Nouvel An sanglant à Istanbul, les Turcs ont vécu "leur" Bataclan

Family members of victims of an attack on a crowded Istanbul nightclub mourn outside the morgue in Istanbul, Sunday, Jan. 1, 2017. An assailant believed to have been dressed in a Santa Claus costume and armed with a long-barrelled weapon, opened fire at a nightclub in Istanbul's Ortakoy district during New Year's celebrations, killing dozens of people and wounding dozens of others in what the province's governor described as a terror attack.(DHA-Depo Photos via AP)
Family members of victims of an attack on a crowded Istanbul nightclub mourn outside the morgue in Istanbul, Sunday, Jan. 1, 2017. An assailant believed to have been dressed in a Santa Claus costume and armed with a long-barrelled weapon, opened fire at a nightclub in Istanbul's Ortakoy district during New Year's celebrations, killing dozens of people and wounding dozens of others in what the province's governor described as a terror attack.(DHA-Depo Photos via AP) ©AP
Alexandre Billette Correspondant à Istanbul

Une nouvelle attaque a fait une quarantaine de morts. Le pouvoir paraît démuni.

Il y avait peut-être jusqu’à 800 personnes pour fêter l’arrivée du Nouvel An dans cette boîte de nuit branchée et luxueuse, située au cœur de la partie européenne d’Istanbul sur les rives du Bosphore. Le Reina, bien connu de la jeunesse dorée d’Istanbul, est l’un des bars appréciés par la jet-set de la métropole turque, et compte parmi ses clients de nombreux acteurs, chanteurs, célébrités et sportifs professionnels.

Il était 1h15 lorsqu’un homme a ouvert le feu sur la foule avec une arme automatique après avoir abattu un policier et un civil à l’entrée de la discothèque. Le tireur aurait apparemment fait feu sur la clientèle indistinctement, sans cible précise apparente.

Selon certains médias turcs, le tireur était déguisé en Père Noël. Une information qu’a cependant formellement démentie le Premier ministre turc Binali Yildirim, dimanche en fin d’après-midi. Toutes les possibilités sont examinées, a-t-il ajouté, soulignant que les autorités travaillaient d’arrache-pied pour découvrir l’identité du tireur. "La terreur ne peut pas nous intimider, elle ne peut pas détruire notre fraternité, notre proximité ou notre unité", a encore déclaré le Premier ministre.

Un Belge parmi les victimes

Profitant de la confusion, l’assaillant aurait pu se débarrasser de son arme sur place et se mêler à la foule pour s’échapper, tandis que la panique s’était emparée de la boîte de nuit.

"Les gens marchaient sur nous, mon mari a été touché par trois balles. C’était terrifiant… On nous marchait dessus, il y avait des éclats de verre partout", explique une jeune femme qui était à l’intérieur du Reina.

Selon le dernier bilan, 39 personnes ont été tuées et 65 autres blessés, dont au moins quatre grièvement. Plusieurs étrangers comptent parmi les victimes. Un ressortissant belge aurait été tué ainsi que plusieurs citoyens de pays arabes, selon la presse turque. Au moins une Française figure parmi les victimes, a indiqué le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault, précisant que l’époux de celle-ci, de nationalité tunisienne, était également décédé. Trois autres Français font aussi partie des blessés, ainsi que plusieurs personnes d’origine israélienne

Alors qu’une chasse à l’homme était toujours en cours dimanche pour mettre la main sur l’assaillant, le Premier ministre Binali Yildirim a convoqué d’urgence un Conseil de sécurité exceptionnel dans sa résidence de Dolmabahçe, située à quelques centaines de mètres du lieu de l’attentat. A Ankara, le Président Recep Tayyip Erdogan a pour sa part évoqué une attaque "ayant pour but de détruire le pays et de semer le chaos".

Un "Bataclan à Istanbul"

La Turquie, endeuillée par de nombreux attentats en 2016, avait notamment connu une attaque contre des policiers près du stade de Besiktas, à proximité du lieu de l’assaut de ce 1er janvier, qui avait fait une quarantaine de morts le 10 décembre dernier. Celle-ci avait été revendiquée par un groupuscule proche du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

Le pouvoir turc semble aujourd’hui démuni face à cette vague d’attentats sans précédent, provoquée par des groupes radicaux kurdes ou des sympathisants de l’Etat islamique.

La fusillade du Reina, qui n’a pas encore été revendiquée, correspond justement davantage au mode opératoire de l’Etat islamique, dont les dirigeants ont appelé à la "destruction" de la Turquie en raison de sa présence aux côtés de rebelles syriens qui luttent contre Daech dans le nord de la Syrie et de sa participation à la coalition internationale contre les djihadistes en Syrie et en Irak.

La cible visée - une jeunesse occidentalisée - et la méthode - un assaut visant à faire le plus de victimes possible - rappellent également les attentats commis en France en novembre 2015.

Dimanche, les internautes turcs étaient nombreux sur les réseaux sociaux à évoquer un "Bataclan à Istanbul".

Des avertissements troublants

C’est sur Internet justement que sont nées les premières polémiques consécutives à l’attentat. La facilité avec laquelle le tireur semble avoir pu pénétrer dans l’établissement soulève ainsi de nombreuses questions, d’autant que le Reina était réputé pour les contrôles drastiques et une sélection de la clientèle à la porte par des gardiens musclés.

La polémique enfle également en raison des appels répétés ces derniers jours par des groupuscules extrémistes à ne pas célébrer le Nouvel An, considéré par certains islamistes radicaux comme une fête hérétique.

Quelques jours avant la fin de l’année, un homme déguisé en Père Noël avait ainsi été menacé avec une arme à feu par deux inconnus exigeant qu’il se déshabille.

Plus troublant encore : la campagne menée par certains titres, parmi les plus conservateurs, de la presse turque, invitant les Turcs à ne pas participer, pour les mêmes raisons, aux festivités de fin d’année.

Le quotidien "Milli" a notamment titré, à la une de son édition du 31 décembre : "Ne célébrez pas - ceci est le dernier avertissement." Une phrase glaçante a posteriori.