photo News

Les dirigeants des pays de l'UE se retrouvent mercredi matin à Bruxelles, pour la première fois sans le Royaume-Uni, pour tenter de tracer de nouveaux horizons à un projet européen ébranlé par le Brexit.

Tous sur la même longueur d’onde, ou presque. Les dirigeants européens étaient rassemblés à Bruxelles, ce mardi, où le Premier ministre britannique David Cameron est venu leur faire ses adieux, leur fournir quelques explications et, espéraient-ils, éclairer quelque peu leur lanterne sur les suites de la saga "Brexit".

Une réunion dont, à vrai dire, ils attendaient peu de chose, l’actuel locataire du 10 Downing Street ayant déjà fait savoir qu’il n’entendait pas gérer les conséquences dramatiques de son pari politique raté. Tout au plus pouvaient-ils espérer certaines clarifications sur le timing envisagé par Londres pour déclencher officiellement le processus de divorce avec l’Union. Mais aussi, comme cela a été diplomatiquement suggéré au Royaume-Uni, que le gouvernement britannique renonce de son propre chef à assumer la présidence tournante du Conseil de l’UE, qui lui est normalement dévolue au second semestre 2017. Question d’élégance.

De son côté, le Parti conservateur a annoncé que le successeur de David Cameron serait désigné le 9 septembre prochain. Ce qui laisse deux mois aux responsables britanniques pour combler leur incroyable impréparation de l’après-Brexit et se mettre en ordre de bataille pour les longues et pénibles négociations qui devraient s’ensuivre. De l’autre côté de la Manche, l’objectif est donc d’obtenir officiellement la notification de séparation le plus rapidement possible après cette désignation afin d’entamer les hostilités sans traîner.

La Commission attaquée par le flanc Est

Les vingt-sept autres Etats membres, le Parlement et la Commission s’étaient d’ailleurs donné le mot ce mardi pour faire passer ce message. "Même si on est bien conscients que pour l’instant personne n’est en mesure de prendre cette décision dans le camp du Brexit et de dire ce qu’ils entendent faire de cette négociation", nuance un diplomate. "Le plus tôt sera le mieux", ajoute-t-il, mais cela ne veut pas dire tomber dans une précipitation inutile." En attendant, "on ne négocie ni formellement ni informellement avec les Britanniques tant que l’étape de la notification n’aura pas été franchie", martèle un de ses collègues, n’excluant cependant pas "de nouvelles surprises". Une consigne de fermeté que Jean-Claude Juncker a également fait passer à ses commissaires.

Pour leur part, les Vingt-sept tiendront ce mercredi une première réunion informelle pour tirer les leçons de ce gâchis et lancer une réflexion sur l’avenir de l’UE. Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a également proposé l’organisation d’une deuxième réunion de ce type en septembre à Bratislava.

Mais les débats s’annoncent loin d’être simples. Alors que la France, l’Italie et l’Allemagne ont formulé lundi soir une série de propositions (autour de la sécurité, la croissance, l’emploi et d’initiatives en faveur de la jeunesse) visant à remettre de l’essence dans le moteur communautaire, le chef de la diplomatie polonaise, Witold Waszczykowski, s’est livré à une charge en règle contre la Commission européenne, accusant ses dirigeants d’être responsables du Brexit et appelant à leur démission. Avec ses alliés du groupe de Visegrad (la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie), Varsovie souhaite ainsi voir les pouvoirs dévolus aux institutions européennes - et singulièrement ceux de la Commission - amoindris au profit des Etats membres et des Parlements nationaux.

Une sortie qualifiée de "gesticulations" par un diplomate et que relativise un "insider" du Conseil européen. "Cela ressemble à une prise de position revancharde de pays qui n’ont pas apprécié l’attitude de la Commission qui veut imposer des quotas de répartition dans le dossier de l’asile", commente-t-il. "Sur le fond, ce débat ne peut pas se résumer à une confrontation entre le camp de ceux qui veulent plus d’intégration et celui de ceux qui veulent un rapatriement des pouvoirs au niveau national. Il y a des voies intermédiaires. La seule réalité, c’est qu’avec le Brexit, tout le monde sait que l’on ne peut plus échapper à une analyse en profondeur pour savoir ce que l’on veut faire du projet européen."