Les Tories sont divisés sur la meilleure façon de sortir de l’UE

Le Brexit sera "le" sujet du congrès du parti conservateur de la Première ministre May.

Les Tories sont divisés sur la meilleure façon de sortir de l’UE
©Photo News
Tristan de Bourbon, correspondant à Londres

Le gouvernement conservateur britannique exposera sa vision de l’avenir du pays post-Brexit ce dimanche, cent jours très exactement après l’annonce des résultats du référendum - 52 % de votes en faveur d’une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. L’intitulé de l’intervention de la Première ministre Theresa May ne laisse pas de doute sur son objectif : "Le Royaume-Uni dans un monde global : faire du Brexit un succès." Pour ceux qui en douteraient encore, la volonté démocratique sera respectée et, selon ses propres mots, "il n’y aura pas de second référendum ou de tentative de rester plus ou moins dans l’Union européenne".

La décision de la nouvelle dirigeante conservatrice d’entamer le congrès de son parti par cette problématique indique également qu’elle a bien saisi que l’incertitude autour du Brexit interpelle et inquiète les siens et une grande partie du pays. Elle sera accompagnée sur l’estrade par les trois principaux "Brexiters" de son gouvernement, le ministre des Affaires étrangères Boris Johnson, le ministre en charge de la Sortie de l’Union européenne David Davis et celui du Commerce international Liam Fox. Sommés de prendre leurs responsabilités après avoir fait campagne pour sortir de l’Union, ils doivent dessiner avec la Première ministre l’avenir du pays dans le monde. "Ce sont eux qui doivent nous montrer les progrès effectués, à quoi le Brexit commence à ressembler, nos succès, nos difficultés et nos échecs", a résumé l’ancienne ministre conservatrice Anna Soubry.

Liam Fox veut défaire tous les liens avec l’UE

Comme l’a précisé Boris Johnson, l’article 50 du traité de Lisbonne, qui lancera les deux années de négociations prévues entre les deux partenaires, sera probablement déclenché entre le début de l’année 2017 et le mois de mai. "Des élections européennes auront bientôt lieu (en mai 2019, NdlR)", a-t-il rappelé. "Les gens se demanderont si nous voulons envoyer une nouvelle équipe de députés européens dans une institution que nous allons quitter."

En matière de stratégie, il ne fait désormais aucun doute que Theresa May mettra fin à la liberté de mouvement des travailleurs européens. A l’image de l’ensemble du parti, les trois mousquetaires demeurent en revanche divisés sur la stratégie à suivre vis-à-vis du marché unique européen. "Liam Fox fait partie des vingt-cinq à trente zélotes du parti opposés idéologiquement au maintien dans l’UE", explique Tim Bale, professeur de sciences politiques à l’université Queen Mary de Londres. "Ils sont prêts à détruire les relations actuelles avec l’UE pour baser l’avenir économique du Royaume-Uni sur des accords commerciaux avec le Commonwealth, l’Inde, la Chine, etc." Jeudi, il a ainsi qualifié le Brexit "d’occasion en or pour nous forger un nouveau rôle dans le monde, qui mette l’intérêt des Britanniques en premier".

Johnson rêve d’un accord de libre-échange

Face à lui, Boris Johnson et David Davis se veulent bien plus pragmatiques. Conscients du rôle primordial des échanges commerciaux avec l’Union européenne, ils visent tous les deux un accès quasiment inchangé au marché unique. Dans un entretien télévisé donné en début de semaine, l’ancien maire de Londres a ainsi prédit : "Nous allons bénéficier de fantastiques possibilités d’accords de libre-échange avec nos amis de l’UE. Nous achetons plus de voitures allemandes et de vin italien que n’importe qui d’autre. Ils ne mettront pas cela en danger."

Un avis partagé par le professeur Tim Bale : "Malgré la tentation politique de punir le Royaume-Uni pour éviter que d’autres sortent de l’Union européenne comme lui, il est dans l’intérêt de toute l’UE de ne pas se couper du marché britannique."

Reste à savoir si le Français Michel Barnier, négociateur en chef du Brexit pour la Commission européenne, prendra officiellement samedi sa fonction de responsable des négociations, se montrera aussi ouvert à un tel compromis.

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