Charles Michel: "La Belgique a été à la pointe dans le débat sur l'Europe à plusieurs vitesses"

Le Premier ministre belge est à dans la capitale italienne vec les autres chefs d'Etat et de gouvernement et les présidents des institutions européennes, pour célébrer le 60e anniversaire de la signature des traités de Rome. Les leaders européens signeront une déclaration qui insiste sur les progrès rendus possibles par l'intégration européenne et, surtout, balise le chemin pour l'avenir de l'Union. La Belgique a été à la pointe du débat visant à rendre l'Europe plus efficace, affirme Charles Michel.

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Olivier le Bussy, envoyé spécial à Rome

Le Premier ministre belge est dans la capitale italienne avec les autres chefs d'Etat et de gouvernement et les présidents des institutions européennes, pour célébrer le 60e anniversaire de la signature des traités de Rome. Les leaders européens signeront une déclaration qui insiste sur les progrès rendus possibles par l'intégration européenne et, surtout, balise le chemin pour l'avenir de l'Union. La Belgique a été à la pointe du débat visant à rendre l'Europe plus efficace, affirme Charles Michel. Entretien.

La déclaration de Rome rencontre-t-elle les attentes de la Belgique en termes d'ambition pour le projet européen ?

C'est une déclaration qui est solide. D'abord parce qu'elle met en évidence les avancées spectaculaires accomplies depuis le traité de Rome, au bénéfice des citoyens européens dans leur quotidien. Le malheur aujourd'hui est qu'on considère que ces avancées sont d'une nature évidente et on n'en perçoit pas toujours la valeur ajoutée. Mais si on considère la situation ''avant/après'', on constate que la situation en Europe c'est désormais la paix, la sécurité, le dialogue, le respect entre les peuples, alors qu'on se souvient qu'au siècle passé, c'est un continent qui a été frappé par deux guerres mondiales vraiment tragiques.
Ce projet européen a quelque part valeurs d'exemples pour d'autres régions du monde où les guerres durent depuis des décennies et où s'entretiennent des rancunes tenaces.


Le deuxième point de cette déclaration est que nous réaffirmons ces valeurs fondamentales qui nous unissent et qui nous rassemblent. C'est important en cette période où montent un certain nombre d'incertitudes sur le plan mondial – l'élection de Donald Trump aux Etats-Unis, le vote au Royaume-Uni, la situation au sud du bassin méditerranéen, la relation complexe avec la Russie – de rappeler ces valeurs intangibles. Ils sont un repère pour le projet européen.

Il n'empêche que jusqu'au dernier moment, certains pays comme la Pologne ou la Grèce ont menacé de ne pas souscrire à cette déclaration...

Ce sont des hésitations circonstancielles qu'il faut relativiser. La Grèce a toujours des difficultés, que je respecte et que je ne minimise pas, avec le Fonds monétaire international (dans le cadre du plan d'aide financière, NdlR), et la Pologne qui n'a pas totalement encore digéré la reconduction de Donald Tusk à la tête du Conseil européen. 

Ce qui importe surtout, c'est de projeter dans l'avenir. Nous traçons des domaines d'action précis, mais il y a également un processus qui se lance. Cet élan qui est donné par cette déclaration, c'est aussi la volonté qu'elle débouche sur des résultats opérationnels. C'est une chose à laquelle le Benelux est très attaché, et j'en parle régulièrement avec mes collègues néerlandais et luxembourgeois. Sur la méthode, on va s'orienter progressivement vers une Europe à plusieurs vitesses.

C'est un des point qui faisait débat, certains pays craignent de devenir des Etats membres de seconde zone. Au final, ça s'est réglé assez facilement ?

La Belgique a été à la pointe sur ce sujet-là. Au début on nous écoutait poliment, mais finalement, c'est repris dans la déclaration de Rome et validé par vingt-sept pays. Le papier déposé à ce sujet par le Benelux à Malte a nourri l'inspiration de plusieurs pays. On a dû expliquer, on a dû lever les incompréhensions et les malentendus, mais ces termes-là figurent dans la déclaration de Rome. 


Le message est clair : plus question, quand trois ou quatre pays sont réticents, que ça nous empêche d'avancer et d'avoir de l'ambition. Les coopérations renforcées sont un levier qui permettra de donner corps à cette Europe à plusieurs vitesses. 


Et sur le fond et sur les projets, c'est autour du même socle que cela tourne : la sécurité - intérieure et extérieure, c'est-à-dire dans la dimension géopolitique, c'est l'Europe de la défense à l'intérieur de l'Otan -; une meilleure gestion commune des flux migratoire, et enfin le développement économique – comment mieux gérer la capacité de croissance, de créer des emplois, de miser sur l'agenda digital, l'innovation, la transition énergétique, et faire en sorte que l'on puisse moderniser et dynamiser nos structures économies en Europe. 


On voit qu'il y a un calendrier qui se déploie. La Commission devra jouer son rôle d'impulsion et les Etats membres devront rester mobilisés. C'est en tout cas l'intention du Benelux, et à cette aune, les récentes élections néerlandaises sont une bonne nouvelle, parce que c'est la confirmation de la volonté de déployer un projet positif pour l'Europe.

Les deux grosses échéances, en France, puis en Allemagne, ne vont-elles pas freiner ce calendrier ?Si Marine Le Pen l'emportait en France, tout tomberait à plat.

Je ne suis jamais impressionné par les prophètes du malheur. Nous verrons ce qui se passera en France, dans quelques semaines. Quoi qu'il en soit, le processus électoral français n'a pas empêché d'avoir une déclaration ambitieuse. Et les élections aux Pays-Bas n'ont pas non plus empêché d'avancer et de prendre des positions dans le cadre du Benelux. Pour ce qui est de l'Allemagne, les paramètres ne me conduisent pas à penser qu'il y a une menace très forte sur le projet européen.
Il faut relativiser cette question électorale. Dès lors qu'on est à vingt-sept, il y a toujours des élections quelque part et le processus européen ne peut pas être l'otage de cycles électoraux.

La Première ministre britannique Theresa May sera absente de ces célébrations. Ce n'est pas la première fois que les Etats membres se réunissent à vingt-sept, sans le Royaume-Uni, mais en pareille occasion, son absence ne va-t-elle pas être criante ?

Non. L'état d'esprit autour de la table est de clairement distinguer l'avenir et la relance du projet européen, et la négociations sortie du Royaume-Uni, qui fera l'objet d'un sommet extraordinaire le 29 avril à Bruxelles. Nous ne serons pas préoccupés par cette dimension-là demain.

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