Les 5 facteurs qui ont mis Clinton en déroute

Rares étaient les experts qui s’attendaient à une telle performance du Républicain. Analyse.

Philippe Paquet Envoyé spécial à Orlando (Floride)
Les 5 facteurs qui ont mis Clinton en déroute
©Montage

Analyse.

Alors que l’Amérique s’enfonçait dans une longue nuit électorale, découvrant des "swing states" encore plus indécis que ne l’annonçaient les sondages, et envisageant de plus en plus sérieusement la possibilité d’avoir Donald Trump, et non pas Hillary Clinton, comme prochain Président, plusieurs enseignements pouvaient déjà être tirés.

Quand, dans les derniers jours de la campagne, Donald Trump se targuait de mener dans plusieurs "swing states", quand il promettait de l’emporter très largement ("We are going to win big !"), les analystes le tournaient en dérision en disqualifiant ses fanfaronnades. Force est de conclure que Donald Trump a obtenu des résultats bien plus impressionnants que les experts, et pas seulement ses détracteurs, anticipaient. En d’autres termes, la popularité du milliardaire new-yorkais et l’impact de son message, pour simpliste et caricatural qu’il fût, sont bien plus considérables qu’on ne le pensait.

1. Gary Johnson, le "spoiler"

La contre-performance d’Hillary Clinton - de nouveau, quelle que soit l’issue du scrutin et dût-elle finalement se retrouver à la Maison-Blanche - est imputable à une conjonction de facteurs. Il est probable que le "troisième homme", Gary Johnson, candidat du Parti libertarien, ait détourné quelques pour cent des voix ici ou là, aux dépens tant d’Hillary Clinton que de Donald Trump, mais qui auraient surtout permis à la première de franchir l’obstacle, notamment en Floride. Dans ce contexte, Johnson a été fidèle à la réputation des troisièmes candidats, celle de spoilers, ceux qui gâchent une élection.

2. Des minorités trop peu mobilisées

Plus déterminante, dans le cas d’Hillary Clinton, a sans doute été la mobilisation insuffisante des minorités. Il faudra examiner les chiffres définitifs pour affiner l’analyse, mais il semble bien qu’en Floride, si les Latinos ont été plus nombreux à voter qu’en 2012 pour la réélection de Barack Obama, ils n’ont pas répondu, malgré tout, à l’attente des leaders de leur communauté qui avaient annoncé une levée en masse des Américains hispanophones profondément choqués par les propos racistes de Donald Trump et passablement inquiets de la politique d’immigration que ce dernier dit vouloir mener.

Les Afro-Américains, en revanche, paraissent s’être rendus plus massivement aux urnes, tout au moins en Floride. La difficulté pour Mme Clinton de s’imposer en Virginie suggère, toutefois, que cette mobilisation n’a peut-être pas été aussi convaincante ailleurs. En Virginie, la candidate démocrate a échappé de peu à l’humiliation suprême, dans la mesure où son colistier fut le gouverneur et est actuellement un des deux sénateurs de cet Etat que Barack Obama remporta à la fois en 2008 et en 2012.

3. Les e-mails, encore et toujours

Il est ensuite à craindre que la décision surprise du FBI et de son directeur, James Comey, de rouvrir l’enquête sur l’utilisation par Hillary Clinton d’une messagerie électronique privée lorsqu’elle était secrétaire d’Etat, de 2009 à 2013, ait influencé négativement nombre d’électeurs, en particulier dans les "swing states" où, par définition, on ne trouve pas automatiquement une majorité de Démocrates convaincus. Que le FBI ait fait machine arrièreneuf jours plus tard n’a évidemment pas suffi à réparer le mal qui fut fait. D’une part parce que des millions d’Américains avaient déjà voté dans l’intervalle. Ensuite, parce qu’un nouveau doute était insinué aux dépens d’une candidate qui souffrait déjà d’un énorme déficit de confiance dans l’opinion publique. Rappelons que l’ex-Première Dame fut parfois jugée, dans les sondages, comme étant (encore) moins honnête que Donald Trump.

4. Des atouts et de gros handicaps

Enfin, il est permis de penser qu’Hillary Clinton n’était tout simplement pas la bonne candidate. Elle avait pour elle deux avantages majeurs : être une femme susceptible d’écrire une page d’Histoire en étant la première à occuper le Bureau ovale en deux cent quarante ans d’histoire des Etats-Unis, et être exceptionnellement bien préparée pour diriger la première puissance de la planète après avoir été First Lady, sénatrice et secrétaire d’Etat.

Ces atouts n’étaient visiblement pas suffisants pour compenser de nombreux handicaps : une lassitude généralement répandue à l’égard des Clinton et la désaffection en particulier de certaines couches de la population comme ceux qu’on appelle les "millennials", en gros la génération née dans les années 1980-1990. Il n’est pas jusqu’aux jeunes Afro-Américains qui n’exprimaient leur scepticisme, voire leurs désillusions, durant la campagne.

5. La désertion du camp Sanders

Il semble bien, par ailleurs, que les partisans de Bernie Sanders n’aient pas tous fait leur deuil de la défaite de leur idole dans les primaires. Hillary Clinton s’est ainsi trouvée en grand danger dans le Michigan, le Wisconsin et le New Hampshire, trois Etats qu’elle avait perdus au profit du sénateur du Vermont. On peut penser qu’il lui a manqué une partie au moins du vote Sanders.

En conclusion, alors qu’on pensait que le Parti républicain s’était trompé de candidat en accordant l’investiture à Donald Trump, le déroulement de la soirée électorale suggérait que c’était plutôt le Parti démocrate qui s’était fourvoyé en misant sur Hillary Clinton.