Même le président turc utilise un système de communication "made in USA"

Les techniques de communication via les réseaux de données ont quelquefois des effets inattendus. Ainsi, deux heures à peine après l’annonce de la tentative de coup d’Etat en Turquie, le président Erdogan a pu intervenir en direct à la télévision via son iPhone et celui de la présentatrice, via l’application FaceTime.

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©REPORTERS
Patrick Van Campenhout

Les techniques de communication via les réseaux de données ont quelquefois des effets inattendus. Ainsi, deux heures à peine après l’annonce de la tentative de coup d’Etat en Turquie, le président Erdogan a pu intervenir en direct à la télévision via son iPhone et celui de la présentatrice, via l’application FaceTime. Dans un pays où, régulièrement, les grands noms des réseaux comme Facebook, Twitter ou YouTube, constatent des ralentissements ou des blocages, suite à des messages ou des vidéos postés à propos du gouvernement Erdogan. Ce fut apparemment encore le cas vendredi soir, mais cette fois, probablement en raison d’un afflux de requêtes émanant de gens en quête d’informations à propos de leurs proches.

Surveillance

Un groupement d’activistes surveillant précisément les blocages des réseaux sociaux s’est exprimé à ce propos sur Twitter (@TurkeyBlocs), pour confirmer ces blocages intervenus dans la soirée de vendredi et concernant Facebook, Twitter et YouTube, alors qu’Instagram et Vimeo étaient toujours disponibles. Leur dernière observation de ce type datait du 29 juin, juste après l’attentat perpétré à l’aéroport Atatürk d’Istanbul. Le même groupe avait dénoncé à la mi-juin le blocage d’une partie des services Google en Turquie. Mais fondamentalement, ralentissement ne signifie pas blocage total. Et pour l’heure, il reste relativement facile de communiquer vers et à partir de la Turquie au travers des différentes applications utilisant Internet. Ainsi, nous explique un jeune père de famille turc vivant en Belgique, "il ne faut pas surestimer le taux d’utilisation de Facebook en Turquie. Ce n’est pas tout à fait comme ici. Pour communiquer, on peut utiliser bien d’autres applications commpe Tango, Viber, Whatsapp ou Twitter. J’ai eu l’occasion de m’entretenir avec mon épouse et mes enfants en vacances dans la famille, sans le moindre problème, au moment de l’annonce du putsch, et par la suite" .

Il faut savoir que certaines de ces applications voient leur contenu totalement encrypté de bout en bout, ce qui en rend la lisibilité quasi impossible par les systèmes de surveillance. Le mouvement est relativement récent qui a été initié par les grands noms de l’Internet suite aux révélations de l’informaticien américain Edward Snowden sur les systèmes d’écoute de services secrets américains. Le système très populaire de communication Whatsapp est également encrypté. Il appartient d’ailleurs depuis 2014 au géant américain… Facebook. Viber est enfin aussi sécurisé.

Facetime sans frontières

C’est d’ailleurs le même principe qui ouvre grandes les portes de l’Internet à FaceTime, le système de vidéo et téléphone fonctionnant sur les appareils d’Apple, de l’iPhone à l’iPod, en passant par les iPad et les Macs. C’est ce système qui a été utilisé par le président Recep Tayyip Erdogan pour se faire voir et entendre par le peuple turc vendredi soir au travers d’un appel à la télévision turque. Est-ce là un système qui passe au travers des systèmes de protection mis en place par le gouvernment turc comme c’est le cas pour la plupart des programmes diffusés sur YouTube ? "Oui, il s’agit d’un système qui fonctionne à la manière de Skype en envoyant des "paquets" de données encryptées très difficiles à interpréter par les systèmes de contrôle d’Internet dans les pays où la diffusion d’information est limitée, comme en Arabie saoudite ou en Chine, par exemple. Même s’ils voulaient bloquer FaceTime, ils n’y arriveraient pas" , nous explique Dries Plasman, vice-president du marketing et de la gestion de produits au sein de l’entreprise belge Voxbone. La seule manière de bloquer ce type d’appel est de fermer le réseau Internet, ce qui pose des tas de problèmes. Les autres sites sont plus aisés à fermer puisqu’il suffit d’identifier les "blocs" de données utilisés pour se "logger". Ces blocs contiennent des signatures informatiques reconnaissables, et qui peuvent être bloqués.

Cela étant, avec un peu de connaissances techniques et un abonnement payant, il est possible de contourner les principaux blocages en utilisant les services d’un "VPN" (virtual private network).

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