RDC: "L'accord entérine le putsch de Kabila"

Hubert Leclercq
RDC: "L'accord entérine le putsch de Kabila"

Un responsable de la Majorité présidentielle remet en cause l’accord de la Cenco.

Coup de tonnerre, ce lundi 2 janvier en début de soirée. Joseph Koko Nyangi, secrétaire général adjoint de la Majorité présidentielle (MP) a appelé à la tenue d’un nouveau dialogue, rejetant ainsi les conclusions péniblement obtenues par les évêques catholiques 48h plus tôt. M. Koko Nyangi, par ailleurs ministre du gouvernement Badibanga, a évoqué trois motifs pour justifier sa position : le manque d’inclusivité de cet accord (le MLC a pourtant annoncé qu’il le signerait prochainement), l’obligation pour le Rassemblement de l’opposition de présenter ses... excuses pour les morts tombés lors des journées de manifestations qu’elle a organisées et, enfin, le fait que cet accord ne contienne pas de référence à la possibilité d’organiser un référendum, cheval de bataille du président Kabila pour tenter de se maintenir au pouvoir, comme "Lalibre.be" l’évoquait dès le 29 décembre. Une déclaration qui n’a pas été relayée ce lundi par les cadors de la majorité, mais la parole du secrétaire général adjoint de la MP lors d’un point presse à Kinshasa, relaté aussi par le site d’informaton Actualite.cd, n’a rien d’une discussion d’arrière-salle de café.

Démonstration par l’absurde

L’accord de la Saint-Sylvestre est décidément bien loin de faire l’unanimité; parmi les plus critiques, avant cette sortie, les mouvements citoyens congolais qui exigeaient le respect inconditionnel de la Constitution et donc le départ du président Joseph Kabila au 19 décembre, date de la fin de son second et dernier mandat.

Floribert Anzuluni, le coordinateur de Filimbi et du Front citoyen 2016, ne cache pas son scepticisme à la lecture de cet accord de partage du pouvoir en RDC. Accord qui doit amener le pays vers des élections crédibles et apaisées en décembre 2017.

"Je tiens d’abord à féliciter sincèrement la Cenco(Conférence épiscopale nationale du Congo) pour son engagement en faveur de la paix", lance Floribert Anzuluni en préambule. Mais lorsque l’on aborde le fond de l’accord, la lecture se fait plus critique, beaucoup plus critique. "Cet accord me laisse très perplexe. La classe politique congolaise, toutes tendances confondues, a pris le peuple en otage. Ce texte avalise le putsch constitutionnel de Monsieur Kabila." Floribert Anzuluni explique cette lecture par le fait que le "président illégitime depuis le 20 décembre dernier" conserve tous ses pouvoirs. "Il est surréaliste de voir que c’est lui qui nomme encore le Premier ministre."

Le nom de Floribert Anzuluni est inscrit dans le texte de l’accord. En effet, avec six autres opposants (emprisonnés ou en exil), il est repris sur la liste qui a occupé longuement la commission "décrispation". Cette commission étudiait notamment le "dossier" Moïse Katumbi, ex-gouverneur du Katanga devenu la bête noire de Joseph Kabila. "Le fait qu’ils ont décidé de stopper les poursuites à mon encontre prouve qu’elles étaient illégales. Des centaines de jeunes sont encore en prison pour leurs idées. Pour moi, cette décision ne change rien. Je considérais que les poursuites avaient déjà disparu parce que le régime qui les a décidées n’existe plus depuis le 20 décembre." Avec de telles critiques, on comprend que les mouvements citoyens congolais n’entendent pas rentrer dans les rangs. "Cet accord crée le trouble dans les esprits des Congolais. Il démobilise la population du combat contre le maintien au pouvoir de Kabila. Mais nous n’abdiquerons pas. Nous allons continuer à manifester pacifiquement notre désaccord, à organiser des sit-in pour montrer notre opposition."