L’Union européenne s’essayera au compromis à la belge

Le président du Conseil, Donald Tusk, aura donc obtenu "la discussion honnête et ouverte" qu’il attendait lors de cette réunion, pointée comme le début d’un processus destiné à offrir aux citoyens, "dans les mois qui viennent, la vision d’une UE attrayante".

Maria Udrescu, envoyée spéciale à Bratislava
L’Union européenne s’essayera au compromis à la belge
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Au sommet de Bratislava, les Vingt-sept ont évité les sujets qui fâchent.Maria Udrescu.

L’esprit qui était le nôtre était de prendre conscience des défiances que l’Europe peut susciter et en même temps des espoirs qu’elle doit donner", a déclaré le président français François Hollande ce vendredi soir, à l’issue du sommet informel réunissant les Vingt-huit moins un à Bratislava. Le président du Conseil, Donald Tusk, aura donc obtenu "la discussion honnête et ouverte" qu’il attendait lors de cette réunion, pointée comme le début d’un processus destiné à offrir aux citoyens, "dans les mois qui viennent, la vision d’une UE attrayante".

Le tour était pourtant loin d’être joué. "Ça peut virer à une zizanie totale", nous confiait cette semaine un diplomate. Car il y a presqu’autant de visions du rôle que devrait endosser l’Union que d’Etats membres. Et les matières européennes sur lesquelles leurs avis convergent se comptent sur les doigts d’une main. "Mais ils semblent avoir compris que remettre constamment la faute sur Bruxelles a des conséquences. Cette réunion était plus sobre que les précédentes", observait un insider des discussions. Même si les pays du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, Slovaquie et Tchéquie) n’ont pas résisté à la tentation de déposer ce vendredi leurs propositions communes, parmi lesquelles celle de "renforcer le rôle des parlements nationaux".

Prendre de la hauteur

Tels des ermites, les Vingt-sept ont débattu pendant des heures de l’avenir de l’Union, cloîtrés derrière les quatre tours du château de Bratislava, au sommet d’une colline surplombant le Danube. Après tout, il s’agissait de prendre de la hauteur… par rapport aux querelles qui ont animé les Etats membres ces derniers temps, afin de réfléchir à une feuille de route des priorités de l’UE. Peut-être ce château (réputé comme une forteresse et inspirant le logo du sommet) était-il aussi un symbole de la "sécurité", thème central des discussions.

Les Etats membres s’accordent pour dire que la migration, la défense et l’économie doivent être les préoccupations phares de l’Union. Mais "pour certains, le plus urgent est de renforcer le contrôle des frontières, pour d’autres mieux lutter contre le terrorisme, pour d’autres encore combattre le chômage des jeunes", admet une source européenne. D’autant que les solutions à ces défis ne font pas toujours l’objet d’un consensus.

Ainsi, en matière de migration, si le renforcement de la frontière entre la Turquie et la Bulgarie est l’une des seules mesures concrètes adoptées lors de ce sommet alors que l’amélioration de la réactivité des gardes frontières est prévue pour fin 2017, la question d’une politique migratoire européenne reste, elle, en suspens.

Compromis à la belge

Bref, les Vingt-sept "s’accordent pour dire que l’Europe est une plus-value si on fait les choses mieux", a déclaré le Premier ministre belge Charles Michel. Mais les discussions sont encore loin d’être abouties sur ce que "mieux" veut dire, les Etats membres ayant préféré éviter les sujets qui fâchent. Lorsqu’il faudra s’attaquer à ces derniers, ils ont accepté de s’essayer à la négociation à la belge, celle du "donnant donnant", où toute "victoire" sur un sujet s’accompagne d’une concession sur un autre. "Il faut sortir du raisonnement ‘j’ai raison tout seul’", martèle M. Michel.

Si progrès il y a eu dans les relations et les méthodes de travail des Etats membres, "Bratislava n’est pas ce moment magique après lequel on se réveillera avec une Europe totalement révolutionnée", a prévenu le Chef du gouvernement. Entendez : les Vingt-sept ont encore du pain sur la planche.



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