Photos de la femme voilée contrôlée à Nice : "Du pain bénit pour l'Etat islamique"

"Ces photos représentent l'incarnation même de leur rhétorique anti-France. Celle d'un pays ennemi de l'islam, présenté comme une terre de mécréance par excellence", soutient le journaliste et spécialiste du djihad David Thomson.

J. Lgg.

Les réseaux sociaux sont en émoi depuis la diffusion de photos d'une femme en foulard, ôtant sa tunique devant des agents, sur une plage de Nice. Sur Facebook et Twitter, les commentaires courroucés se succèdent. Les sympathisants djihadistes, eux, voient ces images plutôt d'un bon oeil. C'est du moins l'analyse posée par le spécialiste du terrorisme islamiste David Thomson.

Photos de la femme voilée contrôlée à Nice : "Du pain bénit pour l'Etat islamique"
©DR


Interrogé par FranceInfo, ce journaliste soutient que "les sympathisants djihadistes semblent eux-mêmes surpris que la police municipale de Nice fasse leur travail de propagande à leur place. Pour eux, c'est du pain bénit. Le récit djihadiste martèle depuis des années qu'il serait impossible pour un musulman de vivre sa religion dignement en France".

Ce vêtement, qui est pourtant contraire au dogme salafiste, pourrait dorénavant être utilisé dans la propagande des groupes terroristes, tant du côté de l'Etat islamique que d'Al-Qaïda. La raison : "ces photos représentent l'incarnation même de leur rhétorique anti-France. Celle d'un pays ennemi de l'islam, présenté comme une terre de mécréance par excellence, où l'on humilie les musulmans sous le regard passif d'un public immobile, à travers des forces de l'ordre perçues comme une autorité qualifiée 'd'idolâtre', c'est-à-dire découlant de la souveraineté populaire et non divine", souligne David Thomson dans ce même entretien.

Le journaliste de RFI voit plutôt d'un mauvais oeil les décisions de plusieurs communes de la Côte d'Azur de bannir de leurs plages les tenues ne respectant pas la laïcité. "Les municipalités qui l'ont interdit estiment que le burkini est l'expression d'un 'communautarisme' qui pourrait constituer un marchepied vers une forme de radicalité. Mais à l'inverse, pour celles qui le portent, ce vêtement de bain est paradoxalement vécu comme un compromis entre leur conservatisme religieux et la société occidentale moderne (...) Son interdiction génère des crispations très fortes dans une grande partie de la communauté musulmane, et en donnant corps à la propagande djihadiste, il n'est pas impossible que cette polémique génère une fracture, un dégoût de la France chez certains musulmans, au-delà même des cercles salafistes ou djihadistes. A l'heure où l'on parle de la nécessité de développer un discours pour contrer le narratif djihadiste, on s'aperçoit que non seulement ce contre-discours n'existe pas, mais qu'en plus, certaines autorités françaises offrent de quoi renforcer ce contre quoi elles pensent lutter."