Un an après les attentats de Paris, la France toujours placée sous haute sécurité

Benjamin Masse correspondant à Paris
Police officers work at Paris Prefecture control room, in Paris, Thursday, Nov. 10, 2016. Sunday marks the first anniversary of the Nov. 13, Paris attacks. (AP Photo/Thibault Camus)
Police officers work at Paris Prefecture control room, in Paris, Thursday, Nov. 10, 2016. Sunday marks the first anniversary of the Nov. 13, Paris attacks. (AP Photo/Thibault Camus) ©AP

Un an après les attentats de Paris, c’est l’heure d’un premier bilan, concernant les mesures judiciaires et policières mises en œuvre par le gouvernement. Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur, s’est lui-même livré à cet exercice, la semaine passée, lors d’une réunion de travail entre les procureurs et les préfets. Il est notamment revenu sur les résultats chiffrés de l’état d’urgence, instauré le 14 novembre 2015, pour la première fois depuis la guerre d’Algérie. Selon le ministre, ce sont plus de 4000 perquisitions administratives qui ont eu lieu dans ce cadre, et 95 assignations à résidence sont toujours en vigueur. 600 armes de feu ont été saisies, dont 77 armes de guerre. "Près de 500 interpellations ont été réalisées, qui ont donné lieu à 426 gardes à vue.", a-t-il ajouté.

Le dispositif demeure cependant controversé. Dans un rapport en février dernier, Amnesty International avait constaté que "des pouvoirs exécutifs étendus, assortis de très peu de contrôles sur leur application, ont causé toute une série de violations des droits humains." Peu avant la Cop21, le gouvernement avait aussi été critiqué pour avoir utilisé l’état d’urgence pour perquisitionner des militants zadistes.

Après avoir annoncé sa levée le 14 juillet, François Hollande l’avait finalement prolongé, après l’attentat de Nice. "On ne peut pas imaginer que cela devienne un dispositif permanent, ne serait-ce que du fait de l’ampleur des moyens humains qu’il implique, estime Jean-François Daguzan, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique, un groupe de réflexion spécialisé dans les questions de sécurité. Les forces militaires, par exemple, pourraient être employées de manière plus fine qu’en patrouillant dans les rues."

Une vingtaine de mosquées et salles de prière fermées

L’état d’urgence a par ailleurs été complété au fur et à mesure par diverses mesures, notamment la loi du 3 juin, qui donne plus de latitude aux policiers pour lutter contre le crime organisé et le terrorisme. Sur le plan judiciaire, les pouvoirs et les moyens du parquet antiterroriste ont été renforcés, tandis que la répression des infractions terroristes a été aggravée. Lors de son intervention, Bernard Cazeneuve a également rappelé qu’une vingtaine de mosquées et salles de prière radicalisées avaient été fermées, et près de 80 arrêtés d’expulsion pris contre des ressortissants étrangers liés à la mouvance djihadiste, notamment des prêcheurs de haine. Malgré cet arsenal impressionnant, le gouvernement ne s’est pas épargné les critiques de la droite, qui a pointé des failles dans le dispositif, concernant à la fois le renseignement et l’intervention, réclamant une refonte de leur mode de fonctionnement. Certains demandent même la rétention administrative des fichés S, souvent impliqués dans les attentats. D’autres insistent enfin sur la nécessité d’impliquer tous les citoyens dans le travail de prévention d’éventuels attentats. Au risque d’accentuer encore la psychose.