Référendum en Italie: L’Europe redoute l’effet domino

Olivier le Bussy
Référendum en Italie: L’Europe redoute l’effet domino
©REPORTERS

Si le référendum accouche d’une crise, c’est toute l’Union qui risque d’être ébranlée.


ABruxelles et dans les autres capitales de l’Union européenne, on attend le verdict du référendum italien sur la réforme de la Constitution avec appréhension. Une victoire du "non" risque en effet de plonger l’Italie dans une crise politique et économique qui, dans le scénario du pire, se propagerait à l’ensemble de l’Union. Ce scrutin, qui plus est, s’inscrit dans un contexte politique global tendu. "Il aura lieu le même jour que l’élection présidentielle en Autriche, pour laquelle le candidat d’extrême droite est donné favori, et il intervient après le référendum sur le Brexit et l’élection de Donald Trump", observe Marco Incerti, du Centre for european policy studies. Comprendre : ici comme là-bas, les urnes pourraient être le réceptacle de la colère.

D’autant que le président du Conseil italien, Mario Renzi, a polarisé le débat. Le leader du Parti démocrate (PD) a soufflé le chaud et le froid quant à sa démission en cas de victoire du non, de sorte que le référendum constitutionnel s’est mué en référendum sur Renzi (voir p.21). "Je ne pense pas qu’il serait possible pour Renzi de rester en poste en cas de victoire du ‘non’ : il aurait vraiment tout l’échiquier politique contre lui", prédit M. Incerti.

Un "non" ouvrirait le champ à plusieurs options : la majorité choisit un nouveau Premier ministre; un gouvernement technique; une "grande coalition" rassemblant gauche et droite jusqu’aux élections de 2018, etc. "Mais vu le climat politique, je pense que ce serait inévitable d’avoir des élections en 2017", avance encore Marco Incerti.

La crainte d’un chaos politique

Or 2017 sera pour l’UE l’année de tous les dangers, avec les législatives aux Pays-Bas et en Tchéquie et l’élection présidentielle française - autant d’Etats membres où les partis européens sont en embuscade. L’effet domino n’est pas une certitude, mais pas non plus une vue de l’esprit.

En Italie, le Mouvement 5 Etoiles (M5S) du comique Beppe Grillo semble favori pour rafler la mise, comme lors des municipales de juin, où il a pris Rome et Turin. Le M5S est une formation hétéroclite, anti-establishment, eurosceptique, qui mène des campagnes agressives sur la Toile, où elle ne s’embarrasse guère des faits. Son arrivée au pouvoir constituerait une plongée dans l’inconnu pour l’Italie, mais aussi pour l’Europe.

Ce n’est donc pas un hasard si le président de la Commission Jean-Claude Juncker ou le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble ont rompu une lance en faveur du "oui" aux réformes préconisées par M. Renzi. Certes, depuis trois ans le Florentin a multiplié les passes d’armes avec la Commission ou l’Allemagne. Il n’en reste pas moins perçu comme un Européen convaincu et un partenaire fiable. A Bruxelles, "on considère que le gouvernement Renzi est le meilleur gouvernement possible… dans le contexte actuel", glisse M. Incerti.

L’Italien s’est par ailleurs posé en contrepoids de Berlin-la-rigueur, plaidant pour la relance. Il a fustigé l’absence de solidarité des pays d’Europe centrale et orientale pour l’accueil des réfugiés. Son éventuel départ assommerait la social-démocratie européenne, dont il était la figure de proue, en raison de l’absence de leadership du président Français Hollande et des 40 % recueillis par le PD aux européennes de 2014.

Une menace pour la zone euro

L’incertitude politique se double de craintes quant aux répercussions qu’un "non" aurait sur la troisième économie de la zone euro, déjà guère vaillante. La dette culmine à un ratio de 130 % du produit intérieur brut, le taux de chômage pointe à plus de 11 %, la croissance est anémique, les spreads (l’écart entre les taux d’intérêt des obligations d’Etat allemandes et italiennes) cote à 190 points de base. Le secteur bancaire italien est sur des sables mouvants. "Si la situation économique de l’Italie devait s’empirer, cela pourrait avoir des conséquences très néfastes pour toute l’Europe", pointe Marco Incerti. La zone euro a encaissé les chocs grec, irlandais, portugais et même espagnol. Mais si l’Italie venait à sombrer,  l’Union économique et monétaire se retrouverait à nouveau dans une zone de très fortes turbulences.

"C’est vrai que la situation bancaire de l’Italie est très inquiétante", épingle la députée européenne Sylvie Goulard, qui connaît bien l’Italie. "Mais nous avons désormais une Union bancaire, avec des outils de supervision, et un mécanisme pour organiser une faillite ordonnée. Il faut arrêter de dérouler des scénarios du pire. L’Italie est un pays dans lequel il y a une ressource et une créativité, y compris politique, assez étonnantes", souligne la Française. Que sera sera.