De vives tensions secouent à nouveau la fragile Hébron

De récentes attaques ont à nouveau cristallisé les tensions entre les jeunes Palestiniens et les colons. Reportage.

De vives tensions secouent à nouveau la fragile Hébron
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Claire Bastier Correspondante en Israël

Entre le 16 et le 20 septembre, une dizaine d’attaques ont été perpétrées à Jérusalem et en Cisjordanie, la moitié d’entre elles commises dans la seule région de Hébron, par de jeunes Palestiniens contre des soldats israéliens. Al-Khalil en arabe, Hevron en hébreu. Cette ville du sud de la Cisjordanie, bastion de la résistance palestinienne lors des Intifadas de 1987 et de 2000, est une destination de choix pour deux populations désormais voisines, à mesure que la colonisation israélienne se consolide dans les territoires palestiniens occupés.

Depuis 1997, elle est partagée en zones H1, sous administration palestinienne, qui représente 80 % de la ville et demeure un grand pôle économique de la Cisjordanie, et H2, sous contrôle israélien, avec la vieille ville et les colonies juives alentour.

Présence militaire renforcée

Alors pour s’y rendre en transport public, deux options. Le trajet prépare à la réalité sur place, clivée et pourtant entérinée. La compagnie israélienne de bus Egged assure un trajet depuis la gare centrale de Jérusalem. La direction indiquée est Kiryat Arba, colonie israélienne fondée en 1972 sur les hauteurs, forte de 7 500 habitants. Au départ, un matin de semaine, une dizaine de passagers : des femmes à la tête enrubannée et jupe en dessous du genou, de jeunes soldats, un homme plus âgé en civil, un revolver à la ceinture.

A la sortie de Jérusalem, le bus vert emprunte la route 60, la "route des patriarches", qui relie Nazareth à Beer Sheva, en passant par la Cisjordanie. Après avoir franchi la "ligne verte" qui sépare Israël et les Territoires palestiniens, les premières colonies israéliennes apparaissent après Bethléem, reconnaissables à leurs ensembles alignés, toits pentus orangés. Les maisons des villages arabes ont les toits plats avec des citernes à eau noires.

Au rond-point de Goush Etzion, la présence militaire est renforcée depuis les attaques répétées de l’automne 2015 contre des Israéliens. A quelques mètres, néanmoins, le supermarché Rami Levy est fréquenté par des juifs et des Arabes. Sur la route, des plantations d’oliviers et vignes, les deux grandes cultures de Cisjordanie. La fête du raisin est prévue à Hébron fin septembre. Enfin, Kiryat Arba est annoncée sur un panneau, en hébreu et en anglais. C’est là qu’en juin, une adolescente a été tuée une nuit par un Palestinien de 19 ans qui s’était introduit dans sa chambre. Le lendemain, la mort d’un père de famille en voiture au sud de Hébron avait entraîné le bouclage de la ville par l’armée israélienne pendant 48 heures pour "briser le cycle d’attaques meurtrières", selon Tsahal.

Après une barrière de sécurité, le bus longe les rues bordées de maisons en pierre blonde où flotte souvent un drapeau d’Israël. Sur son passage, Moshe, le chauffeur du bus, salue de la main les piétons. Kippa noire tricotée sur le crâne, la cinquantaine, il habite une colonie proche et assure ce trajet depuis longtemps. S’il a peur ? "La vie est entre les mains de Dieu", répond-il. Un de ses collègues a été blessé par des jets de pierres le 16 septembre, sur la route de Maale Adumim, une colonie à l’ouest de Jérusalem. Enfin, descente sur Hébron et terminus aux abords de la vieille ville: deux soldats israéliens sont postés, non loin de la mosquée d’Abraham, aussi Tombeau des patriarches du judaïsme et donc pomme de discorde entre les sionistes religieux - 500 habitent autour - et les quelques milliers d’Arabes de la vieille ville.

L’ombre de la vieille ville

Un important dispositif y est déployé pour assurer la sécurité des premiers, avec des check points et une présence militaire constante. Maisons et boutiques abandonnées, rues fermées par des parpaings et des barbelés, la vieille ville n’est plus que l’ombre d’elle-même. "Avant, le souk était plein, c’était vivant !", se rappelle Anouar, 65 ans et natif d’ici. Sur les murs, on lit parfois "Lutter contre la ville fantôme, c’est la Palestine", peint en lettres rouges.

En avril, la Présence internationale temporaire à Hébron, une mission d’observation civile, y notait une "détérioration des conditions de vie de la population palestinienne locale", de plus en plus contrainte "dans ses déplacements". De la ville arabe moderne à cette zone isolée, "ce sont deux mondes" qui ne se côtoient guère, admet Anouar. C’est seulement de la première que les transports publics palestiniens assurent un retour à Jérusalem. Au terminus à Bethléem, un autre bus attend pour Jérusalem. Le trajet direct Hébron-Jérusalem, officieux et plus onéreux, est bien plus rapide.

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