Moi candidat, moi Président : les deux discours de Donald Trump

maria udrescu
Moi candidat, moi Président : les deux discours de Donald Trump
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Depuis son triomphe à la présidentielle américaine, Donald Trump ne se lasse d’entraîner médias, observateurs et citoyens sur une montagne russe émotionnelle. Le candidat aux propos excessifs, racistes, insultants, mysogynes a surpris avec un discours de victoire des plus "normaux", voire banal, avant de commencer à s’entourer tant d’ultra-conservateurs - tels que Stephen Bannon, figure de proue de l’"alt-right", mouvement raciste et prônant le suprématisme blanc - que de Républicains plus "mainstream". Ainsi, ce mercredi, Donald Trump a choisi Nikki Haley, gouverneure de Caroline du Sud, comme ambassadrice américaine aux Nations unies. Femme et fille d’immigrants indiens, ce choix tranche avec l’équipe d’hommes blancs qu’il s’est constituée jusqu’ici. Dans un élan de diversité, le milliardaire serait même sur le point d’accorder le ministère du Logement et du Développement urbain à l’Afro-Américain Ben Carson, qui a été l’un de ses adversaires dans la course à l’investiture républicaine. Hier toujours, il a nommé Betsy DeVos, farouche républicaine et richissime philanthrope conservatrice, au ministère de l’Education.

Ecouter des points de vue différents

"Il s’entoure aussi de personnes avec lesquelles il ne s’entend pas ou avec qui il s’est battu pendant la campagne", remarque Jerome W. Sheridan, directeur de l’American University de Bruxelles. Donald Trump a notamment rencontré Mitt Romney, un de ses adversaires les plus virulents, à qui il pourrait confier les Affaires étrangères, et a consulté Henry Kissinger, l’une des figures de la diplomatie internationale du XXe siècle qui avait exprimé sa préférence pour Hillary Clinton. Ce alors qu’au même moment, il nommait trois tenants d’une ligne dure, en choisissant Jeff Sessions, sénateur ultra-conservateur pour la Justice, le général à la retraite Michael Flynn comme conseiller à la Sécurité nationale et Mike Pompeo comme directeur de la CIA. "Le fait qu’il aime écouter des points de vue différents est quelque chose de positif. Il a cette tendance à s’entourer de personnes pour lesquelles on se dit ‘oui, super’ et puis d’autres qui nous font dire ‘non, non, ce n’est pas possible, c’est de la folie’. Mais le problème avec Trump est qu’on ne sait jamais ce qu’il va faire avec les informations qu’il reçoit de toutes ces sources. On dirait presque que ses opinions changent en fonction de la dernière personne à qui il a parlé", ajoute l’expert.

Un manque d’expérience

Le magnat de l’immobilier, qui n’a cessé de vilipender le président sortant et même de remettre en question ses origines, est en effet sorti séduit de sa première recontre avec le chef d’Etat, au point de ne plus vouloir complètement détruire l’assurance santé mise sur pied par ce dernier. "J’ai beaucoup aimé Barack Obama", a-t-il déclaré à l’égard de celui qu’il considérait auparavant comme le "pire président de l’Histoire". Donald Trump est d’ailleurs revenu sur plusieurs promesses extrêmes faites pendant sa campagne (voir ci-contre), malgré des pressions qui se font déjà ressentir de la part de ses partisans. Mais cette modération n’est, selon M. Sheridan, qu’une conséquence du manque d’expérience du milliardaire dans la politique. "Il n’a pas d’idées très claires sur beaucoup d’aspects. Il est un homme d’affaires. Mais on dirait que plus il se confronte à la réalité, plus il comprend qu’on ne gouverne pas un pays comme on gère une affaire. Et il recule donc un peu dans son approche."

Reste que Donald Trump a réaffirmé sa volonté de retirer les Etats-Unis du Partenariat transpacifique (TPP), un accord commercial signé par 12 pays mais pas par la Chine. "Ce sera un désastre complet. On a l’impression que l’Amérique va se retirer du monde dans les quatre prochaines années. Et d’autres pays se battront pour la remplacer. Exemple : si Washington se retire du TPP, la Chine sautera sur l’occasion pour commercer avec les pays impliqués dans cet accord", affirme M. Sheridan.

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