Le Président a gardé sa tenue de campagne (ANALYSE)

Protectionnisme et populisme ont dominé un discours bref et indigent.

Philippe Paquet
Le Président a gardé sa tenue de campagne (ANALYSE)
©afp

Protectionnisme et populisme ont dominé un discours bref et indigent. 

Bien qu’on ait entendu dire que Donald Trump allait s’inspirer de John F. Kennedy pour son discours d’investiture, vendredi, au Capitole, les commentateurs avaient placé la barre assez bas. Le nouveau président des Etats-Unis, en effet, est tout sauf un orateur de talent et, sur le fond, il avait pris jusque-là comme ligne de conduite d’en dire le moins possible. On redoutait donc l’exercice. On n’avait pas tort.

Le discours d’investiture est un moment solennel et privilégié pour chaque nouvel occupant de la Maison-Blanche. Ecouté par toute la nation, observé par le monde entier, celui-ci peut exposer sa vision, expliquer ses projets, mobiliser les énergies, galvaniser l’enthousiasme. C’est un moment de jouissance et de triomphe, mais aussi, traditionnellement, d’humilité et de rassemblement. C’est encore l’occasion de lancer une de ces phrases qui font l’histoire et marquent à jamais une Présidence. Qui ne connaît, s’agissant de Kennedy justement, l’exhortation qu’il adressa à ses compatriotes : "Ne demandez pas ce que le pays peut faire pour vous, demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays" ?

Une corvée vite expédiée

Donald Trump a peut-être tenté lui aussi vendredi de laisser une telle marque, mais force est de conclure que l’effort a piteusement échoué. La brièveté de son discours (ce qui, au vu de son indigence, passera a posteriori pour sa plus grande qualité) suggère au demeurant que l’intéressé n’était pas loin de penser qu’il lui fallait s’acquitter d’une corvée. Il est vrai que le nouveau Président a lui même proclamé que "le temps des discours creux était révo lu" et qu’enfin "sonnait l’heure de l’action".

Il a dû falloir une patience angélique à Barack Obama et aux Démocrates autour de lui pour résister à l’envie de s’en aller à mesure que Donald Trump s’emballait dans un discours non pas d’investiture, mais de campagne, égrenant une fois de plus sa litanie de slogans contre l’establishment vivant aux frais du peuple américain, et contre le monde vivant aux crochets des Etats-Unis.

Mais on se dit que l’ancien président George W. Bush, lui aussi présent (comme Jimmy Carter et Bill Clinton), et les ténors du Parti républicain réunis pour l’occasion, ont pu ressentir la même envie (à moins que la pluie n’ait gêné leur audition). Le Président, qui venait tout juste de prêter serment, n’a-t-il pas mis les deux partis dans le même sac en remarquant que, "depuis trop longtemps, un petit groupe dans la capitale de notre nation a recueilli les bénéfices du gouvernement, tandis que la population en supportait le coût" ?

Les Républicains désavoués !

"Washington a prospéré - mais les gens n’ont pas eu droit au partage. Les politiciens se sont enrichis - mais les emplois sont partis et les usines ont fermé", a insisté Donald Trump, sans sembler prêter attention au fait que les Républicains ont été tout autant, sinon plus, au pouvoir que les Démocrates, et qu’ils ont contrôlé la Chambre des représentants, et parfois le Sénat également, pendant la plus grande partie des présidences de Bill Clinton, George W. Bush et Barack Obama…

Le candidat devenu Président s’est, il est vrai, enfermé dans son habituelle logique populiste, poussant la démagogie jusqu’à prétendre qu’il faudrait se souvenir de ce 20 janvier comme du jour où les Américains sont "redevenus les maîtres de leur pays". Comme si les institutions avaient jusque-là cessé de fonctionner, comme si l’Amérique sortait d’une occupation étrangère ou des griffes d’une dictature.

L’Amérique d’abord

"Le carnage s’arrête ici et il s’arrête maintenant", a martelé Donald Trump, avant de défendre à nouveau son credo protectionniste sur le thème "l’Amérique d’abord". "Depuis des décennies", a-t-il affirmé, en incriminant par conséquent aussi bien les Républicains que les Démocrates, "nous avons enrichi l’industrie étrangère aux dépens de l’industrie américaine, nous avons subsidié les armées des pays étrangers en laissant la nôtre dépérir tristement, nous avons défendu les frontières des autres nations en refusant de défendre les nôtres, et nous avons dépensé des milliers de milliards de dollars à l’étranger, tandis que les infrastructures de l’Amérique périclitaient"…

Tout cela va heureusement changer parce que le nouveau Président a promis de construire "des routes, des ponts, des tunnels, des aéroports, des chemins de fer" - mais pas de murs ? - à travers tout le pays en se fixant "deux règles simples : acheter américain et recruter américain". Toutes les décisions, a-t-il ajouté, "en matière de commerce, de fiscalité, d’immigration, d’affaires étrangères seront prises au profit des travailleurs américains et des familles américaines".

Star Wars

Et si cela ne suffit pas à rassurer le peuple des Etats-Unis, à qui Donald Trump a promis également de "percer les mystères de l’univers" et de "débarrasser la Terre de toutes les maladies" (sic), le 45e président des Etats-Unis a placé la nation sous la protection non seulement de l’armée et des forces de l’ordre, mais aussi et surtout du "Créateur tout-puissant".