Tueur d'Istanbul en cavale : la piste de l’Asie centrale poursuivie par la police

Alexandre Billette Correspondant à Istanbul

Trois jours après le massacre de la discothèque "Reina", qui a fait 39 morts - dont 27 étrangers - et une soixantaine de blessés à Istanbul, l’assaillant est toujours en cavale, et les enquêteurs semblent avoir connaissance de l’identité du terroriste même si aucune information n’a été confirmée par les autorités.

De l’aveu même du vice-Premier ministre Nurman Kurtulus, qui a annoncé que les empreintes digitales du suspect avaient été relevées sur les lieux du massacre, l’enquête en cours est "très difficile". La presse turque évoquait mardi 3 janvier, selon des sources proches de l’enquête, un ressortissant étranger qui serait entré en Turquie en novembre avec femme et enfants, pour s’installer dans la ville de Konya avant de prendre la route d’Istanbul quelques jours pour commettre le massacre durant la nuit de la Saint-Sylvestre.

Rafales et grenades

En raison de la méthode et du sang-froid de l’assaillant à l’intérieur de la discothèque, le suspect pourrait être un spécialiste des armes à feu, djihadiste ayant combattu avec l’Etat islamique en Syrie ou en Irak. Il aurait pu avoir été spécialement sélectionné par Daech en raison de ses qualités de tireur et de son expérience de combat en zones urbaines, affirmait mardi le quotidien "Hürriyet".

A l’intérieur de la boîte de nuit, de 120 à 180 balles auraient été tirées en sept minutes, le tireur ayant également employé des grenades assourdissantes. Il aurait ensuite changé de vêtements et nettoyé son arme, avant de prendre la fuite en profitant du chaos.

Seize personnes ont été placées en garde à vue jusqu’à maintenant dans le cadre de cette affaire, et notamment la femme du suspect, selon le quotidien "Habertürk". Parmi ces inculpés, deux hommes, d’origine étrangère, ont été arrêtés à l’aéroport international Atatürk d’Istanbul mardi midi. On ne connaît pas leur nationalité, mais ils s’apprêtaient à quitter le territoire turc.

Alors que la traque se poursuit, les autorités turques préfèrent garder le silence, alimentant les rumeurs, notamment sur les réseaux sociaux.

Depuis lundi soir, des images et des vidéos circulent, celles d’un homme identifié comme l’assaillant de la discothèque. Ce jeune homme brun aux cheveux bouclés est vu faisant un "selfie" vidéo sur la place de Taksim, au centre d’Istanbul, ou encore changer des devises dans un kiosque de Laleli, un quartier situé à proximité des lieux touristiques historiques de la métropole turque qui compte une forte communauté originaire des pays de l’ex-Union soviétique.

La piste de l’Asie centrale

Car les enquêteurs turcs semblent mettre en cause depuis lundi une cellule de l’Etat islamique issue d’Asie centrale, qui pourrait être la même que celle qui avait planifié l’attentat-kamikaze de l’aéroport Atatürk d’Istanbul, le 28 juin dernier, et qui avait fait plus de 40 morts et 200 blessés. Une attaque attribuée à l’Etat islamique, qui ne l’a cependant jamais revendiqué.

Lundi soir, une importante opération policière appuyée par des hélicoptères avait également eu lieu, sans succès, dans un autre quartier, Zeytinburnu, qui compte aussi une forte diaspora de la communauté centre-asiatique. Selon un enquêteur qui s’est confié à l’agence de presse Dogan, le suspect pourrait être d’origine ouzbèke ou kirghize.

Mardi, les réseaux sociaux turcs se sont enflammés à la suite de la diffusion d’un passeport d’un ressortissant kirghize présenté comme le tireur en cavale. L’homme, retrouvé par la presse kirghize, avait effectué un aller-retour à Istanbul après le massacre. Il a été questionné par les policiers turcs avant de quitter le pays, puis par des enquêteurs kirghizes. Les services de renseignements de ce petit pays montagneux d’Asie centrale ont indiqué qu’une enquête avait été lancée, cependant que le ministère des Affaires étrangères à Bichkek affirmait que l’implication d’un ressortissant kirghize dans le massacre d’Istanbul était "improbable".

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