Le jeune tueur de prêtre, obsédé par la Syrie, remis en liberté car "il aurait pris conscience de ses erreurs"

A peine majeur, souffrant de troubles du comportement, et obsédé par la Syrie que le Français avait tenté de rejoindre deux fois: l'un des tueurs de l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray, était, selon divers témoignages, une véritable "bombe à retardement".

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Le jeune tueur de prêtre, obsédé par la Syrie, remis en liberté car "il aurait pris conscience de ses erreurs"
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L'adolescent de 16 ans interpellé mardi dans le cadre de l'enquête menée à propos de l'attentat commis dans une église de Normandie n'a rien à voir avec la prise d'otage et l'assassinat perpétrés, a indiqué mercredi le ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve sur les ondes d'Europe 1. Le ministre a néanmoins pris la précaution d'ajouter que "nous en saurons plus dans quelques heures".

A peine majeur, souffrant de troubles du comportement, et obsédé par la Syrie que le Français avait tenté de rejoindre deux fois: l'un des tueurs de l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray, était, selon divers témoignages, une véritable "bombe à retardement". Né le 25 mars 1997 en Normandie, région du nord-ouest de la France où a eu lieu l'attaque, il est issu d'une famille nombreuse sans histoire, selon ses voisins et proches.

Celle-ci avait d'ailleurs signalé sa radicalisation et s'inquiétait de la pente suivie par le jeune homme, selon un représentant musulman de la ville.

Car son parcours est heurté. Selon le quotidien français Le Monde, il a été suivi psychologiquement dès l'âge de six ans et a effectué durant son adolescence plusieurs séjours en hôpital, dont 15 jours dans une unité psychiatrique. Décrit comme un "enfant hyperactif", puis exclu à 12 ans du collège pour "troubles du comportement", il était une véritable "bombe à retardement", selon le témoignage d'un jeune du quartier cité par le quotidien Le Parisien.

"Il parlait d'islam, qu'il allait faire des trucs comme ça. Il m'a dit 'je vais aller faire une église' il y a deux mois. Je l'ai pas cru, il disait beaucoup de choses", a raconté un adolescent du quartier sur la radio RTL, estimant que A. K. s'était fait "retourner le cerveau". "On ne le supportait plus. Il ne parlait que de Syrie, et de son rêve de tuer des soldats de Bachar" al-Assad, raconte le même jeune cité dans Le Parisien.

Obsession syrienne

Le jeune tueur habitait chez ses parents dans une petite maison située à moins de deux kilomètres de l'église où, avec un autre assaillant encore non identifié, il a pris en otages six personnes lors d'une messe, tué le prêtre qui officiait et blessé grièvement un paroissien. Il a ensuite été abattu avec son complice par la police.

Au moment des faits, le jeune homme portait un bracelet électronique permettant à la justice de le localiser en permanence. Car, s'il n'avait aucune condamnation à son actif, K. était connu des services antiterroristes depuis 2015 et avait été inculpé en mars et mai 2016 pour avoir tenté de se rendre en Syrie à deux reprises.

Après sa première tentative de départ, en mars 2015 - il avait alors été arrêté en Allemagne et remis à la France -, le jeune homme "était revenu dans le quartier et s'est vanté", a déclaré à l'AFP un voisin, Mohamed. "Tout le monde le connaissait dans la ville, on savait qu'il voulait y retourner", a-t-il ajouté.

Il retentera un mois et demi plus tard, et sera arrêté en Turquie. Remis à la France, il est alors inculpé d'association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste et placé en détention provisoire, avant d'être assigné à résidence avec un bracelet électronique.

Remis en liberté en raison "d'idées suicidaires développées en prison"

Il avait été remis en liberté le 18 mars, après dix mois de détention provisoire. La juge d'instruction a motivé sa décision notamment par le fait que le jeune homme aurait "pris conscience de ses erreurs" et qu'il aurait aussi eu des "idées suicidaires" durant son incarcération qu'il vivait mal, révèle mercredi le journal Le Monde sur base des pièces du débat judiciaire qui opposait la juge d'instruction en charge du dossier et le parquet de Paris.

Dans son ordonnance, la juge d'instruction précisait qu'A.K. serait "déterminé à entamer des démarches d'insertion" et que sa famille semblait prête à lui apporter "encadrement" et "accompagnement". Régulièrement hospitalisé pour des troubles psychologiques, il était suivi depuis l'âge de 6 ans, selon Le Monde.

Le parquet de Paris avait décidé de faire appel de l'ordonnance de la juge, qu'il jugeait "peu convaincante". Dans son réquisitoire, il estimait que les contraintes prévues par le contrôle judiciaire "s'avèrent parfaitement illusoires au vu du contexte du dossier". "Dans ces conditions, et quoiqu'il fasse état d'une erreur et réclame une seconde chance, il existe un risque très important de renouvellement des faits en cas de remise en liberté", considérait alors le ministère public.

La chambre de l'instruction n'a pas suivi l'appel du parquet. A.K. a été assigné à résidence chez ses parents et équipé d'un bracelet électronique.

En prison, Adel Kermiche a partagé la cellule d'un Saoudien et fait la connaissance d'un jeune Français ayant passé dix-huit mois dans les troupes de l'EI, selon le journal français.

Soumis à diverses obligations, A.K. avait le droit de sortir de 08H30 à 12H30 du lundi au vendredi, de 14H00 à 18H00 les week-end, a indiqué mardi le procureur de Paris François Molins. Sa sanglante et ultime équipée s'est donc produite pendant ses heures de sortie.


"Une piste privilégiée" pour l'identification du second assaillant

L'identification formelle du second auteur de l'attaque de mardi dans une église de Saint-Etienne-du-Rouvray près de Rouen était toujours en cours mercredi en milieu de journée, mais "une piste est privilégiée" par les enquêteurs, a appris l'AFP de sources proches de l'enquête. Une carte d'identité a été retrouvée lors d'une perquisition menée mardi au domicile familial d'A.K., le premier tueur formellement identifié, et "plusieurs éléments laissent à penser qu'il s'agit du deuxième assaillant", a précisé une de ces sources.

Le titulaire de la carte d'identité est un jeune homme de 19 ans, originaire de Savoie, qui n'avait pas fait l'objet de condamnations, a-t-elle précisé. Comme il n'a pas été condamné, la justice ne dispose "pas de ses empreintes, ni de son ADN dans ses fichiers, ce qui retarde son identification formelle", a ajouté une autre source.