Emmanuel Macron: un bilan économique en demi-teinte

Deux ans après son arrivée à Bercy, Emmanuel Macron quitte le gouvernement sur un bilan en demi-teinte, malgré un volontarisme affiché sur la question de l'innovation et du renouveau industriel.

AFP
Bilan mitigé pour Macron au gouvernement
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Il faut "restaurer la confiance que nos partenaires, les investisseurs, l'étranger, doivent avoir dans notre pays", soulignait l'ancien banquier de chez Rothschild lors de sa prise de fonction en août 2014. "Jugez-moi sur les actes. Il n'y a que ça qui compte", ajoutait-il alors. Proche du monde de l'entreprise, à l'aise à l'international, ce social-libéral aux allures de gendre idéal a bataillé pour renforcer l'attractivité de la France dans les milieux d'affaires. Mais a peiné à imprimer sa marque dans son action sur l'économie hexagonale.

"Il y a eu des tentatives de réforme, mais qui n'ont pas toujours trouvé l'écho attendu. Au final, ça laisse un goût d'inachevé", juge pour l'AFP Philippe Waechter, directeur de la recherche économique chez Natixis. Principal fait d'armes du ministre: avoir élaboré la loi qui porte son nom - officiellement loi "pour l'activité, la croissance et l'égalité des chances économiques" - promulguée au forceps en août 2015 après huit mois de bras de fer politique.

Extension du travail le dimanche, réforme des prud'hommes, liberté d'installation des notaires...Ce texte fleuve, inspiré des travaux de la Commission Attali, dont il fut rapporteur général adjoint en 2007, a fait de lui le symbole du tournant libéral de la présidence Hollande. Parmi les effets les plus visibles de la loi: la libéralisation du transport par autocars. Cette réforme emblématique, destinée à offrir un système de transport plus abordable que le train, a permis de créer 1.500 emplois et généré 21,5 millions d'euros de chiffre d'affaires, selon une étude présentée fin juin par l'autorité des transports routiers Arafer.

La réforme de la carte des notaires, pour sa part, pourrait entraîner l'installation de 1.650 notaires libéraux d'ici 2018 (chiffre recommandé par l'Autorité de la concurrence). Quant à la réforme du permis de conduire, elle se traduira par l'ouverture de 2.000 centres d'examen et une baisse de coûts pour les usagers.

"Cohérence politique" 

Au-delà de ces quelques chiffres, l'impact de la loi est cependant difficile à évaluer. Dans un rapport remis à Bercy en septembre 2015, l'OCDE avait chiffré à 0,3 point de PIB supplémentaire sur cinq ans les conséquences possibles du texte --, soit un impact soumis à de nombreux aléas. "A part les 1.500 emplois créés par les bus, l'impact est limité. C'est infinitésimal", indique à l'AFP Ludovic Subran, chef économiste de l'assureur Euler Hermes, qui estime à ce stade à un "demi dixième de point" seulement (soit 0,05%) l'apport de la loi à la croissance française.

Plusieurs dispositions, en effet, ont connu des débuts chaotiques, à l'image de l'ouverture des commerces le dimanche, acceptée par certaines enseignes (BHV, Darty...) mais rejetée par d'autres, en raison de résistances syndicales (Fnac). "Le retour dont nous disposons de la part des commerçants, est qu'il n'y a pas d'augmentation significative du chiffre d'affaires. Les dépenses de consommation sont apparemment réparties sur une durée plus longue", assure Christopher Dembik, économiste chez SaxoBank.

Au-delà de son texte phare, Emmanuel Macron a peiné à imprimer sa marque sur l'action du gouvernement. Fonds de pension à la française, réforme des qualifications pour les artisans... Le ministre, dépossédé de sa loi sur les nouvelles opportunités numériques, a lancé des idées, mais peu ont abouti. "Il aurait pu aller plus loin dans les réformes", a regretté mercredi dans un entretien aux Echos le patron du Medef Pierre Gattaz, pourtant bien disposé vis-à-vis de l'ancien conseiller économique de François Hollande, très populaire dans le secteur de l'innovation et des nouvelles technologies.

"On aurait pu imaginer qu'après la loi Macron I, il y ait une stratégie de réforme plus poussée. Mais il y a eu un manque de cohérence politique", abonde Philippe Waechter, qui salue néanmoins le "volontarisme" du ministre sur les gros dossiers industriels, comme EDF ou Areva. "Sur ces dossiers compliqués, il s'est pleinement investi", souligne l'économiste, en rappelant toutefois que ces entreprises sont loin d'être tirées d'affaire. "L'histoire nous dira si les choix qui ont été faits ont été les bons".

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