Les négociations congolaises progressent

Les négociations congolaises progressent
©afp
Marie-France Cros

Les évêques congolais et les négociateurs chargés de trouver une transition pacifique au Congo ont travaillé toute la nuit jusqu'à 5 heures, samedi matin, pour avancer dans la mise au point d'un accord. Ils devaient reprendre leurs rencontres dans l'après-midi mais "la signature n'aura pas lieu avant la semaine prochaine", a indiqué à La Libre Belgique une source de la Cenco (Conférence nationale des évêques congolais). "Il faut trouver qui va signer dans chacun des camps", ajoute notre source, "et voir comment la populaion va avaler ça".

Jusqu'ici, les deux parties se sont en effet entendues pour que Joseph Kabila, honni par une grande part des Congolais, reste au pouvoir un an de plus que ce que lui permet la Constitution, soit jusqu'à l'élection de son successeur (qu'il n'a pas organisée dans les temps cette année) en novembre 2017. "Mais il y a des garde-fous", précise la source à la Cenco. Ainsi, l'accord précise qu'on ne touchera pas à la Constitution, "ni par révision, ni en organisant un référendum à cette fin, et qu'il ne pourra pas se présenter à un troisième mandat".

En outre, un comité de suivi sera chargé de contrôler l'application de l'accord et son exécution. "Il pourrait être dirigé par Tshisekedi et un représentant de la société civile issu de l'Eglise", ajoute la source.

Par ailleurs, la composition du bureau de la Ceni (Commission électorale nationale indépendante), qui a échoué à préparer les élections dans les temps, sera modifiée; "chaque partie choisira un nouveau membre". Son président, Corneille Nangaa, jugé par l'opposition totalement inféodé à Joseph Kabila, sera-t-il remplacé? "Cela se pourrait".

Quant aux mesures de "décrispation" (libération de détenus politiques), elle n'est pas entièrement réglée alors qu'on continue à arrêter masivement - et à torturer, selon certaines sources - ceux qui s'opposent au maintien de Joseph Kabila à la tête de l'Etat. En outre, le camp présidentiel ne veut pas entendre parler de l'abandon des poursuites - politiquement motivées, comme l'a clamé la juge à l'origine de celles-ci, en fuite en Europe - contre le principal rival de M. Kabila, l'ex-gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi.

Enfin, reste à régler une question qui n'oppose que les deux branches de l'opposition: qui sera le Premier ministre, poste qui revient à cette dernière? Pour la majorité de l'opposition, regroupée au sein du Rassemblement présidé par Etienne Tshisekedi, la minorité d'opposition qui a signé un accord complaisant avec la majorité présidentielle le 18 octobre n'est plus "l'opposition" et il doit donc y avoir un nouveau Premier ministre après l'investiture, jeudi dernier, du Belge Samy Badibanga. Ce dernier et ceux qui ont obtenu une place dans son gouvernement de 67 personnes, issus de cette opposition complaisante, ne veulent pas en entendre parler. La majorité présidentielle se lave les mains de la question, ravie qu'elle suscite des dissensions ailleurs que dans son camp.