RDC: un opposant craint pour sa vie après avoir posté une vidéo sur un massacre présumé

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Belga

Un ressortissant congolais vivant en Belgique et qui affirme avoir posté sur les réseaux sociaux une vidéo mettant en cause les Forces armées de la République démocratique du Congo (FADRC) pour un possible massacre de civils a déclaré mardi craindre pour sa sécurité. 

Richard Mudoza Muzembe a été nommément accusé par le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mende Omalanga, d'avoir "introduit dans les réseaux sociaux" un film tourné par des personnes non-identifiées en décembre dernier à la suite d'accrochages entre les FARCD et des assaillants "porteurs d'armes de guerre de chasse et d'armes blanches" dans des villages proches de Mbuji-Mayi, le chef-lieu de la province du Kasaï oriental (centre de la RDC).

Interrogé par l'agence Belga, M. Mudoza a admis avoir posté cette vidéo de plus de sept minutes, filmée en un plan-séquence unique, et qui semble avoir été filmée par des soldats congolais intervenant contre la rébellion du défunt chef coutumier Kamwina Nsapu au Kasaï-Oriental.

A en juger par sa qualité, le film semble avoir été tourné avec un téléphone portable par un membre d'une unité militaire de soldats parlant lingala (langue officielle de l'armée congolaise) et swahili (langue parlée dans l'est de la RDC).

Elle montre le détachement ouvrir un feu nourri sur un groupe chantant en tshiluba (langue parlée au Kasaï), à quelques dizaines de mètres.

Les hommes en uniforme achèvent ensuite leurs victimes, parmi lesquelles trois femmes, et insultent les cadavres. La vidéo en montre pas moins de vingt. Quelques hommes tiennent encore un lance-pierre ou un bâton.

"C'est une vidéo montée par les pourfendeurs du gouvernement. Nous avons pu les identifier grâce à la collaboration avec nos amis en Belgique. C'est un certain Richard Mudoza Muzembe qui habite à Bruxelles. Il est proche de Paul Nsapu (Kamwina) et de Moïse Katumbi (l'ancien gouverneur du Katanga passé à l'opposition et désormais candidat déclaré à la prochain élection présidentielle en RDC, ndlr), a affirmé samedi M. Mende devant des journalistes à Kinshasa.

Le gouvernement congolais a refusé d'enquêter, comme l'ont demandé Washington, Paris et l'ONU, sur cette vidéo mettant en cause son armée dans un possible massacre, qualifiant ce document de "montage" destiné à nuire à la République démocratique du Congo (RDC). Il a ensuite reconnu que des soldats congolais avaient pu commettre des "excès" en réprimant la rébellion Kamwina Nsapu et annoncé que deux d'entre eux, un officier et un sous-officier, étaient poursuivis par la justice militaire.

M. Mende a affirmé dans un communiqué que ce film était "vraisemblablement un montage (...) réalisé par des pourfendeurs du gouvernement, notamment un certain Richard Mudoza Muzembe de Scharbeek, proche des opposants congolais en Belgique".

"Le gouvernement de Kinshasa m'a cité officiellement et m'expose à des risques", a affirmé M. Mudoza à Belga, en espérant que les autorités belges assureront sa protection.

Le Kasaï, dont M. Mudoza dit être originaire, est le théâtre, depuis septembre 2016, d'une rébellion née de la mort le mois précédent, lors d'une opération militaire, d'un chef coutumier local, Kamwina Nsapu, entré en conflit avec le pouvoir central. Les violences y ont fait au minimum 200 morts depuis septembre.

Deux autres vidéos sont apparues ensuite sur internet. L'une montre une femme à terre portant un brassard et un bandeau rouges (signe arboré par les rebelles). Apparemment blessée par balle à la hanche, la jeune femme subit un interrogatoire en tshiluba mené par plusieurs hommes, hors champ. Elle reçoit un coup de pied au visage et un à la nuque, et est insultée alors qu'elle demande être évacuée.

La deuxième vidéo, filmée comme les deux autres en plan-séquence unique, montre aux moins huit enfants blessés ou tués par balles, autour desquels s'affairent des hommes en treillis ou en tenue bleu marine, comme celle que portent les policiers congolais.

Hors champ, on entend des tirs nourris et des quolibets en tshiluba et lingala adressés aux victimes.

L'ONU, la France et les Etats-Unis ont apppelé les autorités congolaises à faire au plus vite la lumière sur ces agissements, qualifiés d'inacceptables, et à identifier les responsables, qui devront répondre de leurs actes".

Le haut commissaire aux droits de l'Homme de l'ONU, Zeid Ra'ad Al-Hussein, a réclamé lundi une enquête "sur ce qui apparaît comme un usage excessif et disproportionné de la force", demant à Kinshasa de mettre un terme "aux violations massives des droits de l'Homme" dans le Kasaï.